15 Rue du Docteur Eugène Jacquot, 90400 Danjoutin

34ème dimanche du temps ordinaire
Christ Roi ; Sainte Cécile
20 novembre 2022

Frères et sœurs, je trouve que l’harmonie municipale – qui fête la sainte Cécile – nous aide à fêter le Christ roi, à entrevoir quel pouvoir exerce Jésus dans notre monde. Cet ensemble s’appelle « harmonie », parce que chacun conçoit qu’il doit jouer dans le même ton que les autres, qu’il ne peut pas jouer fa dièse quand les autres jouent en do ; chacun conçoit qu’il doit écouter les autres, se soucier du tempo donné par le chef. Les musiciens sont un modèle de société humaine, car les hommes ont pour vocation de vivre en harmonie et pas de se faire la guerre.

            Eh bien, quand nous fêtons le Christ roi, nous n’affichons aucun désir royaliste en opposition à la république ; nous disons notre joie de connaître le Christ, le seul être sans qui le genre humain ne peut pas vivre en harmonie ; nous disons notre joie d’être guidés par le Christ parce qu’il est le seul qui diffuse l’Esprit qui permet à chacun de se développer harmonieusement.

            On qualifie de roi celui qui est en tête : depuis du roi du ballon rond jusqu’au roi des tricheurs, et on élit des reines … Eh bien, de la même façon, nous disons que Jésus occupe la première place. La première place revient-elle aux prétentieux qui fanfaronnent dans un palais et traitent de haut leurs serviteurs ? Non, elle revient à l’humble serviteur de tous. La première place ; j’apprécie qu’il ne se dérobe pas mais qu’au contraire il soit d’une fidélité à toute épreuve. Il occupe la 1ère place non parce qu’il habiterait un palais plein de trésors, non parce qu’il recevrait un salaire qui serait une insulte aux Rmistes et qu’il menacerait les gens par une armée, mais parce qu’il considère que toute personne est un trésor. Christ est le roi qui dit que ses sujets sont plus importants que lui ; il nous fait désirer son royaume. …

            Regardez le larron condamné par son roi. S’il dit à Jésus « souviens-toi de moi dans ton royaume », c’est qu’il a hâte d’échapper au royaume où on dit : « tu as déçu, tu es irrécupérable ; tu es sans logis et tu as froid, c’est ton problème ; tu es en prison, tu n’as qu’à payer !». Le larron a envie d’entrer dans le royaume du Christ parce qu’il devine que là, il entendra « tu as déçu, mais je continue de t’aimer ; tu es plus important que moi, je vais te servir ; je donnerai ma vie pour toi ». Le larron a envie d’entrer dans un royaume où la loi est « aimez-vous, aidez-vous mutuellement à vivre ». Pratiquement le larron dit « notre société aurait tout avantage à t’avoir comme roi, puisque le pacte social que tu préconises est celui où chacun se décarcasse pour les autres, comme en famille ».

            Qui ne critique pas les relations humaines actuelles ? Qui dit qu’il est parfaitement à l’aise avec nos sociétés inégalitaires, irrespectueuses des petits, génératrice de guerres et de dépravation ? Evidemment personne. Tout le monde aimerait passer de la société du chacun pour soi à la société du chacun pour tous ; de la société de la vengeance à la société de la réconciliation ; de la société où les gains financiers passent avant l’humain à une société plus humaine.

            Ce qui particularise les chrétiens c’est qu’ils disent que cette transition se fait avec Jésus, parce qu’il est le premier, et le seul, à dire à chacun « considère que tout homme est un trésor, plus important que toi ». Il a proclamé cette supériorité des frères sur soi-même, en mourant pour ses frères. Ainsi, pour faire évoluer la société, Jésus Christ invite chacun à changer son cœur pour le polariser sur le souci prioritaire des autres : toute sa loi s’énonce en deux mots « tu aimeras». Quand tous les hommes désirent un royaume, une société régie par des relations humaines où l’on cesse de blesser les autres, les chrétiens disent que le roi de ce royaume, c’est Jésus.

            Frères et sœurs, l’esprit du royaume du Christ nous a est donné. Nous nous sentons responsables de sa construction. Faisons comme les musiciens, mettons-nous au même diapason ; prenons le LA de Jésus, je veux parler de sa loi d’amour : nous donnerons envie à d’autres d’entrer dans son royaume..

33ème dimanche du temps ordinaire
13 novembre 2022

Frères et sœurs, ces textes figurent dans un livre intitulé « Evangile – Bonne Nouvelle» ;.. et, malgré ce titre, ces textes parlent de monuments qui s’écroulent, de guerres, de désordres, de tremblements de terre, de famines, d’épidémie et de persécutions. Alors on se dit : « Où est la bonne nouvelle ? » Remarquez que le JT de 20 h – qui certes, ne s’appelle pas évangile – Bonne Nouvelle – énonce quotidiennement des tornades qui dévastent, des guerres militaires ou économiques qui ruinent les peuples, des usines chimiques incendiées qui polluent des régions entières, des pesticides qui font naître des enfants sans bras, sans oublier l’hydre du terrorisme international…
Sans doute, des gens aimeraient qu’à l’église, on soit à l’abri des mauvaises nouvelles, qu’on ne parle pas des malheurs, et que la religion soit un opium euphorisant… Mais pour présenter le Christ qui sauve, il faut bien nommer ce dont il nous sauve. Certes, les malheurs affluent ; mais Jésus dit « je suis avec vous ne craignez pas », « pas un cheveu de notre tête ne sera perdu » et « par votre persévérance, vous obtiendrez la vie ». 
            Grâce à Dieu, ici, les séismes sont légers, les désordres sont moindres qu’ailleurs. Mais l’adversité à laquelle nous sommes affrontés, c’est une forme de persécution sournoise. C’est que le chrétien est un corps étranger, exposé au rejet. Celui qui met le respect de l’homme au dessus de tout, est en total décalage avec ses collègues qui préfèrent l’argent ; celui qui tient aux réalités spirituelles est forcément en décalage par rapport à une société qui donne la priorité aux réalités matérielles. Oui, par notre attachement à Jésus, nous passons pour des gens suspects voire nocifs. Alors, pourrions-nous éviter ce décalage par rapport au monde ? non, car en adoptant l’esprit du monde, nous sortirions de l’Esprit du Christ. Alors pour rester dans l’Esprit du Christ, il faut recevoir la force de Jésus, et le réentendre dire : « je suis avec vous avec mon Saint Esprit ». Nous fêtons cette présence du Saint Esprit, quand nous célébrons le baptême et la confirmation.

            Ajoutons que le Christ tient la main des hommes dans bien d’autres épreuves. Il tient la main des familles confrontées à un accident ; la main des parents qui découvrent que leur enfant s’engage dans la délinquance ; la main des époux exposés à la déchirure d’une séparation… Quand il était dans les douleurs de la passion, le Christ a souffert avec tous ceux qui souffrent. Et il est toujours présent. La preuve, c’est que, dans les perturbations du monde, il suscite des artisans de paix, des assoiffés de justice, des doux, des humbles ; ces gens là, qui sont décalage avec les violents, les égoïstes, les orgueilleux… sont les piliers du monde ; Même si le temple de pierre de Jérusalem est détruit, même si Notre Dame de Paris brûle, même si les manières de vivre la foi changent, les doux, les humbles et les artisans de paix sont le temple de Dieu qui ne craint aucune destruction.

            Nous disons cela à la messe où agit celui qui a fait que Zachée ruiné par l’abondance soit reconstruit dans sa dignité, que Pierre ruiné par son reniement soit reconstruit au point de recevoir toute la confiance, que le lépreux soit reconstruit dans son intégrité. Même si des choses précieuses s’effondrent, le Christ reconstruit ce temple de Dieu qu’est l’homme. Et sous son Esprit, le Secours catholique et tant d’autres associations reconstruisent le temple de Dieu qu’est chaque pauvre… Nous entendons Paul dire avec ironie « mort, tu crois avoir le dernier mot ; mais quand l’amour du Christ t’affronte, tu es terrassée ! Mort, où est ta victoire ? » Emplissons-nous le cœur de l’Esprit Saint, emplissons-nous le cœur de l’esprit d’espérance.


32ème dimanche du temps ordinaire
06 novembre 2022

Avant la 1ère lecture.
Si Dieu ne nous l’avait pas dit ce que deviennent les gens qui sont morts, nous n’en saurions rien. Ecoutez ! Dieu va nous parler par ce récit où il est question de personnes qui vont être tuées parce qu’elles sont amies de Dieu ; écoutons ce qu’elles disent de leur foi en la vie au-delà de la mort.


Après l’évangile        
Les enfants, vous savez qu’il y a des gens qui croient en Dieu et qui disent que quand nous mourons, Dieu nous laisse dans la mort ; il y en a d’autres qui disent que, quand nous mourons, Dieu nous ressuscite. Aujourd’hui, Jésus nous a parlé pour nous assurer que, quand nous mourons, un amour nous attend : quand nous mourons, Dieu nous ouvre ses bras, nous nous jetons dans ses bras, il nous embrasse et nous fait vivre. D’ailleurs, quand Jésus est mort, il s’est jeté dans les bras de Dieu le Père et Dieu le Père l’a fait vivre. Parce qu’un jour, il faudra nous jeter dans les bras de Dieu, dès maintenant, nous chantons « allons à la rencontre du Seigneur », nous serons vivants.

            Chant : ♫ Allons à la rencontre du Seigneur ou Au réveil, je me rassasierai de ton visage

            Par le baptême, par le catéchisme, par la communion… nous allons à la rencontre du Seigneur. Vous avez entendu la 1ère lecture ; il y est question de 4 frères ; ils ont dit pratiquement que si quelqu’un les fait mourir, ils vont à la rencontre du Seigneur et ils sont sûrs d’être accueillis par l’amour de Dieu. Leur profession de foi nous a émerveillés si fort qu’à la fin de la lecture, nous avons dit « nous rendons grâce à Dieu » ! Et déjà à votre baptême nous avons dit « nous rendons grâce » ; le jour où vous communierez nous chanterons encore « nous rendons grâce ». Nous rendons grâce parce que des frères et des sœurs nous disent leur foi en la résurrection.

Nous mêmes, répétons : « Le roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle » (

            Pourquoi s’est-on mis à croire cela ? Si une personne s’est donné beaucoup de mal pour vous, vous allez vous sentir obligés de faire beaucoup pour elle. Eh bien, pareillement, quand des croyants ont préféré mourir pour rester fidèles à Dieu, les gens ont pensé que Dieu ne pouvait pas les abandonner et devait les ressusciter. Nous aussi, nous croyons que Dieu ressuscite les morts, qu’il les réveille de la mort, qu’il leur donne d’être vivants. Puisque nous croyons que Dieu nous réveille de la mort et que nous le verrons,

nous chantons : ♫ Au réveil, je me rassasierai de ton visage, Seigneur

            Le raisonnement fait sur l’histoire des martyrs semble dire que la résurrection est une récompense que Dieu offre à ceux qui ont été fidèles. Eh bien, Jésus est venu annoncer que Dieu ne nous ressuscite pas pour nous récompenser, mais qu’il donne par grâce, même quand l’homme ne mérite pas. Moi, qui n’aurai pas été martyr, je serai ressuscité non à cause de mes bonnes actions mais parce que Jésus a donné sa vie pour moi.

Disons : « A cause de ton amour, je ressusciterai »

            Personne ne peut faire une visite guidée du paradis qui attend les morts. Ceux qui ont essayé de faire une visite guidée du paradis ont imaginé l’au-delà à l’image de ce monde. Ainsi des gens disaient à Jésus que les hommes qui auraient été mariés plusieurs fois seraient polygames, ou que les estropiés seront estropiés pour l’éternité. Non, quand nous ressusciterons, nous serons transformés ; devenus semblables à Jésus, nous n’aurons plus de résistance à l’amour du Père ; il n’y aura plus en nous le poison de la rancune, le venin de la vengeance : on vivra par Dieu.
            Vous voyez que nous avons tout intérêt à « aller à la rencontre du Seigneur » par le caté, par la communion, par la rencontre de la communauté.

Chantons encore : ♫ Allons à la rencontre du Seigneur.

Fête de TOUSSAINT
1er novembre 2022

Frères et sœurs, vous venez d’entendre « réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse ». Effectivement, quand il y a de la sainteté, il y a de la joie, selon le mot de Charles Trenet !
Il y a de la joie parce que nous fêtons tous les saints. Et les saints sont plus que 144 000 ; l’apocalypse utilise ce nombre de 144 000 parce qu’il symbolise la totalité.

            Le frère dominicain Yves Combeau qui participe au Jour du Seigneur a écrit que « la sainteté, c’est s’agenouiller devant la fragilité ». Il est évident que selon ce critère là, Dieu est trois fois saint. Il s’abaisse devant l’humanité fragilisée par ses guerres, ses injustices, ses péchés ; il s’abaisse parce qu’il considère que, même si les hommes ont de graves défauts, ils sont plus importants que lui-même. Si Jésus dit « mon corps livré pour vous », c’est qu’il nous considère – nous les pécheurs – plus importants que lui… c’est cela aimer.

            Alors, si la sainteté c’est s’agenouiller devant la fragilité, si c’est dire que les autres sont plus importants que soi, les saints sont innombrables : les époux s’agenouillent l’un devant l’autre au sens où chacun donne la priorité à l’autre ; les mamans et les papas s’usent la santé pour leurs enfants qui sont, à leurs yeux, plus importants qu’eux-mêmes ; les éducateurs se fatiguent pour la jeunesse… Ces gens ne sont pas saints parce qu’ils sont parfaits, mais parce qu’ils s’abaissent devant leurs frères, reproduisant la démarche de Jésus qui se fait serviteur. Le Pape François écrit (dans son exhortation La joie et l’allégresse § 7) : « J’aime voir la sainteté dans le patient peuple de Dieu : chez ces parents qui éduquent avec tant d’amour leurs enfants, chez ces hommes et ces femmes qui travaillent pour apporter le pain à la maison, chez les malades qui continuent de sourire. Je vois la sainteté chez tous ces gens qui vont de l’avant. C’est souvent la sainteté de la porte d’à côté, de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu ».

            Les saints de la porte d’à côté ! Voilà une expression qui suggère que nous sommes environnés de saints, de personnes qui mettent en oeuvre la miséricorde, la fidélité, le respect… Et des personnes qui donnent de leur temps, de leur savoir, de leur fatigue, de leur patience … pour aider les autres à vivre, il y en a bien plus que sur le calendrier.

Disons ensemble : « Père, ton amour est présent chez beaucoup ! »

            Vous montrez votre sympathie et vous savez pleurer avec une personne qui pleure ; la sainteté est en vous. Outrés par les injustices, vous avez soif de voir des relations de justice : la sainteté est en vous. Ayant le réflexe de la compréhension comme Jésus, vous êtes affectés par ce qui fait souffrir les autres : la sainteté est en vous. Vous offrez un pardon : c’est ça la sainteté. Comme écrit le pape : « Es-tu marié ? Tu peux être saint en aimant et en prenant soin de ton époux ou de ton épouse. Es-tu un travailleur ? Tu peux être saint en accomplissant honnêtement et compétence ton travail. Es-tu père, mère, grand-père ou grand-mère ? Tu peux être saint en enseignant avec patience aux enfants à suivre Jésus. As-tu de l’autorité ? Tu peux être saint en luttant pour le bien commun et en renonçant à tes intérêts personnels (§ 14)

Disons ensemble :  Père, que ton Esprit Saint nous rende saints.


           
Quand nous chantons« le ciel et la terre sont remplis de ta gloire, de ta sainteté », avons-nous les pieds sur terre ? Nous sommes en fait très réalistes, car ils sont innombrables ceux qui sont saints comme Jésus de Nazareth. Jésus de Nazareth, plein de miséricorde et de sainteté, manifeste qu’il est toujours vivant puisqu’il suscite des doux, des miséricordieux, des artisans de paix… et qu’il en suscite même parmi ceux qui ne se réfèrent pas à la foi chrétienne. Certes, il y a des fraudeurs, des organisateurs d’injustices, des magouilleurs, des gens qui poignardent leur conjoint, leurs enfants, leurs parents, des gens qui mettent dans le désespoir des nations entières… Mais il y a les saints qui, justement au milieu des faiseurs de mal, font exister la justice, le respect, la réconciliation, le Royaume de Dieu. Nous, les chrétiens, nous disons qu’en ces gens là qui assurent le service public de la sainteté, Jésus prépare un monde nouveau. Tant qu’il y aura des saints, on peut garder l’espérance.

Disons : Père, sois béni pour les grands serviteurs de l’humanité !

30ème dimanche du temps ordinaire
23 octobre 2022

Le Christ nous parle de la prière. En nous disant, il y a 15 jours, l’épisode du 10ème lépreux qui vient remercier, Jésus a rappelé qu’il faut prier pour remercier ; en nous disant, dimanche dernier la lecture de la parabole de la veuve qui insiste auprès du juge, le Christ nous a dit qu’il faut prier pour demander, sans se lasser, parce que, en priant, on est toujours ex-haussé. Aujourd’hui, par saint Luc, le Christ parle encore de la prière. Il décrit le pharisien qui semble faire une prière de merci … et le publicain qui fait une prière de demande.

         Mais pourquoi ai-je dit que le pharisien semble dire merci ? Parce que sa prière est totalement polluée, dénaturée, avariée par le fait qu’il méprise ses frères : étalant ses vertus, le pharisien dit « je ne suis pas comme les autres, je vaux mieux qu’eux ; par mon application j’ai atteint la perfection » En fait, il fait tellement état de sa perfection qu’il dit à Dieu « je n’ai rien à recevoir de toi ». Pauvre homme, il a tout faux ; il a oublié que l’homme n’est que poussière et que la chair est faible ; il bâtit sa vie sur ce qui est le plus fragile, le cœur de l’homme. Le cœur de cet homme est le temple de ses propres vertus, il ne peut pas être le temple de Dieu.

            En revanche, le publicain est conscient qu’il a peu de vertu ; et justement, parce qu’il n’est pas le temple de ses propres vertus, il peut être le temple de Dieu. Car écoutez bien sa demande : « prends pitié du pécheur que je suis », autrement dit « n’attends pas que je sois au top de la vertu pour me serrer dans tes bras et me couronner de ta tendresse… ça n’arrivera jamais ; au lieu d’attendre que je sois au top, agis envers moi selon ta miséricorde. »

Autrement dit, encore « Par mes propres forces, je ne suis rien, et sans toi, je ne suis rien »
            Sans toi, je ne suis rien. Ca fait penser à la chanson de Jean Ferrat : « que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre ? ». Vous les époux, vous vous dites cela « que serais-je sans toi ? » ; en vous parlant ainsi, vous êtes sur le registre de l’amour ; en priant ainsi, le publicain se place aussi sur le registre de l’amour. C’est sur ce registre que doit se tenir notre prière. Si nous faisons cette prière « que serais-je sans toi », nous prenons appui sur le rocher le plus solide, Dieu.

            La 1ère lecture l’affirmait : « la prière de celui qui dit « que serais-je sans toi ? », cette prière traverse les nuées, va directement au cœur de Dieu. C’est pourquoi, s’il y a en nous un manque (de prière, de fidélité, de bienveillance, de ferveur…), ne soyons pas découragés : un vide de Dieu, c’est un vide pour Dieu, un vide où Dieu pourra trouver place.

            Saint Luc conclut : « Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé ». Ce vocabulaire (élever, abaisser) suggère qu’on exprime la relation au Dieu de Jésus Christ par une échelle. Spontanément l’homme prétend qu’il rencontrera Dieu s’il monte au plus haut de l’échelle en se crispant sur son observance fidèle des commandements. Mais, Dieu n’est pas au-dessus de l’échelle parce qu’il est descendu au plus bas pour chercher la brebis perdue ; ce n’est donc pas en haut de l’échelle qu’il nous attend, mais au plus bas. Ne nous désolons pas d’être en bas de l’échelle des vertus, de n’avoir gravi qu’un seul échelon dans la prière, d’être redescendus de plusieurs échelons en matière de fraternité… Quand nous sommes au plus bas, nous disons sans mentir : « que serais-je sans toi ?… j’ai tout à recevoir de toi ; mets en moi ta fidélité, ta confiance au Père, ton respect des frères…Dis une parole… que je sois guéri »

            Quand nous disons le Notre Père, nous disons la prière du publicain « pardonne-nous » et cette prière nous rend justes. Elle fait qu’au lieu de désirer notre perfection, nous désirons plutôt que le nom du Père soit sanctifié, que son règne vienne…

            Enfin, à la messe, c’est le Christ qui dit à chacun : « que serais-je sans toi ?, j’ai besoin de toi ; j’ai besoin de voir ton sourire et tes démarches de réconciliation… je suis l’amoureux qui aime que tu te jettes dans mes bras et que tu travailles pour moi ».

29ème dimanche du temps ordinaire
16 octobre 2022

Sans doute bien des gens prient. Il semble qu’ils prient le plus souvent pour demander des succès, la santé, la solidité d’un couple, l’avenir des enfants… Ceux qui demandent ont bien raison car demander à Dieu, c’est reconnaître qu’il est généreux ! Mais, ceux qui demandent avec insistance, remercient-ils avec autant d’insistance ? Nous avons mille motifs de dire merci, et la gratitude est essentielle ; rappelez-vous l’évangile de dimanche dernier où, sur dix lépreux guéris, un seul revient remercier Jésus de l’avoir guéri. Or, il suffit d’un petit déclic de joie ou de la vision d’un beau geste pour qu’on dise merci à Dieu.

            Frères et sœurs, est-ce que vous avez en tête l’idée que Dieu devrait répondre à vos prières comme un ordinateur répond dès qu’on fait un clic ? Est-ce que vous pensez que prier c’est faire une commande à Dieu comme on fait une commande à un fournisseur ? Je pose cette question parce des parents ont prié au chevet de leur enfant, mais leur enfant n’a pas survécu ; des prisonniers ont prié mais ils ont été torturés ; des paroisses ont prié « donne-nous des prêtres » et c’est la pénurie…

            En fait, comment concevez-vous la prière ? Est-ce que prier, c’est prétendre renseigner Dieu sur les besoins des hommes ? Non ? il sait qu’untel est malade, qu’unetelle a un gros souci ; il est inutile de le renseigner ! Est-ce que prier, c’est prétendre dire à Dieu ce qu’il doit faire pour celui-ci ou celui-là ? Non, nous serions bien prétentieux de suggérer une idée à Dieu qui a plus de sagesse que nous ! Si nous ne prions ni pour renseigner Dieu, ni pour lui suggérer une bonne idée, ni pour hâter la livraison d’une commande, alors pourquoi prions-nous ? Il n’y a qu’une réponse : nous ne prions pas pour agir sur Dieu^ mais pour devenir priants, pour devenir filialement priants, pour acquérir l’attitude filiale.

            L’attitude filiale, c’est la confiance jamais lassée. Pour illustrer la persévérance dans la confiance, l’évangile donne en exemple cette veuve qui harcèle le juge encore et encore. Bien sûr la parabole ne dit pas que Dieu est aussi malveillant que le juge ; elle dit que si le juge malveillant finit par exaucer, à combien plus forte raison Dieu bienveillant exauce toujours. La parabole dit qu’il faut imiter la veuve et persévérer dans la prière ; encore une fois, non pour influencer Dieu mais pour devenir filiaux, priants, confiants, et persévérer dans la confiance.

            Celui qui prie devient davantage filial ; à force de dire « que ton règne vienne », il se met dans la tête que Dieu a toujours le dernier
mot ; à force de dire « que ta volonté soit faite », il épouse la volonté et les projets de Dieu. Moi, j’aime l’orthographe ; j’ai aimé ce qu’a écrit le P. de Montcheuil : quand on prie, on n’est pas toujours exaucé ; mais on est toujours exhaussé, exhaussé parce qu’on est mieux accordé à Jésus, exhaussé parce qu’on est mieux assuré que la force de résurrection soulève le monde, exhaussé parce qu’on grandit dans la foi à la victoire de la croix ; on est exhaussé parce qu’on voit plus loin que l’immédiat La prière des hommes ne transforme pas Dieu ; mais elle fait grandir la foi chez ceux qui prient. Si je prie pour quelqu’un qui est très seul, ou qui souffre, ma prière va m’obliger à me déranger auprès de cette personne pour atténuer sa solitude. Si je prie pour quelqu’un que je n’aime guère, logiquement, je vais m’interdire de dire du mal de cette personne. La prière nous transforme… elle nous dérange

Jésus demande « est-ce que le Fils de l’homme trouvera la foi sur la terre ? c’est comme s’il demandait « trouvera-t-il des gens en attitude filiale ? Trouvera- t-il des gens qui prient filialement ? Trouvera-t-il des gens qui se laissent déranger par leur prière ?

Parce que la prière nous dérange, la vraie question n’est pas : est-ce que Dieu exauce ? Elle est plutôt : Avons-nous le désir d’être exaucés, ex-hausses, transformés ? Et consentons-nous justement à être transformés, dérangés par Dieu ? Autrement dit, est-ce que nous exauçons Dieu quand il nous demande de nous déranger pour mieux aimer ? Frères et sœurs, sommes-nous filialement confiants, filialement obéissants, à l’image de Jésus ?

28ème dimanche du temps ordinaire
09 octobre 2022

Quand Jésus enseigne, le plus souvent, il s’appuie sur des comportements familiers. Ainsi, pour enseigner à rendre grâce à Dieu, Jésus prend appui sur le fait que tous les parents enseignent à dire merci, pour que les enfants s’intéressent non seulement au cadeau, mais à la personne qui le leur donne. Il faut dire que la société moderne ne favorise pas l’apprentissage du merci : elle installe des automates qui vous servent des timbres, des billets de transport, des boissons… des automates qui n’attendent pas de merci. Résultat : il ne faut pas s’étonner que la personne qui donne quelque chose soit traitée comme l’automate… sans merci.

            Vous le savez, à la messe, le prêtre dit : « rendons grâce au Seigneur notre Dieu » et les fidèles répondent : « cela est juste et bon de rendre grâce, car c’est Dieu qui nous donne notre intelligence, notre savoir-faire, notre santé, notre conjoint, nos enfants, nos amis… Cela est juste et bon de le remercier car il nous donne de connaître Jésus, sa fidélité imperturbable, son pardon inépuisable, sa sagesse insurpassable… Cela est juste et bon de le remercier car il a envoyé le Christ nous chercher, nous, les brebis perdues, au risque de mourir en nous cherchant. Il est juste de le remercier pour le soutien de l’Eglise, le témoignage des martyrs… » Parce que Dieu est constamment en train de nous donner, nous lui rendons grâce chaque dimanche, comme le 10ème lépreux, et nous vivons la foi sur le mode action de grâce.

Disons : « Merci, Seigneur, pour tout ce que tu me donnes »

            Parents, si vous enseignez l’émerveillement et la gratitude, vous mettez les enfants sur le chemin de la foi. Celui qui enseigne à dire « merci » enseigne à dire « Gloire à Dieu ».

            Mais avant de faire l’éloge du samaritain qui remercie, Saint Luc dit la foi des 10 malades : Ils font une demande pleine de foi « aie pitié de nous » (exactement notre première demande à la messe « Seigneur prends pitié ») Et quand Jésus leur dit : « faites ce que font les lépreux guéris ; allez vous montrer à un prêtre » ; eh bien, comme s’ils étaient convaincus d’être déjà guéris, avant même de constater leur guérison, ils font confiance à Jésus et partent. D’où cet enseignement : Vivre de la foi, c’est faire son chemin avec comme seul repère la parole de Jésus.

«Disons « donne-moi d’agir seulement parce que tu me le demandes »

            Autre enseignement : Jésus loue le 10ème lépreux guéri. Parce que, en allant se montrer  au vrai prêtre, Jésus, le 10ème dit que Jésus est le Sauveur, celui à qui il doit sa guérison. Il nous faut intégrer que celui qui guérit l’humanité à tout moment, c’est le Ressuscité. « Souviens-toi de JC ressuscité ! Il est le seul qui soit notre salut, notre gloire éternelle ».

Disons : Ressuscité, toi seul es notre salut

            Autre enseignement : Ce 10ème homme qui fait une profession de foi parfaite est un non-juif. Saint Luc annonce ainsi que les non juifs accèdent à la foi. Cet enseignement se vérifie aujourd’hui : aujourd’hui des gens éloignés des cercles chrétiens, demandent le baptême : cela génère en nous un grand « merci ».

Disons : « Merci d’appeler à la foi de nouveaux chrétiens »

            Nous disons cela à la messe, là où nous faisons mémoire du grand cadeau que Dieu a fait « à la multitude » des hommes : dans notre humanité pleine de lâchetés, d’égoïsme, de compromissions, Dieu a mis son Juste : en lui, nous avons désormais la boussole de notre vie. Parce que, sur la croix, Jésus a pris sur lui les violences et les compromissions qui nous défigurent, il nous offre de nous transfigurer, de nous donner un visage d’amour !

27ème dimanche du temps ordinaire
02 octobre 2022

Frères et sœurs, nous ne sommes pas les premiers à demander à Jésus qu’il « augmente en nous la foi ». Habacuc – qui vivait vers 600 av Jésus, à une époque où Jérusalem était assiégée – accusait Dieu de mettre sa foi à rude épreuve ; vous l’avez entendu prier : c’est la guerre, tu mets sous mes yeux pillage, violence, disputes et discordes… je crie vers toi… et tu ne sauves pas ! » Notre foi est aussi mise à rude épreuve par tout ce que nous relaient les médias : les guerres, les famines, les meurtres de femmes, le commerce des corps, … Et l’horrible comportement des abuseurs d’enfants, et…Bref, comment croire en Dieu juste et bon qui ne fait rien quand le monde est sens dessus dessous ? « je t’appelle et tu ne réponds pas. Augmente en nous la foi »

            Vous devinez aussi que, tout comme vous, les responsables des communautés (les prêtres, les évêques et peut-être le pape) lancent vers Dieu le même appel « augmente en nous la foi » ; en effet ce n’est pas aisé d’être le peuple de Dieu-amour dans ce monde qui adore l’argent, d’être témoins de Dieu fidèle dans ce monde où les fidélités éphémères et successives remplacent la fidélité, de montrer la sagesse qu’il y a à donner sa vie quand beaucoup appellent cela une folie… de travailler à faire des communautés alors que le dragon du chacun pour soi menace tout élan communautaire.

            Tous ceux qui ont comme mission de « chasser les démons, guérir les malades, ressusciter les morts,… » c’est à dire de mettre de la vie là où il y a la mort, tous ceux là ne peuvent que répéter « augmente en nous la foi ».

            Je viens de dire que notre mission est de mettre de la vie là où il y a la mort. D’après la Bible, le lieu de la mort, c’est la mer, parce qu’elle engloutit les navigateurs dans ses tempêtes ; tandis que le symbole de la vie c’est l’arbre. Quand Jésus dit qu’une foi grosse comme une graine ferait qu’un arbre aille se planter dans la mer, il dit qu’ayant une foi grosse comme une graine, l’ami de Jésus Christ met de la vie là où il y a la mort. Frères et sœurs, votre foi n’est peut-être pas plus grosse qu’une graine ; mais, même si vous ne faites rien de sensationnel, quand vous mettez de l’entente là où il y a des querelles, quand vous mettez de la joie là où il y a la tristesse, quand vous mettez du respect là où il y a du mépris, quand vous donnez du réconfort à une personne qui chute… vous plantez un arbre dans la mer. Même petite, la foi fait des merveilles.

            Alors, puisque sont innombrables les collaborateurs de Dieu qui confortent la vie là où elle est compromise, qui mettent dans la mer (dans la mort) l’arbre de vie, on ne peut que se réjouir. Quand le monde est sens dessus dessous, Dieu n’est pas sans rien faire : il suscite une multitude de gens qui ont la foi grosse comme un grain de moutarde !

            Le deuxième paragraphe de saint Luc aborde une autre idée : celle de la récompense. En effet, spontanément on imagine Dieu sous les traits d’un super patron ; et on lui dit : « si je te sers bien, vas-tu me payer au prorata de mes efforts ? » On a tous entendu ceci : « Je prie beaucoup, je rends beaucoup service, et même je souffre beaucoup, … j’ai du mérite… j’aurai des droits à faire valoir ! » Vous avez entendu que Jésus est révulsé par l’idée que l’homme puisse avoir des droits sur Dieu, et qu’il marchande avec lui. De quel droit puis-je me prévaloir devant celui qui est mort pour moi ? Vraiment, la relation entre Dieu et les hommes n’a pas pour fondement le droit mais la grâce et la foi.

            Devant Dieu, je n’ai pas de droit ; je n’ai pas de récompense à attendre. Dieu qui m’a appelé estime que mon service est très utile, indispensable… mais pour autant je ne suis qu’un serviteur. Si j’ai la foi en Jésus, la seule chose que je puisse faire, c’est d’aimer ! c’est remplir les services que le Christ attend de moi, sans chercher d’applaudissements. L’amour vrai n’est pas sans récompense ; mais il n’aime pas en vue de la récompense. Je pense que je suis déjà amplement récompensé par l’honneur qui m’est fait à moi, pauvre lamentable, d’avoir été appelé à servir un Maître aussi bon… amplement récompensé par la paix que j’éprouve du fait que je me lève le matin avec le projet de faire de ma vie un « je t’aime ». Je ne suis qu’un serviteur… mais quel honneur de servir le maître de la paix, de la justice… ! Quel honneur de mettre de la paix là où il y a de la haine ! quel honneur de dire à quelqu’un ‘Dieu te pardonne’ ! Quel honneur de dire à la population « vous êtes le temple de Dieu, Dieu habite en vous » ! Rendons grâce à celui qui nous fait tant d’honneur ! 


26ème dimanche du temps ordinaire
25 septembre 2022

Rappelez-vous : dimanche dernier, l’évangile racontait l’histoire d’un gérant qui, à l’occasion d’un coup dur (son licenciement) a découvert que l’argent lui était confié non pas pour l’accumuler comme un trésor personnel mais pour se faire des amis, c’est à dire pour construire une communion. Nous avons à refaire cette découverte car, n’échappant pas à la séduction de la propriété, nous nous mettons difficilement dans la tête que les biens que nous possédons – et pas seulement les biens matériels – nous sont confiés non pas pour nous, mais pour construire une communion, pour être mis au service des autres.

            L’Eglise sait que nous mettons difficilement ce que nous avons au service des autres ; c’est pourquoi elle revient sur le sujet. Elle nous fait entendre d’abord l’admonestation du prophète Amos à ceux qui ne s’occupent que de leur confort et ne se tourmentent pas du sort de leurs concitoyens, et ensuite la parabole de ce riche qui a vécu sans se préoccuper de son voisin Lazare. Avec ces textes, l’Eglise nous avertit que la manière dont nous usons de nos biens affecte positivement ou négativement notre avenir éternel.

            Hélas, la situation décrite par la parabole correspond à notre actualité : par la télé, on sait que les pauvres – comme Lazare – sont légion ; des peuples meurent de faim à côté de pays nantis. On sait que, comme Lazare qui aurait aimé manger seulement les miettes, des gens migrent dangereusement pour s’approcher des lieux où il y a non seulement des miettes mais du gaspillage de nourriture. Comme dit la parabole, avec leur orgueil et leurs systèmes économiques, les hommes ont créé un abîme entre ceux qui ont accès aux écoles, aux soins médicaux, aux transports, au travail, aux magasins débordants et aux frigos garnis… et ceux qui n’ont rien de tout cela… Pire, certains voudraient même augmenter cet abîme. Celui qui accepte sans problème cette séparation doit craindre qu’un abîme l’empêche d’accéder au paradis.

            Dans ce contexte, nous sommes mal à l’aise ; nous sentons que, même si nous n’avons pas été cruels envers les autres, ni blasphémateurs envers Dieu… , tant que nous ne sommes pas bouleversés par les conditions de vie des pauvres, nous ne sommes en phase ni avec Dieu, ni avec notre dignité humaine. Le riche n’avait été ni pédophile, ni adultère, ni magouilleur, il n’a pas chassé Lazare hors de sa maison… mais il ne le voyait pas. Il était riche en argent mais pauvre en amour. Le bien être peut donc rendre aveugle ; et on peut passer pour un homme bien et être tout à fait en dehors du royaume de Dieu, parce qu’on ne voit pas les autres.
            Tous les prophètes ont demandé – et demandent de considérer que la vraie religion comporte le regard fraternel. La lecture des prophètes apprend à voir qu’il y a une relation entre le souci des pauvres et notre propre dignité. C’est pourquoi Jésus nous dit d’écouter Moïse et les prophètes. Car la Bible rappelle les exigences de notre dignité humaine.

            Ce que disent Moïse et les prophètes, ça doit nous rentrer dans la tête : il faut que nous comprenions que l’évangile n’est pas à part de la vie sociale ; que c’est rendre un culte à Dieu que de se soucier des réalités sociales – des injustices, de la migration – au nom de la foi, Ce que disent Moïse et Jésus et les prophètes doit nous rentrer dans le cœur. Comment n’être pas bouleversés par le comportement de Jésus : lui, il s’est fait pauvre, il a épousé les problèmes des hommes et s’est dépouillé de son statut divin pour nous donner tout.

            Enfin ce que disent Moïse, Jésus et les prophètes, leur réquisitoire contre les idoles, nous devrions l’avoir en permanence sur les lèvres, et dire comme saint Paul que la racine de tous les maux c’est l’amour de l’argent », que la racine des injustices et des guerres… c’est la volonté de posséder le pétrole, les céréales, les richesses minières… c’est l’amour de l’argent.

            Dernière réflexion : « même si un mort ressuscitait, ils ne seraient pas convaincus ». Cette parole est vérifiée : la résurrection de Jésus ne convainc pas ! Elle n’est pas une preuve. Bien des gens ne modifient en rien leur vie à cause de la résurrection de Jésus. En revanche, ce qui peut être convaincant, c’est la fraternité que nous avons entre nous, l’attention fraternelle que nous offrons aux autres… Soyons missionnaires en étant fraternels !

25ème dimanche du temps ordinaire
18 septembre 2022

Les enfants, quand vous étiez tout petits, vos parents vous appelaient « mon trésor » ; je ne sais pas s’ils le disent encore, mais ils le pensent toujours. Et si Jésus nous rassemble, dans l’église, face à une croix, c’est pour nous redire que, sur la croix, il a tout perdu, y compris la vie, pour nous garder, parce que nous sommes son trésor. Marquons-nous encore du signe de la croix qui fait comprendre que nous appartenons au Christ, nous sommes son trésor. (+)

            Ce raisonnement à propos de l’argent, on peut le faire à propos de bien des choses. Les catéchistes font ce raisonnement : ils pensent que ce qu’ils savent de Jésus, le trésor, doit être partagé ; c’est pourquoi ils consacrent 1 heure et demie chaque semaine pour les jeunes.

            Et les gens savants font le même raisonnement : ce qu’ils savent, ils l’ont écrit dans des livres que les jeunes mettront dans leur cartable ; et les enseignants-professeurs font le même raisonnement : ce qu’ils savent, ils vont le distribuer tout au long de l’année pour que les jeunes le mettent dans leur tête… Et je suis sûr qu’ils auront de la joie lorsqu’ils verront que les jeunes se développent grâce à leur enseignement. En bénissant les cartables, les livres, nous allons bénir les enfants et les professeurs. Nous allons bénir Dieu qui dit que notre vie est réussie quand nous transmettons aux autres nos trésors.

            Chaque dimanche, nous répétons que notre trésor c’est l’évangile, la pensée de Jésus, la personne de Jésus, bien plus précieuse et plus efficace que les richesses. Ne sous estimons pas ce trésor. Certes nos moyens d’évangélisation sont minuscules à côté des moyens de nuire dont disposent les gens qui attisent la guerre, qui trompent par les drogues et les publicités, grâce à leur l’argent, à leurs moyens de communication, à leurs relations plus ou moins mafieuses… Pourtant, je retiens de l’évangile que nous avons un moyen puissant : la vie fraternelle. « on verra que vous êtes mes disciples – que vous possédez le vrai trésor – si vous vous aimez ». La vie fraternelle, c’est ce qui constitue le Royaume de Dieu.

            Les enfants, mettez dans votre cartable ce trésor : si vous offrez de l’amour, vous avez un trésor.

24ème dimanche du temps ordinaire
11 septembre 2022

Avant la 1ère lecture :

Notre maman nous a appris à dire merci. Eh bien, chaque dimanche, la messe consiste à dire à Dieu notre reconnaissance, notre merci. Nous avons mille raisons de dire merci à Dieu ; mais aujourd’hui, nous disons notre reconnaissance à Dieu parce qu’il pardonne tout à tous et, plus encore, parce que son pardon précède la conversion du pécheur.
On va relire l’épisode du veau d’or. Pourquoi était-ce un péché de faire le veau d’or ? Parce que, si on représente Dieu, ou si on l’imagine, on le réduit à ce qu’on comprend de lui, à ce qu’on aime dire de lui : on le réduit en le faisant à notre image. Parce que le peuple fait ce péché, Moïse prie pour ce peuple pécheur. Moïse qui n’a pas participé à la construction du veau d’or, qui est donc innocent, se solidarise avec les coupables et prie pour eux ; Moïse se comporte déjà comme Jésus qui se solidarise avec les pécheurs, mange avec eux, et prend sur lui leurs fautes. Et puis, quand implore le pardon, nous entendrons quel argument il avance : Moïse prie pour Dieu, pour que Dieu soit reconnu fidèle à ses promesses, bienveillant en toute circonstance, admirable de miséricorde. Dans la prière de Moïse, il y a déjà « que ton nom soit sanctifié ! »  

Avant la 2ème lecture :

Comme à chaque messe, nous rendons grâce à Dieu parce que nous sommes sûrs qu’il accueille les pécheurs en leur pardonnant. Écoutons comment Saint Paul s’est émerveillé du pardon qu’il a reçu de Dieu. Et notons cette phrase centrale : « le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs »


Après l’Évangile :

Nous sommes venus dire notre reconnaissance à Dieu. Eh bien, nous nous réjouissons grandement que Dieu soit aux cieux, c’est à dire qu’il ne soit pas comme nous tatillon, rancunier, à cheval sur son bon droit.

Comme les pharisiens, comme le fils aîné, beaucoup pensent que Dieu est du côté des purs. S’il vous plait, par fidélité à Jésus, ne croyez pas que Dieu ne peut pas se mêler aux pécheurs.. Jésus montre en effet que Dieu est très malheureux quand il voit que l’homme s’égare… plus malheureux qu’un berger qui a perdu une bête, qu’un étourdi qui a perdu ses clefs ou ses papiers… Dieu souffre tellement du malheur où s’enfoncent les pécheurs qu’il envoie son fils, comme disait saint Paul, pour sauver les pécheurs, déjà en se faisant proche d’eux, en mangeant avec eux, mais même en descendant lui-même dans les angoisses et dans la mort pour que les pécheurs en soient retirés. Alors, je vous en prie, croyez à ce Dieu là, qui se met en quatre pour les hommes, qui prend parti pour ses enfants même si ses enfants n’ont pas été au top, qui, chaque fois que vous l’avez blessé ou déçu, court pour se jeter à votre cou et vous couvrir du baiser de la miséricorde. Croyez à ce Dieu là et dites-lui un grand merci.

On peut penser que bien des gens ont tourné le dos à la foi parce qu’on leur a annoncé un Dieu qui n’aimerait que les purs ; on peut penser qu’on a favorisé l’athéisme en présentant la foi non pas comme une confiance mais comme un système culpabilisant où l’évangile n’est pas une bonne nouvelle. Sans doute, en revanche, bien des gens sont intéressés par l’annonce du Dieu miséricordieux, Dieu qui est comme ce père à qui on demandait « de tes nombreux enfants, lequel préfères-tu ? » et qui répondait : « celui que je préfère, c’est celui qui est malade, jusqu’à ce qu’il guérisse ; celui à qui je suis particulièrement attentif, c’est celui qui a un problème jusqu’à ce qu’il le résolve ».

Vous comprenez pourquoi à nos yeux le vrai visage de Dieu, c’est Jésus. Ceux qui croient en Dieu sans référence à Jésus (et sans se référer à lui par la messe hebdomadaire) courent le risque de se faire de Dieu l’image d’un super contrôleur… un faux dieu. Remercions Dieu de s’être révélé par Jésus.

Alors, Jésus définit sa mission en se comparant à un berger qui cherche sa brebis, à une femme qui cherche sa pièce. Jésus aujourd’hui passe son temps à nous chercher : « voudrais-tu bien être miséricordieux ? Accepterais-tu de te mettre au service des autres ? Imagines-tu la joie que tu aurais si tu pardonnais ? » Jésus nous cherche pour nous donner ses manières, parce que, tant que nous n’avons pas les manières de Jésus, nous sommes égarés sur un mauvais chemin. Comprenons bien : il n’est pas sûr que la brebis perdue cherche le berger : mais il est sûr que le berger cherche la brebis perdue ! Il n’est pas sûr que nous cherchions le Christ, (d’autant qu’il faut le chercher non pas là où l’on réussit, mais là où l’on est dépouillé), mais il est sûr que lui nous cherche, aussi loin que nous aient portés nos égarements.

Dernier mot encourageant : Saint Augustin écrit que Jésus lui a dit : « tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais pas déjà trouvé » Comme saint Augustin, nous flairons la piste de Jésus parce que le parfum de sa justice et de sa miséricorde nous a déjà mis en appétit.

23ème dimanche du temps ordinaire
4 septembre 2022

Avant la 1ère lecture  
Frères et sœurs, nous prions en disant : « Notre Père qui es aux cieux ». Il est évident qu’en disant « aux cieux », nous ne localisons pas Dieu dans l’atmosphère ou la stratosphère. En disant que le Père est « aux cieux », nous disons qu’il n’est pas comme nous qu’il ne pense pas comme nous, qu’il ne pratique pas la justice comme nous… qu’il est au-dessus de nos enfantillages et de nos calculs… que nous nous trompons si nous le faisons à notre image. Le livre de la Sagesse explore cette réflexion sur Dieu différent de nous. Ecoutons.


Après Luc 14, 25-33
            Cette parole de Jésus montre, elle aussi, que Dieu est aux cieux, que ses pensées ne sont pas nos pensées naturelles. Spontanément, chacun tient son père et sa mère, sa femme et ses enfants pour le trésor absolu ; or Jésus invite à « le préférer à son père, à sa mère… même à tout ce qui lui appartient » ; vraiment ses pensées bousculent le bon sens commun ! Encore faut-il se laisser bousculer. Il y a un domaine où il le bon sens est bousculé par l’évangile.

            Dans le monde, les chances de réussir sont augmentées quand on a des atouts, de l’argent, des moyens impressionnants ; dans le royaume de Dieu, au contraire, les chances de réussir sont augmentées quand on renonce à tout moyen humain (pensez à la porte étroite) et qu’on s’en remet à Dieu. Tandis que celui qui bâtit une tour et celui qui part en guerre doivent évaluer s’ils ont suffisamment de moyens pour réussir et, si, au besoin, ils doivent les augmenter… le disciple de Jésus doit en revanche jauger s’il est prêt à renoncer à tous ses biens.

            Je trouve que Jésus est astucieux de prendre l’exemple du constructeur ; car nous avons à construire avec les frères un royaume de justice et de fraternité. Or, si je m’assois pour évaluer si mes astuces, mes équipements informatiques, et mes vertus suffisent pour faire que les pécheurs soient moins pécheurs, je vais conclure que mes moyens humains sont ridiculement insuffisants. C’est que l’œuvre missionnaire ne dépend pas d’abord de moi, mais d’abord de Dieu. Paul faisait le même constat : ayant fait la liste de tous ses titres, il écrit : « c’est quand je suis faible que je suis fort ». ( 2 Co 12,10) Oui, frères et sœurs, vous êtes forts quand vous n’avez que votre modeste écoute fraternelle, votre silencieuse présence près du malade, votre fervente prière à Dieu ; vous êtes forts parce que vous vous appuyez sur la force de Dieu et non pas sur vos forces. Quand Jésus a pris la croix, il a renoncé à tout pouvoir ; pour être constructeur du royaume de Dieu, il faut renoncer à tout pouvoir.

            Jésus a raison de prendre aussi l’exemple du roi qui part en guerre. Parce qu’être chrétien c’est partir en guerre contre ce qui est préconisé par le monde sans Dieu ; être chrétien, c’est partir en guerre contre l’esprit qui s’accommode d’injustices, contre le chacun pour soi, contre l’esprit raciste, contre ce dogme selon lequel il faut posséder… et partir en guerre même contre soi-même, contre la volonté de préserver son bon droit, ses avantages. Quand Jésus a pris la croix, il est parti en guerre contre tout cela ; pour être disciple de Jésus, il faut aller à contre courant et donc renoncer à s’appuyer sur des sécurités terrestres.

            A la messe, quand Jésus renonce à tout par amour, il dit à l’homme « Il n’y a que toi qui comptes pour moi » ; puissions-nous renoncer à tout par amour et lui répondre: « il n’y a que toi qui comptes pour moi »

21ème dimanche du temps ordinaire
21 août 2022

Le Seigneur donne aujourd’hui 2 enseignements apparemment contradictoires : dans la 1ère lecture, Dieu annonce que la porte sera largement ouverte à tous en disant « je vais rassembler toutes les nations » ; et dans l’évangile, avant de dire que, puisqu’il rassemble, beaucoup viendront de l’orient et de l’occident, il dit que la porte sera étroite et que parmi ceux qui pensent entrer, peu vont pouvoir le faire. Que tous soient attirés, il est évident que c’est grâce à Dieu ; mais si la porte est étroite, si tous n’entrent pas, c’est la faute à qui ?

            Si la porte est étroite, est-ce la faute à Dieu ? Non, car celui qui aime paternellement tous les hommes ne peut pas vouloir en éliminer une majorité ou même un seul. Et son fils Jésus est représenté en croix avec les bras largement ouverts pour embrasser tout le monde, il a versé son sang pour la multitude et promis d’attirer à lui tous les hommes

            Donc, la porte est étroite et ce n’est pas du fait de Dieu. Alors, est-ce de notre fait ?

            Comme moi, vous avez pris le métro, vous avez passé des portillons étroits, ce qui est difficile quand on a plusieurs grosses valises. Ce qui nous rend inaptes à passer la porte qui va chez Dieu, c’est que nous avons plusieurs grosses valises : la valise de notre attachement à Dieu (nous y tenons) et les valises de notre attachement aux idoles (nous y tenons aussi) ; il y a la grosse valise de nos fiertés, de nos diplômes, de nos succès, de nos propriétés, et puis la valise des choses que nous n’avons pas voulu partager, de notre bon droit, de ce qui fait que nous sommes très satisfaits de nous-mêmes, de notre amour-propre, de notre volonté propre, de nos principes… Ces valises-là sont trop larges et nous empêchent de passer la porte… Pour faire le voyage de notre vie, il suffirait que nous ayons une seule petite valise contenant ceci : « Dieu t’aime infiniment, tu l’aimeras ; et puisque Dieu aime ton prochain, tu aimeras ton prochain ». Et avec cette petite valise, nous franchirions facilement la porte étroite.

            « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ». « Efforcez-vous ! » C’est donc qu’il faut faire un gros effort. L’effort de devenir des pauvres, de se présenter comme des indigents, des gens qui ont tout à recevoir. Saint Paul a fait cet effort : dans sa lettre aux Philippiens (3,18), il aligne tous ses titres : circoncis, pharisien, plein de zèle, irréprochable (il trimbale une énorme valise de qualités) ; mais il poursuit ainsi : « tous ces avantages que j’avais, je les ai considérés comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance de Jésus mon Seigneur ». Autrement dit, saint Paul a compris que, pour passer la porte étroite et paraître devant Dieu qui donne, il faut se présenter les mains vides… comme un indigent

            Le vendredi saint, le Seigneur a été dépouillé de tout. La porte que nous avons à franchir, c’est la porte du vendredi saint, la porte où ne passent que ceux qui consentent à être dépouillés… de leur statut, de leurs dignités, de leurs diplômes…. Dépouillés comme Jésus qui a pris la condition de serviteur !

            Or, frères et sœurs, vous avez déjà franchi cette porte et vous en avez eu de la joie. Chaque fois que vous vous dérangez pour faire un geste d’attention fraternelle, que vous mettez votre mauvaise humeur dans votre poche avec le mouchoir par-dessus, que vous ne rendez pas le coup qu’on vous a infligé… vous imitez Jésus qui se dépouille de tout ; vous passez la porte étroite. … Et vous éprouvez de la paix.

            Il se trouve que des non chrétiens voient qu’une telle décision est pleine de sagesse ; c’est pourquoi Jésus dit « on viendra de l’Orient et du couchant prendre place au festin ». La porte sera large pour tous ceux qui auront donné du pain à qui a faim, du temps à qui demande à être écouté, de la miséricorde à qui est dans la souffrance.

            Attention ! La messe dit quelle est la bonne porte : c’est celle où il est indiqué « Mon corps livré pour les autres ». C’est la bonne porte puisqu’elle ouvre sur la communion des hommes réconciliés. Puissions-nous emprunter la bonne porte !

20ème dimanche du temps ordinaire
14 août 2022

Frères et sœurs, vous aimez sans doute la paix. Et évidemment, vous avez été heurtés par cette parole de Jésus, le prince de la paix : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais plutôt la division ». Une telle parole conforte ceux qui accusent les religions de générer les guerres, et qui citent les croisades et les guerres de religion et tous les fanatismes. Sans nier les motifs religieux de ces évènements, on sait que ce qui conduit des états à déclarer la guerre, c’est leur volonté de mettre la main sur un territoire où il y a du pétrole, ou du blé, ou des richesses minières… Bientôt, un état qui manquera d’eau fera la guerre à son voisin qui retient l’eau chez lui. Bref, beaucoup d’appétits autres que la religion génèrent les guerres

            Comment comprendre que Jésus, qui est l’artisan de paix par excellence, le prince de la paix, dise : « je ne suis pas venu apporter la paix mais plutôt la division » ? Il faut noter que Jésus commence par dire : « je suis venu apporter un feu ». Jésus n’est pas un pyromane, mais il diagnostique que nous sommes en manque de vitalité, assoupis dans la tiédeur. Alors il veut apporter une ferveur, une ardeur, il veut allumer des foyers de miséricorde, des foyers de générosité… A son tour, pendant le carême, saint Paul dit : « il est l’heure de vous réveiller de votre sommeil ». Il a raison, car derrière notre désir de paix, et notre peur de la division, il y a sûrement un médiocre désir de tranquillité et de confort. En tous cas, le Prince de la paix, Jésus, ne vise pas la tranquillité, mais la ferveur ; il aime, il aime avec ardeur, jusqu’au bout.

            Plein d’ardeur et de feu, Jésus a apporté la révélation du Père très miséricordieux, et il n’a qu’un désir ; c’est que cette révélation se diffuse partout. Constatant sans doute nos tiédeurs et nos compromissions, il brûle du désir de voir que la foi et l’esprit communautaire soient plus vivants dans la paroisse ; il brûle du désir de nous voir nous entraider, de nous voir accueillir, d’entendre chacun de nous dire sur lui-même « mon corps livré pour les autres ». Vous voyez que le feu dont parle Jésus n’est pas un incendie destructeur. C’est l’amour brûlant du Saint Esprit… bien différent de notre penchant vers le confort et la tranquillité

            De ce fait, celui qui prend au sérieux l’esprit de l’évangile et tourne le dos à l’esprit du monde, se trouve forcément en décalage avec son entourage… Ainsi, celui qui fait le signe de la croix – le signe de Jésus qui a été torturé quand il est venu chez les siens – celui-là envisage, consciemment, d’être mal vu par ses proches. Si un membre de la famille choisit d’obéir à l’Esprit saint, de ne plus idolâtrer les biens matériels, de pardonner à un offenseur, d’accueillir les réfugiés, alors que son père ou sa mère ou son beau-frère ne font pas ces choix, il est forcément en décalage par rapport à eux… Oui, l’appel à partager, à pardonner fait que ceux qui entendent cet appel se séparent de ceux qui ne l’entendent pas. Aussi Jésus avertit en disant « je suis venu apporter la division ». D’ailleurs, dans les repas de famille, vous évitez d’aborder certains sujets, parce que vous savez qu’ils feraient monter le ton des voix… Pour n’avoir pas évité certains sujets, Jérémie a été jeté dans une citerne ; et ceux qui suivent l’esprit de Jésus risquent d’être livrés à la risée publique. Si quelqu’un brûle d’amour, son entourage s’affole, crie « au feu ! » et voudrait éteindre tout foyer de générosité qui dérange la tranquillité. On le voit : l’histoire c’est le combat des ténèbres et de la lumière infiniment désirable (du feu)… et ce combat a lieu même entre les membres d’une famille.

            Nous apprenons que des incendies ravagent les forêts et nous en sommes douloureux. Mais nous alarmons-nous autant quand des gens mettent le feu en attisant les haines et les mépris et les injustices ? Je pense que Jésus est venu allumer le contre feu de l’amour. Et c’est rendre service à l’humanité que de régler sa vie sur ce commandement « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».

            Depuis qu’on a vu Jésus en croix, on sait que l’amour n’est pas aimé. Le plaidoyer pour le pardon va à l’encontre des tenants de la vengeance (peut-être des membres de la famille) ; l’invitation à partager suscite les quolibets des tenants du chacun pour soi (peut-être des membres de votre famille)… Jésus a raison de dire « cinq personnes de la même famille seront divisées ». C’est que l’évangile demande aux disciples d’aller à contre courant comme des gêneurs, parce que l’Esprit saint va à contre courant de l’esprit du monde. Voulez-vous demander à Dieu la grâce d’être des gêneurs… mais des gêneurs utiles… comme Jésus. Car si nous ne brûlons pas d’amour, les autres meurent de froid.

19ème dimanche du temps ordinaire
7 août 2022

Permettez que je rappelle brièvement l’enseignement de dimanche dernier : A propos d’un homme dont l’avoir était conséquent, Jésus interrogeait « à quoi vont lui servir ses greniers pleins puisqu’il va mourir avant demain matin ? ». Cela donnait lieu à une réflexion : avons-nous le cœur attaché à de vrais biens éternels ou à des choses qui n’empêchent pas de mourir, qu’on a tort d’appeler des « biens » ?

            Il y a des gens qui vivent le présent en fonction du passé : « c’était le bon temps ».Il y a la majorité des gens qui pensent l’avenir en fonction du présent : « faisons des réserves, accumulons pour demain » – ce que critiquait la Parole de dimanche dernier… , et il y a l’évangile d’aujourd’hui qui invite à vivre le présent en fonction de l’avenir, en fonction de ce que nous espérons. Penser le présent en fonction de l’avenir, la 2ème lecture dit que c’est cela la foi : je cite : « la foi est une façon de posséder au présent le don de Dieu que l’on espère ». Je suis sûr que vous adhérez à la prière que le prêtre fait après le Notre Père : « en cette vie où nous attendons la bienheureuse espérance, l’avènement de Jésus Christ ».

            Premièrement, vivre en fonction de l’avenir, c’est vivre en hommes pas installés. Nos pères dans la foi, les gens de la bible, étaient des nomades, des gens prêts à plier bagages, des gens prêts à quitter les territoires qui les avaient fait vivre, des gens conscients de devoir aller ailleurs, vers une Terre promise. Comme eux, nous ne sommes pas faits pour résider ici, où il y a les guerres et les injustices ; nous sommes faits pour accéder à notre terre promise ; Et la Terre promise, c’est l’avènement de Jésus Christ, l’achèvement de la victoire de l’amour, le face à face avec le Dieu qui nous aura donné grâce après grâce et à qui nous dirons un éternel merci. N’est-ce pas que vous espérez accéder là où toutes les relations seront régies par la justice et l’amour ? N’est-ce pas que vous espérez parvenir au jour où tous les hommes seront semblables au fils de Dieu ? N’attendez-vous pas le jour où au lieu d’être engoncés dans leur prétendue justice, les hommes seront revêtus de la seule justice qui est la miséricorde du Fils de Dieu ? Pour que nous restions aimantés par cet heureux terminus, le Notre Père nous fait dire une, deux, trois fois par jour : « que ton règne vienne », car nous tendons vers le Règne du Dieu d’amour.

            En fait, tout homme passe sa vie, tendu vers l’avenir. Ceux qui veulent un métier à l’avenir font des études aujourd’hui ; ceux qui prévoient un voyage coûteux dans 6 mois font des économies aujourd’hui ; ceux qui ont le projet de faire naître un enfant s’organisent dès le premier jour. Donc, nous ne sommes pas sots de mettre notre centre de gravité non pas dans le présent, mais dans l’avenir ; nous sommes sages de croire que – même si nous sommes dans les conflits, notre Père a décidé de nous donner le royaume de paix ; nous sommes sages de croire que, même si nous souffrons des injustices, notre Père a décidé de nous donner le royaume de justice ; nous discernons avec justesse que, même si nous sommes pollués par le péché, notre Père a décidé de nous donner le royaume des saints. L’apocalypse dit que l’espérance est une ancre amarrée dans le Royaume de Dieu.

            Une idée circule selon laquelle, si on vit en fonction de l’avenir, on ne s’intéresse plus au présent, on néglige nos responsabilités et on ne met plus la tenue de service. Il faut tordre le cou à cette idée, car celui qui, plein d’espérance, vit en fonction de l’avenir, met la tenue de service et garde sa lampe allumée. Vous-mêmes, frères et sœurs, quand vous veillez aux affaires présentes, quand, par amour, vous rendez des services, que vous offrez des pardons, que vous consentez à être dérangés… quand vous vous souciez de vos proches, que vous leur téléphonez, que vous veillez à leur entente, vous faites quelque chose d’extraordinaire : vous apportez les matériaux de la Terre Promise, les éléments du royaume de l’amour de Dieu… Merci de contribuer à corriger les fractures sociales, les injustices, les menaces contre l’écologie, les solitudes,… Merci de « Garder la tenue de service ! » Merci d’aider les autres à tenir dans l’espérance.

            Devant l’importance des défis, on pourrait baisser les bras. Ce qui empêche de perdre l’espérance quand les tempêtes nous secouent, c’est Jésus qui vient vers nous… Alors que la tempête secouait leur barque, les apôtres ont vu Jésus venir à leur rencontre en marchant sur l’eau. Aujourd’hui encore, le Seigneur ressuscité vient à notre rencontre : car il met chez les hommes la relation de fidélité, le goût du don de soi, la prière permanente, le soin des faibles… Il vient consacrer le fruit du travail des hommes. Il vient faire de nous ses collaborateurs. Cela nous conforte dans l’espérance, cela nous fait regarder vers la terre promise, vers le royaume de Dieu. Pour rester les collaborateurs du Seigneur, gardons la tenue de service.

            Viens, Seigneur Jésus, nous attendons ta venue dans la gloire !

15ème dimanche du temps ordinaire
10 juillet 2022

Quand on affirme que Dieu crée l’homme à son image, on dit que la loi de Dieu, la loi d’amour, est inscrite dans le cœur de tous les hommes. On voit partout des comportements de solidarité, de fidélité, de don de soi. Partout des gens s’émeuvent de voir ceux qui tombent le long du chemin ; et même certains préconisent de refaire le tracé du chemin – comme dit Isaïe – pour que les hommes ne continuent pas d’être méprisés, trahis, attaqués, battus, volés, violés… durant leur itinéraire sur terre. Oui, la loi que Dieu inscrit dans notre cœur est parfaite, comme dit le psaume ; elle redonne vie ; elle est sûre ; elle rend sage.

            Mais cette loi est écrite aussi dans le grand livre. Alors Jésus ne se contente pas de demander au docteur de la Loi : « Dans la loi, qu’y est-il écrit ? » En plus, il lui demande : « Comment lis-tu ? » Jésus ne demande pas le mot à mot de la Loi, mais il demande : Comment laisses-tu l’appel de la loi résonner dans ta vie ? Le scribe répond qu’à son avis, il y a un lien très étroit entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Jésus le félicite de lire la Loi de cette manière.

            Le prêtre et le lévite ne lisaient pas la Loi de cette manière. Ils prétendaient aimer Dieu sans faire attention au blessé, ou même, peut-être, pensaient-ils que, s’ils ne s’approchaient pas du blessé, ils offriraient à Dieu une pureté plus grande. En revanche le Samaritain se consacre totalement au blessé. Bien que le scribe considère le samaritain comme un hérétique, il ne pouvait qu’approuver la manière dont le samaritain lisait la Loi. Le scribe dit qu’il veut obtenir la vie ; il vise donc une récompense. Le samaritain en revanche ne cherche pas de récompense : il laisse parler son cœur où est gravée la loi d’amour ; comme le père du prodigue, il est saisi de pitié et il agit pour son prochain, sans calcul, et quoi qu’il lui en coûte.

            Et nous, comment lisons-nous la loi de Dieu ? On dit que Voltaire a donné ce conseil : « méfie-toi de ton premier élan ; c’est le bon ». Sous entendu, la loi d’amour est dans ton coeur ; mais, par prudence, il calcule les avantages et les inconvénients d’obéir à cette loi. Comment lisons-nous la loi ? Comme Voltaire qui calcule les bénéfices ou dit « j’en ai fait assez » … Ou comme le Samaritain qui donne sans mesure ?

            Maintenant, regardons comment Jésus lit la loi. Comme le samaritain, il voit des gens blessés par leurs passions, trahis par les mensonges, malmenés par les systèmes politiques, soumis aux lois du marché, proies des trafiquants d’êtres humains, victimes du pillage de leurs richesses… Il voit les plus riches dépouillés de leur vocation spirituelle par l’illusion de la réussite matérielle… Comme le samaritain, Jésus est pris de pitié devant cette humanité défigurée ; il n’écoute que sa miséricorde ; il s’arrête, et sans calculer ce que cela lui coûtera, il met à la disposition de l’humanité tout l’amour nécessaire pour qu’elle guérisse. Et le Père estime qu’en s’arrêtant pour toucher les blessés de la vie – même si une prétendue loi de pureté l’interdit, son Fils accomplit la Loi ; le Père trouve en lui toute sa joie ; il lui donne de ressusciter.
            Comment lisons-nous la loi ? La lisons-nous comme Jésus ?

            Notre liturgie nous aide : quand nous chantons « Seigneur, prends pitié », nous nous adressons à celui qui a vu l’humanité agressée par les mensonges, qui s’est arrêté et qui a pris sur lui toutes les souffrances des hommes. Quand nous écoutons la parole, nous accueillons le portrait de Jésus qui l’amour fraternel, le secours aux pauvres, le partage… tout ce qui est essentiel à la construction de nos sociétés. En nous invitant à faire mémoire du fils qui a donné sa vie, nous entendrons : « va, et toi aussi, fais de même » ; enfin, par la communion à celui qui a fait de sa miséricorde une hôtellerie pour notre faiblesse, la liturgie nous charge de faire de notre cœur une hôtellerie pour notre prochain

14ème dimanche du temps ordinaire
3 juillet 2022

Les missionnaires partent avec deux conseils : « Dites d’abord : ‘paix à cette maison’ ; et « dites leur ‘le Règne de Dieu s’est approché de vous’ ». Donc, obéissant au 1er conseil, je vous souhaite la paix ; je vous souhaite d’être en paix avec vous-mêmes, avec les autres et avec Dieu ; je vous souhaite d’être bien dans votre peau. Et obéissant au 2ème conseil, je vous annonce que ‘le Règne de Dieu s’approche’.

            Que le Règne de Dieu s’approche, ce n’est pas une évidence. Certains pensent que, par le passé, les mentalités étaient davantage marquées d’esprit chrétien, et, en observant le matérialisme ambiant, les violences et les injustices, ils diraient peut-être que le Royaume de Dieu s’éloigne. Si Saint Luc dit que le Royaume s’approche, il faut le croire. Je pense que c’est la Bonne Nouvelle du jour.

            On se souvient des paroles de Jésus « rendez à César … rendez à Dieu ». On conclut peut-être que le domaine spirituel et le domaine matériel sont des rivaux, et que, quand l’un prospère, l’autre régresse. Non. Car le domaine du spirituel se manifeste toujours dans le corporel et même le matériel, comme à la messe, le Christ se manifeste dans le pain. Ainsi Dieu se manifeste dans la création et dans les personnes et dans leurs relations. C’est pourquoi Dieu s’intéresse au domaine de César, au domaine de la politique, au domaine de l’économie. Dieu est présent dans ces domaines ; son royaume y est déjà présent. La preuve, c’est que quand Jésus invite à prier pour que davantage de disciples se mettent au travail, il souhaite non pas davantage de semeurs mais davantage de moissonneurs. Ainsi, il manifeste que Dieu fait le travail de semailles… c’est à dire que le royaume de Dieu est déjà là, et qu’il ensemence l’humanité d’un énorme potentiel d’amour. L’Esprit d’amour remplit l’univers.

            Le Royaume de Dieu s’approche tout seul, par l’action irrésistible du Saint Esprit en toute personne. Il reste à l’accueillir en devenant ses collaborateurs. Le Seigneur dit « Je dirige vers mon peuple une paix abondante comme un fleuve » ; c’est enthousiasmant, mais il faut encore que tous deviennent artisans de paix ; le Seigneur dit « je vous consolerai » ; c’est séduisant… mais il faut encore que tous fassent que l’Eglise soit un hôpital de campagne. « Priez le maître d’envoyer des ouvriers », priez pour que tous tiennent leur rôle dans la survenue du Royaume de Dieu.

            Cela se fait facilement. Quand les gens disent ’paix’ à leur voisin, ils aident les voisins à comprendre que le Royaume de paix s’approche. Quand des parents parlent avec leurs ados, ils développent le Royaume de Dieu ; Quand des gens mariés se soutiennent fidèlement pendant des décennies, ils développent le Royaume de Dieu. Quand des gens se rendent disponibles pour rendre service, ils montrent que le Royaume de l’amour n’est pas loin.

            Dans les propos de Jésus, il y a une note surprenante ; Jésus dit : « je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups ». Il y a des loups, des gens qui ne veulent pas que Dieu règne, que le service soit supérieur à l’égoïsme, que l’humilité soit supérieure à l’orgueil Au milieu des loups, l’agneau sait qu’il a perdu d’avance. Doit-il renoncer à partir en mission ? A chaque messe, nous disons que l’agneau pascal s’est trouvé au milieu d’un tribunal de loups qui jugeait sans justice, et que même là, il avait une sécurité jamais démentie : l’amour du Père. On pense que pour être respecté il faut être dominant, plus loup que les loups, rendant l’insulte pour l’insulte ; or l’agneau Jésus a été victorieux des loups par la force de l’amour du Père. Cette force d’amour accompagne encore les missionnaires.

            Rendons grâce au Christ : il est avec ses missionnaires, tous les jours, pour que la paix coule plus abondamment qu’un fleuve, pour que les hommes soient comblés de bénédictions : Rendons grâce au Seigneur notre Dieu ! 

13ème dimanche du temps ordinaire
26 juin 2022

Frères et sœurs, on réfléchit en chrétiens si on met à la base que nous suivons un Christ qui, le visage déterminé, prend délibérément la route de l’amour le plus exigeant, la route de la passion, la route de la miséricorde absolue. Si notre maître prend le chemin de la croix, notre style de vie doit être le chemin de la croix. S’il nous arrivait de réfléchir en dehors de ce cadre là, nous parlerions comme des non-chrétiens.

            Du coup, celui qui suit le maître riche en miséricorde envers les pécheurs, s’interdit de regarder les autres comme des gens à punir, et de penser que Dieu punit (les disciples qui puniraient volontiers ceux qui ne les hébergent pas, se font remonter les bretelles !) ; celui qui suit Jésus donné entièrement à tous et pas seulement à ses proches, s’interdit de s’occuper prioritairement des gens qui lui sont proches par le sang ou par des options communes, (celui-là qui, avant de suivre Jésus, voulait faire les funérailles de son père se fait remonter les bretelles) ; celui qui suit Jésus qui a tout quitté, s’interdit de viser un statut confortable. Or, il y a des supporters enthousiastes de Jésus, qui lui disent « nous te suivrons partout où tu iras », mais qui verraient d’un bon œil que les pécheurs soient punis du feu du ciel, et qui prétendent suivre Jésus avec un certain confort et sans relativiser les liens du sang…

            Oui, nous avons du mal d’aller au bout de notre vocation à aimer. Nos « oui » à Jésus sont souvent des « oui mais » ; « je suis prêt à te suivre, mais j’ai aussi tel désir, je demande un délai » ; nous jouons à cache-cache avec la douce attraction du Père, convaincus que ce que nous faisons n’est déjà pas si mal et qu’à l’impossible, nul n’est tenu. Ainsi, celui qui reçoit un appel de l’Eglise et donc du Christ – et se trouve donc dérangé par cet appel – fait d’abord des objections : « ça va réduire mon temps de loisir, mon temps en famille ; je devrais renoncer à ceci… » Ces réflexions montrent qu’on se construit des forteresses pour ne pas être dérangé par l’appel à la tendresse.

            Frères et sœurs, de quel amour aimons-nous Jésus Christ ? de quelle manière répondons-nous à ses appels ? Si notre maître a aimé de manière démesurée, est-ce que nous ne nous contentons pas de demi-mesure ? 

            Frères et sœurs, sur la croix et à l’autel, Jésus dit « mon corps livré pour vous » ; il est loin de pratiquer un amour en demi-teinte. Ce serait regarder en arrière que de pratiquer la vengeance alors que le maître donne sa vie pour qui l’offense. Ce serait regarder en arrière que de mettre des limites à son amour alors que le maître pratique l’amour sans compromis. Frères et sœurs, nous arrive-t-il de regarder en arrière, de préférer les méthodes du monde aux méthodes de Jésus… Souvenez-vous : pour s’empêcher de regarder en arrière et de revenir à ses manières d’homme terre à terre, le prophète Elisée immole ses bœufs et les brûle avec le bois de l’attelage ; faisant cela, il tourne définitivement la page de sa vie passée ; il est désormais disponible pour une vie nouvelle.

            Pour conclure, je vous interroge : est-ce qu’un prisonnier libéré souhaite revenir en prison ? Evidemment non ! Donc, est-ce qu’un chrétien libéré par Jésus peut regretter l’esclavage des biens matériels, de l’ambition, du chacun pour soi ? Vous-mêmes, quand vous avez suivi Jésus, êtes-vous devenus plus libres par rapport aux succès mondains, par rapport aux choses matérielles, par rapport à des peurs ? Bref, en marchant à la suite de Jésus Christ, nous sommes sur un chemin de liberté ; ne regardons pas en arrière.

Corps et sang du Christ
1ère communion
19 juin 2022

Vous, les enfants, vous serez d’accord avec moi si je dis que ce n’est pas vous qui avez fait vos parents qui vous prennent dans leurs bras, vos amis, vos professeurs… ce n’est pas vous, ni aucun homme qui a fait l’air qu’on respire, l’eau indispensable, les fruits à déguster, et les paysages majestueux qui éblouissent nos yeux, le soleil et la pluie tous les deux aussi indispensables,… et ce n’est pas vous qui avez modelé vos yeux si expressifs, votre intelligence si vive, vos muscles si forts, vos talents pour la musique ou le sport … Tout cela, c’est cadeau, c’est donné.

            Vous les parents, je suis sûr que vous apprenez à vos enfants à dire merci. Ainsi, vous leur apprenez à s’intéresse à la personne qui donne le cadeau et pas seulement à l’objet qu’elle a donné. Alors, à bien y réfléchir, puisque les hommes n’ont rien par eux-mêmes, puisque aucun homme n’a fait l’air, l’eau, les visages…tout cela est donné. Donné par Dieu. Nous ne voulons pas jouir de tout cela sans dire merci à Dieu qui le donne. Quand Jésus prend le pain, il dit merci à Dieu et le bénit. A chaque messe, nous nous réunissons surtout pour dire merci à Dieu.

Disons :
            Merci, Père, car tu nous donnes tout (bis par tous)
            Merci Seigneur, pour le monde et ses beautés (bis par tous)
            Merci Seigneur, pour les hommes qui ont l’amour dans le cœur (bis par tous)
           
Ainsi Dieu nous donne tout… et comme dit l’évangile, il donne en surabondance, il donne tellement que les hommes n’épuisent pas ses dons ; il y a des restes ; l’évangile le dit. Après avoir donné le monde, les parents, la nourriture, l’intelligence, Dieu aurait pu dire « j’en ai donné assez ». Eh bien non ! Dieu nous a tant aimés qu’il nous a donné son fils, l’homme juste, l’homme fraternel, l’homme sans violence, sans racisme, l’homme aux mains innocentes, l’homme qui ne fait qu’aimer… Quel cadeau ! Jésus est un cadeau si beau que, dès que nous le voyons, lui, l’homme plein de justice, de prière, de fidélité, de miséricorde, nous avons envie d’être comme lui. C’est cette admiration de Jésus qui nous pousse à venir chaque dimanche à la messe. C’est que la messe n’est pas une option ; elle est indispensable à qui veut réussir sa vie, à qui veut être à l’image de Jésus.

Disons encore :
            Merci, Père, de nous avoir donné Jésus (bis par tous)            
Merci de nous donner l’envie de vivre comme Jésus (bis par tous)
           
J’ai dit que, pour réussir notre vie, il fallait vivre à la manière de Jésus. Or nous n’y arrivons pas si nous ne recevons pas sa force, sa sagesse, son art de pardonner, …. Nous ne ratons notre vie chaque fois que nous faisons des choses qui font pleurer : c’est que nous sommes comme malades. Alors comme un médecin donne un remède à avaler, Jésus nous donne une nourriture à avaler. Jésus dit « prenez mon pain, prenez moi, et vous vivrez ». Et c’est vrai : notre prière a besoin d’être alimentée à la prière de Jésus ; notre pardon a besoin d’être alimenté au pardon de Jésus ; nos fidélités sont fragiles et nous les alimentons à la parfaite fidélité de Jésus.

Disons ensemble
            Seigneur Jésus, nous vivons par toi (bis par tous)
            Tu es l’aliment qui fait grandir tout homme (bis par tous)

            Une observation : Quand on reçoit une personne, on met de l’ordre dans le salon, on range, on dispose des fleurs… Quand on reçoit Jésus, curieusement, il entre dans nos vies où tout n’est pas bien rangé ; et c’est lui qui met de l’ordre dans nos vies. Bien recevoir Jésus, c’est lui donner la permission de remplacer une pensée pas fraternelle par une pensée plus cordiale, de donner la force de corriger une mauvaise habitude, de mettre de la lumière là où l’égoïsme met de la nuit. Puisque nous voulons accueillir Jésus,

disons-lui
.           Jésus met de l’ordre dans mon cœur (bis par tous)
            Jésus je veux te recevoir ; viens habiter en moi (bis par tous)

Trinité
12 juin 2022

Frères et sœurs, saviez-vous ce qu’a écrit Saint Paul à votre propos ? Je le cite à nouveau. « Nous sommes devenus des justes par la foi » (avouez que, tellement conscients de nos péchés, vous ne saviez pas que vous êtes devenus des justes !Si saint Paul le dit, c’est donc vrai ! Attention, vous n’êtes pas devenus des justes au sens où vous seriez devenus parfaitement irréprochables ; vous êtes devenus des justes au sens où, quand Jésus a donné sa vie pour vous, Dieu a montré que son amour l’emportait infiniment sur vos péchés. Les mots de saint Paul sont clairs : Nous sommes « En paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ » ; et il ajoute : « Nous avons l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu » Vous avez une espérance, mais je parie que vous n’aviez pas l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu ! Eh bien si ! St Paul le dit : vous pouvez espérer la gloire, malgré vos faiblesses !

            A la fête du Dieu Trinité, on s’attendrait à entendre parler de « Dieu, pur esprit, infiniment parfait, créateur de maître de toute chose »… Notre foi nous fait parler de Dieu en disant ce qu’il fait pour nous, les hommes, et pour notre salut. On parle bien de Dieu si on dit ce que Dieu fait pour que l’homme vive. St Irénée évêque à Lyon vers l’an 200, disait que « la gloire de Dieu, c’est que l’homme vive ».

            La première chose que Dieu fait pour que l’homme vive, c’est la création dont on comprend l’existence par le fait que Dieu est Trinité. On peut se demander : pourquoi y a-t-il le monde plutôt que rien ? La réponse c’est que Dieu crée tout pour dire à l’homme « ma joie est de te donner en cadeau tout ce qui est à moi : l’air à respirer, les bras de tes parents, tes beaux yeux, ton intelligence… tu as cela, parce que je te le donne. Et je te le donne parce que je donne tout à mon fils. Voyez, si Dieu n’était pas Père habitué à donner tout à son Fils, il ne nous donnerait rien et n’aurait même pas créé le monde. La Trinité c’est cohérent avec la création. Et nous disons « Gloire au Père, au Fils et au Saint Esprit »

            Ce que Dieu fait pour nous les hommes et pour notre salut, c’est non seulement la création mais le don de son Fils, qui prend la condition humaine pour que les hommes reçoivent la condition de Dieu. Parce que le Fils a pris notre statut humain, nous avons le statut du Fils… comme si nous étions dans la Trinité. Du coup saint Paul dit : « vous êtes devenus des justes par la foi », des justes comme Jésus.. Alors que les musulmans se tiennent « devant Dieu » – humbles, adorants, obéissants…-, nous, nous disons que nous sommes « en Dieu » (Rappelez-vous la prière de Jésus lue il y a 15 jours : « Père, que mes disciples soient un en nous ») Vous qui avez un lien d’amour avec un époux, une épouse, des enfants… vous savez que la personne qui aime vraiment invite à partager sa propre vie : C’est justement cela que Dieu fait ! Dieu a pour nous, les hommes, le même amour qu’il a pour son Fils ! Donc en Dieu, il y a l’amour qui lie le Père et le Fils. Dieu ne pourrait pas nous révéler qu’il est amour, s’il n’est pas trinité, s’il n’y a pas un partage de vie en lui.

            Ce que Dieu fait pour nous les hommes et pour notre salut, c’est qu’il donne aux hommes de dire « je » et en même temps de dire « nous », il fait de l’homme un être de dialogue. En fait, pourquoi vous vous mariez, pourquoi, en tenant à rester vous-mêmes et à dire « je », vous sentez que vous êtes attirés par le désir de dire « nous » ? Parce que vous êtes créés à l’image d’un Dieu où les trois personnes disent merveilleusement « je » et « nous ». Le désir fondamental des personnes et des états… c’est d’avoir leurs particularités, mais de s’unir, de tenir ensemble le personnel et le communautaire. Cet idéal est en nous parce que nous sommes à l’image de Dieu en qui chaque personne vit dans l’unité avec les autres. Je sais bien que nous ne sommes pas Dieu, et nous avons du mal à articuler les « je » dans un « nous ; car chacun craint que le « nous » ne respecte pas ses particularités.. Mais il est sûr que si nous nous faisions de Dieu l’image d’un être qui dit « je » sans dire « nous », nous ne serions pas des êtres de dialogue, et l’idéal de chacun serait d’être un dictateur. Ce serait l’affrontement général au nom de Dieu. En revanche la foi en un Dieu au sein duquel il y a dialogue, ça conduit au respect de chacun.

            Parce que Dieu est Trinité, nous recevons tout en cadeau, devenus des justes, nous sommes en Dieu, et à l’image de Dieu, nous portons le désir de vivre ensemble, le désir d’articuler « je » et « nous ».

Pentecôte
juin 2022

La fête de Pentecôte est célébrée le 50ème jour après Pâques. Quel sens donner à cet intervalle de 49 jours ? Cet intervalle représente la totalité de l’histoire de l’Eglise. En effet, 7 est un nombre parfait qui dit la totalité ; de ce fait 7 semaines de 7 jours (ce qui fait 49 jours), exprime la totalité du temps, toute l’histoire au cours de laquelle la force de la résurrection est à l’œuvre. Ce qui caractérise toute notre histoire, saint Paul le dit ainsi : « L’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous » ; comprenons que notre temps est caractérisé par une Pentecôte permanente : la présence de l’Esprit qui a montré sa force à Pâques. Ainsi, nous ne sommes pas seuls à nous coltiner les problèmes de l’Eglise et les problèmes de la société, et nos problèmes avec nous-mêmes : l’Esprit de Dieu est avec nous, en nous. St Paul dit aussi : « Vous êtes le temple du Saint Esprit ». En un mot, en fêtant la Pentecôte, nous ne nous réjouissons pas seulement d’un événement qui, au début de l’Eglise, a déclenché la prédication des apôtres ; nous fêtons le mystère incessant du Père qui donne aux hommes tout ce qu’il a donné à Jésus. Ainsi, de même que Jésus disait « l’Esprit de Dieu repose sur moi », de même, nous disons pareillement « l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts repose sur moi, il me visite à tout moment, il me donne d’être moi-même un homme plus fort que la division, que la jalousie, que l’injustice… que la mort ». N’est-il pas vrai que, des millions de fois, c’est à dire selon une Pentecôte permanente, le Saint Esprit vous a remis sur les rails et vous a ressuscités ? Cela mérite bien d’être en fête.

            Actuellement, une guerre divise la Russie et l’Ukraine… et d’autres guerres divisent d’autres pays… et des rivalités malmènent des familles, des communes… Entre nous qui avons la même langue, on n’arrive pas toujours à s’entendre et le mode fréquent d’expression, c’est l’invective, la violence. Or le miracle du Saint Esprit, c’est que les gens s’entendent, se comprennent. A l’époque, se trouvent à Jérusalem des gens de 16 contrées parlant autant de dialectes et donc incapables de se comprendre… Et saint Luc dit que, quand le Saint Esprit déploie son action, la barrière des langues tombe, les apôtres peuvent parler à tous (la mission universelle est possible) et les autres comprennent sans devoir renoncer à leur propre langue ou à leur culture. Quand on dit des paroles de respect, d’éloge, d’encouragement, les paroles marquées de l’Esprit d’amour vont au cœur.. ; par différence avec les mots qui ne sont pas portés par l’amour et qui ne touchent pas au cœur, même s’ils sont énoncés dans la même langue.  

            Si le monde est dangereusement divisé, si on ne se comprend pas en famille, au travail….ce n’est pas que la Pentecôte est rare, c’est parce qu’on ne s’exprime pas selon l’Esprit d’amour. On le pourrait si on obéissait à l’Esprit de Pentecôte qui dit à tout homme en permanence : « tu ferais bien de rendre tel service ; tu ferais bien de prier ; tu ferais bien de rétablir la vérité, d’écouter autre chose que tes penchants » Autrement dit, tu contribuerais à l’union et à la paix, et tu serais compris de tous, si, sous l’influence du SE, tu parlais le langage de l’amour.

            Notre société ressemble souvent à un bateau ivre, un bateau sans gouvernail qui dérive au gré de la loi du marché, de la loi du plus fort, de la loi du chacun pour soi. Or, elle retrouve un bon chemin dès qu’intervient quelqu’un qui a l’Esprit de Dieu, l’abbé Pierre ou Mère Teresa ou Sœur Emmanuel ou le P Pedro. Mais chacun de vous reçoit l’Esprit pour imprégner les réalités du monde de la sagesse de l’amour, pour offrir aux autres la main qui les relève, la parole qui encourage, la miséricorde qui fait revivre. Vous serez des saints, des porteurs du Saint Esprit, si vous obéissez au SE de manière à faire affleurer le règne de Dieu.

            Je conclus : St Luc dit que l’Esprit est comme un grand vent : on ne voit pas le vent, donc on ne voit pas l’Esprit. L’Esprit est invisible ; mais ses effets sont visibles ! Puisque l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, vous montrerez les effets de l’Esprit ! Que Dieu continue de nous faire ce cadeau : ô Seigneur envoie ton Esprit.  

7ème dimanche de Pâques
29 mai 2022

Frères et sœurs, bien des catholiques souhaitent mieux comprendre les gestes et les paroles de la messe. Eh bien les paroles de ce jour donnent l’occasion d’expliquer ce que nous faisons à toutes les messes.

            Première réflexion : Vous venez à la messe pour prier. Pourquoi prier ? Parce que la rivière ne peut pas exister sans être en relation permanente avec sa source. Parce que l’homme ne peut pas être homme, fils de Dieu, sans être en relation permanente ou fréquente avec sa source, le Père. Jésus le premier, prie le Père ; il est en relation permanente avec le Père.

            La seconde réflexion explique pourquoi nous prions pour l’Eglise, les pauvres, les responsables : c’est que, lorsqu’il prie, Jésus ne prie pas pour lui, mais pour que les baptisés se considèrent comme membres les uns des autres, membres du même corps. Dans le contexte du « chacun pour soi » qui conduit aux injustices, notre prière universelle est un remède face au mal du monde : qu’ils soient un ! Il ne s’agit pas de désirer une union pour être forts contre d’autres (ainsi que font les états, les communes ou les entreprises quand ils font des alliances pour faire face à la concurrence), il s’agit de demander d’être un pour que les relations au sein des familles, des villages, des églises… soient faites de compréhension, de soutien, de fraternité… pour que le monde croie au Dieu d’amour. Car l’unité dans l’amour est le principal argument missionnaire. Aller vers de telles relations, c’est en cela que consiste la véritable réforme de l’Eglise à laquelle nous contribuons à l’appel du Pape.

            Une troisième réflexion est suggérée par la seconde lecture où figurait cette phrase : « L’Esprit et l’Epouse disent ‘viens’…Amen, viens, Seigneur Jésus ». L’Epouse, c’est l’Eglise qui est animée par l’Esprit : d’où l’expression « l’Esprit et l’Epouse disent ‘viens’ ». Vous reconnaissez l’acclamation centrale de la foi : nous disons « nous annonçons ta mort, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue ». L’identité de Jésus est dans ces trois verbes : il est mort, il est vivant, et il vient. En disant « nous annonçons ta mort, nous disons qu’à l’époque où Ponce Pilate était gouverneur, Jésus est mort pour montrer le plus grand amour, la plus grande fidélité, la véritable alliance ; en disant « nous proclamons ta résurrection », nous disons que, aujourd’hui, Jésus est ressuscité, actif, source de liberté et de lumière ; en disant « nous attendons ta venue », nous disons notre désir que l’histoire tourmentée de l’humanité trouve son accomplissement dans l’immense amour du Christ. « Viens Seigneur Jésus ; viens transformer l’univers ; viens rassembler ce que le mal a désuni »

            Enfin, une quatrième réflexion est suggérée par la prière de Jésus : « Père, que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux ». Nous voyons bien qu’en mangeant, en ingérant le pain qui porte tout l’amour, nous nous réjouissons que l’amour de Dieu vienne en nous. Moi, je suis bouleversé que Jésus souhaite que je sois aimé du même amour que lui. En effet, je ne m’étonne pas que Jésus qui est le Fils très fidèle reçoive du Père un amour infini ! mais je trouve renversant d’apprendre que le désir du Christ soit que moi qui suis loin d’être le fils très fidèle, je puisse recevoir du Père un amour infini, le même amour que reçoit le Fils très fidèle. Or c’est pourtant cela qui est donné à la communion. Elle est grande notre vocation !

            Puissions-nous penser à ceci, en venant recevoir le don de la communion A/ Que pour que nous soyons hommes, Dieu nous donne par la communion d’être reliés à lui comme toute rivière est reliée à sa source. B/ Que pour que nous soyons chrétiens, Dieu nous donne par la communion d’être un seul corps avec les autres qui partagent le même pain  C/ Que pour que nous ayons de l’espérance, Dieu nous donne par la communion la perspective du Christ actif qui vient recréer le monde D/ Que par la communion, Dieu nous donne d’avoir en nous l’amour sans limite dont Jésus est aimé. « Viens Seigneur Jésus ! Viens faire tout cela ! »

Ascension
26 mai 2022

Frères et sœurs, il y a 40 jours, en fêtant Pâques, nous disions en trois mots l’essentiel de la foi : « Christ est vivant ». Ce message a été explicité dans les lectures qui racontaient les comment Jésus a montré ses plaies à Thomas, comment il a dit à Pierre « m’aimes-tu ? », comment il nous conduit comme le bon berger conduit son troupeau … Christ est vivant !

            Qu’est-ce que l’Ascension ajoute à ces trois mots ?

            D’abord, tandis que Pâques avait dit que Jésus n’est pas vivant au sens où son cadavre aurait été réanimé, l’Ascension révèle que Jésus-homme est emporté vers Dieu. L’Ascension précise donc que le Christ emporte vers Dieu tout ce qui fait l’humain. Il s’était abaissé dans l’humble condition des pauvres ; eh bien, il emporte vers Dieu ce trésor qu’est la vie des pauvres. Il avait révélé comment l’amour animait tout ; eh bien, il emporte vers Dieu tous les efforts que font les scientifiques, les poètes, les mystiques, et chacun de nous, pour formuler tous les mystères de la vie, toute la recherche de la sagesse… Il a travaillé, transpiré, subi des échecs ; eh bien, il emporte vers Dieu tout le travail des hommes, leurs joies et leurs peines. Bref, il était venu dans notre chair ; eh bien, il emporte vers Dieu tout ce qui fait notre chair. Frères et sœurs, quand l’homme Jésus monte vers Dieu, il révèle la destinée divine de vos joies, de vos peines, de votre personne. Vous êtes nobles puisque toute votre vie va vers Dieu – monte vers Dieu – comme le ressuscité.

            On voit bien que le mot « monter » est pris au sens figuré, comme quand on dit que l’élève monte dans la classe supérieure ou que le militaire monte en grade. Jésus monte, non pas en changeant d’altitude, mais en recevant l’autorité de conduire à Dieu toute la vie humaine. Il fait cela jour après jour, parce qu’il est vivant, actif.

            Qu’est-ce que la fête de l’Ascension ajoute à l’affirmation que Jésus est ressuscité ? Pâques pourrait faire croire que ce qui importe, c’est seulement l’au-delà. Quand Karl Marx écrivait que la religion est l’opium du peuple, il accusait les chrétiens d’avoir les yeux constamment fixés sur ce qu’on appelle improprement le spirituel, et donc de négliger leur devoir pour que les relations humaines soient plus respectueuses des libertés, des dignités des personnes. Il se trouve que l’ange mettait en garde contre cette dérive : « ne restez pas à regarder le ciel » ; préoccupez-vous des relations humaines sur terre : aimez-vous. L’Eglise qui croit au ciel, dit le pape, doit sur terre, être une oasis de miséricorde ; comme un hôpital de campagne, elle doit soigner les blessures, réchauffer les cœurs, descendre dans la nuit où sont les frères ; chaque baptisé doit dire sur soi « mon corps livré pour vous ». En effet, le Christ dit à chacun :  « tu vois tout ce qui détériore l’humanité… eh bien, fais ta part pour que des larmes ne coulent plus… fais ta part, pour que telle personne soit moins découragée… fais ta part pour que les enfants découvrent la foi… fais ta part pour que les gens qui travaillent soient traités avec justice… fais ta part pour que la présence du Christ fidèle et pardonnant soit manifeste. » Croire au ciel va de pair avec travailler sur la terre.

            Attention ! c’est un commandement de regarder le ciel, de s’appuyer sur la promesse de Dieu et de faire grand cas de ses dons. Mais, comment ne pas se soucier de tous ceux qui ne regardent jamais le ciel, soit parce qu’ils n’ont pas le nécessaire vital sous forme de nourriture, d’affection, de sécurité ; soit parce qu’ayant infiniment plus que le nécessaire, ils sont enlisés dans le matériel, prisonniers des choses de la terre ?

            Le Christ n’est plus à côté de nous mais en nous ; il n’est plus seulement notre compagnon de route, mais il est notre force pour marcher. Le Christ n’offre plus sa présence aimante à nos côtés, il est devenu notre force d’aimer. Il est vivant. Il fait vivre. 

6ème dimanche de Pâques
22 mai 2022

Nous approchons de la Pentecôte. L’Eglise nous prépare à raviver dans notre conscience la présence du Saint Esprit. C’est pourquoi elle a choisi de nous faire entendre ce discours de Jésus où il parle à la fois du Saint Esprit et de la paix : « L’Esprit Saint que le Père enverra… Je vous donne la paix. » La paix ne peut venir que si les gens se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, l’Esprit d’amour.

            Frères et sœurs, nous souffrons des dissensions entre les groupes et encore plus entre des gens qui appartiennent aux mêmes groupes ; nous sommes déchirés par les dissensions dans les familles ; dans les paroisses, dans les partis politiques, entre les pays, les désirs difficilement conciliables créent des malaises et des guerres. On n’arrive pas à bâtir l’unité ; il faut qu’elle nous soit donnée. Or Jésus dit « C’est la paix que je vous laisse ; c’est la paix que je vous donne »….

            Nous avons entendu, dans la 1ère lecture, un exemple d’une véritable transformation de guerre en paix. A Antioche en Syrie, il y avait la paix dans la communauté chrétienne faite de personnes d’origine non juive. Mais voilà que des chrétiens d’origine juive sont venus dire que pour être sauvé, il fallait pratiquer les rites juifs comme la circoncision, l’obligation de manger casher (halal), la pratique du sabbat… Les autres n’étaient pas d’accord, disant qu’on est sauvé par Jésus et par rien d’autre. Dans l’Eglise, on s’est battu … Et voilà que, sous l’impulsion du Saint Esprit, les gens se sont rassemblés, ont parlé, ont crevé l’abcès ; audition des deux partis, débat, réunion des apôtres, audition de Pierre qui témoigne que l’Esprit Saint a été donné à un païen… Finalement, sous l’action de l’Esprit Saint, on a rédigé une lettre précisant ce qui permet de vivre ensemble. Il est clair que Jésus donne la paix. D’une part, on ne peut pas agresser au nom de Jésus, cela va sans dire ; d’autre part, l’obéissance au Saint Esprit est le chemin de l’apaisement.

            Un autre exemple banal montre que Jésus donne la paix : c’est notre rassemblement hebdomadaire. Ce rassemblement est très improbable tellement nous sommes différents quant aux goûts, aux âges, au standing de vie, aux options politiques, à l’appréciation de l’avenir de la société et de l’état de la jeunesse etc. Or, malgré ces différences, nous sommes réunis. Il faut qu’elle soit formidablement puissante la force de paix qui peut s’opposer à toutes ces divergences, et qui puisse mettre côte à côte, à l’unisson et même en harmonie, des gens aussi divers. Cette force, c’est le Saint Esprit. Dans la collection des textes possibles pour le baptême, il y en a deux ou trois qui insistent sur le fait que le Christ fait tomber les barrières. « en Jésus, il n’y a plus ni juifs, ni grecs, ni esclaves, ni hommes libres.. ; car tous nous ne faisons plus qu’un ». J’ai observé qu’une bonne proportion de parents choisissent ces textes là ; probablement parce qu’ils souffrent de tout ce qui divise, ils se réjouissent que le Christ rassemble et ils espèrent trouver ce rassemblement dans l’Eglise… A nous de montrer que la paix du Seigneur est toujours avec nous, en faisant taire nos querelles.

            C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne ». Bien sûr chacun sent qu’il a pour vocation de maîtriser les réflexes blessants…Mais est-ce que nous y arriverons mieux que nos pères qui n’y sont pas arrivés ? Dans la 2ème lecture, saint Jean dit que la cité où les gens sont réconciliés n’est pas le fruit des seuls efforts diplomatiques des hommes mais qu’elle descend du ciel : les efforts de conciliation et la réconciliation des hommes sont des dons de Dieu, des miracles de Jésus : la paix vient du ciel comme le pain venu du ciel. C’est pourquoi, nous entrerons dans la louange en chantant « voici rassemblé dans ce pain, dans ce vin, tout ce que tu nous as donné ; tout vient de toi Seigneur et tout nous est donné ! »

            «  C’est ma paix que je vous donne ». Si vous souffrez des divisions du monde, courage ! si vous vous désolez de divisions en familles, courage ! Si vous désirez l’unité des Eglises et la paix des nations, courage ! Le Christ donne la paix.

5ème dimanche de Pâques
15 mai 2022

Jésus dit : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous comme je vous ai aimés » Pourquoi Dieu commande-t-il à l’homme d’aimer ? Parce qu’il y a abondance de larmes et de mort quand il n’y a pas d’amour, et qu’il y a bonheur et vie seulement là où il y a de l’amour. Le P. Christian de Chergé, un des bienheureux martyrs d’Algérie, a écrit qu’un garçon et sa sœur étaient sous les bombardements ; et que le garçon a dit à sa soeur : « l’enfer c’est maintenant ; l’enfer c’est là où il n’y a pas d’amour ; nous sommes en enfer puisque tout brûle » – « Non, dit la sœur : j’aime tout le monde, papa et maman aiment tout le monde ; ça ne peut pas être l’enfer puisqu’on s’aime tous ». Si le Seigneur nous commande d’offrir de l’amour aux autres, c’est pour que le monde ne soit pas un enfer.

            Voyez Jésus : pour faire en sorte que le monde ne soit pas un enfer, pour que les hommes puissent sortir du piège de leurs méchancetés, il a pris la décision d’aimer les gens pas aimables, de maintenir son amour envers les hommes habités par la cruauté et la volonté d’écraser le voisin. C’est cela le message de la croix : Sur la croix, le Seigneur dit pratiquement : « pour que vos yeux ne voient pas que vos cruautés, vos rancunes, vos trahisons,… je plante chez vous ma douceur, ma fidélité, ma paix ». Ainsi nous comprenons que sur la croix s’affiche avec la plus grande évidence l’amour de Dieu qui est sa gloire. Quand, au Calvaire, l’innocent meurt pour les coupables, par pur amour, la gloire de Dieu est montrée au maximum. La croix, c’est pour Jésus le moment de la gloire.

            Alors, si en aimant, on peut empêcher le monde d’être un enfer, on comprend qu’il est impératif et urgent d’offrir du réconfort, de se rendre disponible pour un service à celui-ci, de consacrer du temps à celui-là. Vivre l’évangile, c’est être utile au monde. Et la personne qui est utile reçoit bien plus d’estime (a bien plus de gloire) que celle qui gagne des fortunes.

            Nous entretenons tous le rêve qu’un jour viendra où nous miserons totalement sur l’amour fraternel, où nous aimerons celui-ci tel qu’il est, celle-là qui a été blessante. Or ce projet, nous échouons à le tenir. Comme dit saint Paul, « nous ne faisons pas le bien que nous voudrions faire ». Eh bien, écoutons Jésus : s’il nous donne le commandement d’aimer, c’est qu’il nous en croit capables ; et il nous croit capables parce qu’il nous a baptisés dans l’amour sans limite ; il nous croit capables parce qu’il nous donne le saint Esprit. Alors, dans ces conditions, puisque l’Esprit d’amour infini habite en nous, ne disons pas que le respect pour untel est impossible, que la patience envers untel est impossible. Rendons-nous compte que notre mission est d’empêcher le monde d’être un enfer.

            Pour finir, pensons à ces personnes qui sont des bienfaitrices de l’humanité et que l’on appelle les saints. Aimer n’est pas plus facile pour les saints que pour nous ; mais si l’abbé Pierre, Mère Teresa et mille autres sont arrivés à aimer, c’est parce qu’ils étaient conscients que l’Esprit Saint venait au secours de leur esprit ; les saints prennent appui sur le Saint Esprit. Rappelons-nous que l’Esprit de Dieu vient au secours de notre esprit.
        
            Si vous vous levez le matin avec le projet de mettre de la miséricorde là où n’y en a pas, du pardon là où il y a de la rancune, du don de soi là où il y a l’égoïsme, vous faites que le monde n’est pas un enfer. Merci à vous !

4ème dimanche de Pâques
8 mai 2022

Dans toutes les églises, aujourd’hui, on attire l’attention sur le fait que Jésus appelle ; et on prie pour que chacun (enfant ou adulte) entende les appels de Jésus, qu’il réalise ce à quoi il est appelé, sa vocation (ce mot vient du latin « vocare », qui a donné évoquer, vocal ).

            Entre humains, on s’appelle ; au téléphone on dit « je t’appellerai demain ». De même, Jésus-Christ, parle à notre cœur : il est heureux quand « ses brebis écoutent sa voix ». La voix de Jésus est bien différente des autres, parce qu’elle dit la sagesse tandis que beaucoup d’autres répandent la folie ; la voix de Jésus appelle à vivre en frères tandis que d’autres suggèrent de négliger le voisin ou de le combattre.

Disons :
            Jésus, fais que j’entende ta voix (bis par tous)
            Jésus, ouvre mon cœur, puisque tu dis la paix (bis par tous)
            Jésus, dis-moi ce que tu attends de moi (bis par tous)


            Mettons-nous bien en tête que, si Jésus nous appelle, nous donne une vocation, c’est pour que notre cœur soit en joie. Rappelez-vous le chant du carême : croyez à la Bonne Nouvelle, croyez que Dieu vous aime ». Voilà notre vocation première : croire que Dieu nous aime.

Disons :  
          Jésus, fais que j’écoute ta voix , (bis par tous)
          Jésus, fais que je croie que tu m’aimes (bis par tous)


            Notre vocation c’est de croire que nous sommes dans la main de Dieu, tenus par cette main puissante. « Mes brebis, nul ne les arrachera de ma main ni de la main du Père ». Si vous avez des soucis, écoutez bien : rien ne peut faire que le Christ et le Père vous laissent tomber : « mes brebis nul ne les arrachera de ma main, ni de la main du Père ». Avec une telle parole, nous voilà pleins de confiance, libérés du trouble, du désarroi et de la crainte.

Disons :
            Jésus, tu me tiens bien ; avec toi, je n’ai plus peur. (bis par tous)

            Alors, si la vocation de chacun consiste d’abord à croire (et cela procure la joie), si chacun est appelé à croire, chacun est encore appelé à dire à toute personne : « n’ayez pas peur pour l’Eglise, Jésus Ressuscité s’en occupe, elle est dans sa main ; n’ayez pas peur pour l’avenir spirituel des enfants qui semblent tourner le dos à leur éducation chrétienne, ils sont dans la main du Père ; n’ayez pas peur des persécuteurs, le Christ a vaincu le mal. « Mes brebis, personne ne les arrachera de ma main ». Autrement dit, ce qu’il attend de nous, notre vocation, c’est de favoriser le bonheur des gens, c’est d’être dans le monde une voix qui, à la suite de Jésus relève, encourage, favorise la vie, souligne la richesse des personnes alors que d’autres disent que le monde est fichu…. Notre vocation c’est d’être prophètes de Jésus qui est venu pour que nous ayons la vie en abondance.

Disons ensemble 
            Jésus, tous les hommes sont dans ta main. Ils sont en paix (bis par tous)
            Jésus, fais que je dise des paroles qui font du bien (bis par tous)
            Jésus, fais que je sois utile à tous (bis par tous)

            La voix du Christ qui nous appelle, c’est la voix de celui qui a vaincu la mort, qui a donc toute autorité. Son appel à être dans la vérité est plus fort que l’appel à mentir. Son « oui » d’amour est plus grand que nos non ; son « je t’aime » est plus grand que nos haines ; sa fidélité est plus grande que les infidélités des hommes… » Probablement, les jours où on a peur, c’est les jours où on oublie que « le Père est plus grand que tout ». Or, c’est ça la vérité : le Père est plus grand que tout le mal. C’est à lui qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire.      

Alors, je dis aux enfants ce que nous tous, les adultes, nous avons vérifié : si, au milieu de tous les messages qui diffusent de la tristesse, nous entendons sa voix qui parle de joie, de confiance… nous sommes dans la paix. Vous, les jeunes « ne craignez pas de faire confiance à Jésus, car personne ne pourra vous arracher à son amour ».

3ème dimanche de Pâques
1er mai 2022

Frères et sœurs, cette parole nous ouvre à bien des réflexions. Parmi les points d’attention, il y a l’initiative de Jésus qui, pour annuler le triple reniement, interroge Pierre, par trois fois : « m’aimes-tu ? » ; et il y a la triple profession de foi du pauvre qui a sombré lamentablement et qui dit « je t’aime ». Ca me fait penser à la confidence qu’a faite à un curé une pauvre fille à la conduite peu reluisante et qui était contrainte de faire les poubelles pour manger. Je cite : « Dans une poubelle, j’ai trouvé un crucifix. Je l’ai sorti de là et je l’ai caché dans mon vêtement de peur que mes compagnes se moquent de moi et aussi de Jésus. Pourquoi ai-je fait cela ? Parce que j’ai réfléchi : ma vie n’a pas été exemplaire, mais puisqu’un jour je l’ai tiré de la poubelle, lui saura me tirer de mon bourbier » Le moindre « je t’aime » annule les reniements. Frères et sœurs, guérissons nos reniements par un « je t’aime » sincère.

            « M’aimes-tu ? » Le Christ est avant tout quelqu’un qui mendie notre amour. Frères baptisés, même si nous avons raté, même si nous avons renié comme Pierre, le Seigneur est toujours là qui nous demande « m’aimes-tu ? ». Puissions-nous répondre : « malgré mes trahisons et mes tiédeurs, tu sais bien que mon vrai désir, c’est de t’accueillir en moi afin d’être fidèle comme toi (car il n’y a rien de plus beau que ta fidélité), tu sais bien que mon vrai désir est de prier comme toi (car je voudrais bien être assidu à la prière comme toi), tu sais bien que mon désir profond est d’être miséricordieux comme toi (car seule la miséricorde donne la paix ». 

            Parmi les points d’attention du récit de saint Jean, je suis touché par l’exclamation « C’est le Seigneur ». Nous ne pouvons être chrétiens que si nous reconnaissons que le Seigneur se manifeste ici ou là. Vous ne pouvez pas être parents sans vous dire « l’attitude filiale de mes enfants est le signe que le Seigneur est à mes côtés » Si vous constatez que vous avez eu l’attitude qui convient, vous vous dites forcément « si j’ai pu dire les mots qui ont apporté la paix, c’est que le Seigneur était à mes côtés »… Ou encore « Si j’ai pu faire le métier qui me plait, si j’ai pu rencontrer mon conjoint, … si j’ai pu traverser tel cap difficile, sortir de telle ornière c’est que le Seigneur m’accompagne. » Bref, quand vous vous apercevez qu’il vous a donné ses grâces, vous vous exclamez comme saint Jean « C’est le Seigneur ! il m’accompagne » et vous faites la prière que formulait le psaume : « je t’exalte Seigneur, tu m’as relevé » et vous dites comme Pierre : « je t’aime »

            Petite parenthèse : au cœur de la messe, nous disons « faisant ici mémoire de la mort et de la résurrection ». C’est que notre amour du Christ s’appuie sur le repérage de ce qu’il a fait pour nous et de la mémoire de ce qu’il a fait pour nous. Alors, à la messe nous faisons mémoire de sa mort et de sa résurrection ; mais nous devons faire mémoire de ce qu’il a fait pour nous au cours de nos journées : repassons le film de nos journées pour y découvrir que le Christ a été avec nous Nous ne pouvons pas dire comme saint Jean « c’est le Seigneur » si nous n’avons pas la mémoire pleine des grâces quotidiennes. Autrement dit si l’ami de la foi, c’est la mémoire, l’ennemi de la foi, c’est le manque de mémoire, c’est Alzheimer !

            Prenons une minute pour faire une courte liste des bienfaits dont le Ressuscité nous a comblés… de ce qui nous a conduits à dire « c’est le Seigneur ».

2ème dimanche de Pâques
24 avril 2022

Frères et sœurs, les passages de la vie à la mort, les deuils, hélas, nous sont familiers ; mais le passage de la mort à la vie nous semble impossible ; nous avons peut-être même du mal de croire au message de Pâques… St Luc disait avec beaucoup d’honnêteté que les apôtres prenaient pour délirant le propos des femmes qui, ayant trouvé le tombeau vide, annonçaient la résurrection. Voyez que Thomas, avec son esprit scientifique, quasi matérialiste, n’était le seul à résister à l’annonce que Jésus soit passé de la mort à la vie.

            Saint Jean précise que Thomas porte un surnom qui signifie « Jumeau ». Sans aucun doute il a pour jumeau toute personne qui est sceptique quand l’Eglise dit « nous avons vu le Seigneur » ; il a pour jumeau toute personne qui réclame des preuves de la résurrection… Thomas a beaucoup de frères jumeaux ! Peut-être vous !

            Pourtant, nous sommes différents de lui sur deux points :
            D’abord, je suis persuadé qu’à sa place, nous aurions demandé à Jésus un miracle de plus, c’est à dire une preuve de sa divinité. Or Thomas ne demande pas à Jésus un signe de sa divinité, mais un signe de son humanité : il veut toucher le corps qui, librement, par amour, a risqué d’être douloureusement atteint par les plaies. Cette requête d’humanité doit nous instruire, nous qui voulons annoncer la résurrection. A nos contemporains, nous ne dirons pas la résurrection en faisant miroiter du « merveilleux » qu’on appellerait divin, mais en montrant une Eglise où les fidèles témoignent en étant prêts à souffrir par amour pour les autres membres du corps. Cela, Jésus l’avait demandé, lorsqu’il disait : « on verra que vous êtes mes disciples si vous vous aimez » ; comme s’il disait « on verra que je suis vivant en vous ( ressuscité), si vous vous aimez comme s’aiment les membres du corps ». 

            On voit bien qu’en parlant de vie dans l’amour, je fais écho à la parole de Jésus : « la paix soit avec vous ». La paix du Ressuscité est là quand chaque membre du corps prend soin des autres membres. Quand Marie Madeleine est envoyée comme missionnaire ‘vers ses frères’, les relations fraternelles entre cette pécheresse et ses frères sont rétablies, la paix est là ; quand Thomas est entré dans la foi, les relations entre l’homme qui ne croit pas et ceux qui croient sont rétablies, la paix est là ; quand Saul le persécuteur s’est mis à prendre les chrétiens pour des frères membres du corps du Christ, la paix lui est venue ; quand François d’Assise a tourné le dos à ses égoïstes mondanités pour s’occuper de rebâtir la communauté des frères, l’Eglise, il a été rempli d’une paix telle qu’il pacifiait tout. L’abbé Pierre, Mère Teresa… tous, ont trouvé la paix en servant les membres du corps ; et ces liens humains ont été missionnaires. Voilà comment Thomas m’a fait réfléchir ;il ne demande pas un signe de puissance divine : il veut toucher le corps.

            Il existe une autre différence entre Thomas et nous. Thomas a vu puis il a cru. Nous, à l’inverse, il nous est demandé de croire afin de mieux voir. « Heureux ceux qui croient sans avoir vu le Seigneur » ! Nous sommes heureux parce la foi au Seigneur qui ouvre le tombeau nous ouvre les yeux comme elle a ouvert le local fermé des apôtres ; si nous voyons des personnes qui vivent à la manière de Jésus, qui déploient de la bienveillance, cherchent à concilier, qui renoncent au confort égoïste, nous pouvons dire que Jésus est vivant : …

            J’en reviens à Thomas absent de l’assemblée du premier dimanche et à Simon et tous les absents des assemblées du dimanche. Il est clair que, tant qu’on n’a pas expérimenté qu’en communauté – en corps -, on peut vivre la confiance, le partage, le soutien mutuel, on prend pour délirant le message selon lequel la vie est transformée par Jésus ressuscité. Mais si la fréquentation de la communauté nous a fait passer par ces beautés que sont la confiance, le partage, le don de soi…, nous comprenons que Jésus est vivant, passé de la mort à la vie. Nos rassemblements nous éduquent à croire à la résurrection

Pâques
17 avril 2022

    

Frères et sœurs, je me suis demandé si notre chant des alléluias n’était pas une manifestation d’inconscience voire une offense envers tant de personnes qui souffrent de faim, de violence, de devoir quitter leur pays… Mais nous ne voulons offenser personne ; nous voulons dire la Belle et Bonne Nouvelle selon laquelle la mort n’a plus le dernier mot ; la violence a été vaincue par le Christ plein de douceur, la vengeance a été vaincue par le Christ qui prie pour ses bourreaux, l’injustice a été vaincue par le Christ qui ne fait pas de distinction entre les personnes, la condamnation des fautifs a été vaincue par la miséricorde du juge… Nous chantons alléluia, parce que nous voudrions que tous sachent qu’avec Jésus qui donne sa vie, l’horizon n’est plus bouché par le mal que font les hommes. En chantant alléluia, nous voudrions que tous les hommes sachent que Dieu – amour ouvre un passage dans la mort, cette impasse dont on ne sortait pas. Nous aimerions que tous sachent que Dieu descelle les tombeaux, qu’il y a une issue heureuse pour tous les hommes en souffrance… Alléluia, la mort a définitivement perdu la partie ; l’amour règnera pour toujours.

            Telle est notre foi. Mais nous sommes comme les femmes qui ont découvert que le tombeau est ouvert ; quand elles font leur rapport aux apôtres, ceux-ci trouvent leurs propos délirants. Et à notre époque, l’annonce de la résurrection suscite des réactions de grande perplexité. Heureusement Pierre et Jean ont donné suite et sont allés au tombeau ; saint Luc dit que, voyant que le tombeau est vide, Pierre s’étonne, mais il ne dit pas qu’il croit. Je veux dire par là qu’en annonçant la résurrection à nos contemporains, nous ne devons pas nous étonner qu’ils n’adhèrent pas d’emblée et que le message soit d’abord une question, une énigme.

Comment passer de l’énigme à la foi ? Il n’y a qu’un moyen : fréquenter Jésus, non comme un être du passé, mais comme celui qui nous parle aujourd’hui, qui invite à suivre ses pas, à faire que ses manières deviennent nos manières. Les manières de Jésus de Nazareth visaient à faire triompher la vie (pour cela il guérissait, il redonnait courage, il combattait le mensonge et l’hypocrisie) : il était plus fort que le mal. Aujourd’hui, nous pouvons contempler le Christ vivant en admirant les gestes de solidarité tout à fait déterminants dans la société individualiste, en admirant comment le respect opère dans ce monde où l’on méprise, en admirant que la fidélité fleurit dans ce monde où l’on trahit. Si des personnes innombrables agissent à la manière de Jésus, c’est que Jésus est vivant en elles ; si des personne innombrables se sentent appelés à payer de leur personne pour aider les autres à vivre, c’est que Jésus est vivant en elles.

            Alors, pour annoncer la grâce de la résurrection, nous ne pouvons pas nous contenter de chanter « alléluia » ; il nous faut ouvrir un passage devant les gens qui buttent contre une rancune, un découragement, une solitude, une injustice, une trahison… toutes sortes de réalités qui enferment comme un tombeau ! De même que le Christ ressuscité ouvre pour nous un passage de sorte que nous avons de l’espérance, de même notre style de vie doit consister à ouvrir des passages, par exemple en tendant la main, en payant de soi-même, en permettant une espérance. Bref, notre règle de vie c’est d’être les collaborateurs du Ressuscité, c’est d’aider les autres à traverser leurs zones difficiles… au nom de Jésus qui a traversé la mort.

            Frères et sœurs, puisse chacun s’apercevoir que le Christ est là tout près de lui… puisse chacun avoir la joie d’être un collaborateur du Christ ressuscité ; cette joie le confortera dans la foi en la résurrection

5ème dimanche de carême
3 avril 2022

Quand la Bible dénonce le péché du peuple, elle dit souvent que ce peuple est adultère, qu’il se prostitue. Non parce que les gens ont une sexualité et une affectivité dévoyées, mais parce que ce peuple est en état de prostitution chaque fois qu’il cherche du salut auprès d’autres dieux, alors qu’il est lié à Dieu par une alliance. Dieu estime que toute rupture de l’alliance est un adultère… que l’absence de prière, le mépris d’un frère, l’injustice, l’adoration de l’argent, ou l’adoration de soi-même…., tous nos péchés sont aussi graves que l’infidélité d’un époux ou d’une épouse. Le fait de détériorer la planète pour s’enrichir, le fait d’affamer et de bombarder des populations pour devenir leur maître, et mille autres comportements de ce genre montrent que les hommes n’adorent plus Dieu, qu’ils se prennent pour. C’est pourquoi l’épisode de cette femme qui a eu six maris ne parle pas de sexualité dévoyée mais parle de tous les péchés.

            On comprend d’abord qu’aux accusateurs de la femme, Jésus montre qu’ils n’ont aucune légitimité pour condamner la pécheresse, puisqu’ils sont adultères autant qu’elle ; quand nous prétendons juger les autres, Jésus nous dit pareillement : « avant de les condamner les autres, vérifie si tu es sans péché ». Cela tous les sages peuvent le dire

            Mais en plus, Jésus fait ceci : il apporte et à la pécheresse et à ses accusateurs la miséricorde sans limite, la miséricorde toujours plus grande que nos péchés. Lui, le juge suprême veut dire à chacun « Moi, je ne te condamne pas » ; le juge suprême dit à l’humanité pécheresse, adultère, « moi je ne te condamne pas ». C’est énorme, incroyable ! Je ne sais pas si beaucoup d’époux trompés diraient « je ne te condamne pas ». Dieu que nous trompons comme des adultères, nous dit « je ne te condamne pas ».

            Reste à nous ouvrir au pardon. Comment ? En faisant comme Paul ; il dit que ce qui l’a délivré de son passé de persécuteur, c’est la contemplation du Christ qui pardonne ; je le cite « les avantages que j’avais autrefois, je les considère comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance de Jésus mon Seigneur ». Le bien qui dépasse tout, c’est la révélation de la miséricorde sans limite incarnée par Jésus. N’ayons donc qu’un souci : celui de croire en ce Christ qui dit « Je ne te condamne pas ». Ce qui montrera que nous basons notre vie sur cette parole, c’est que nous ne condamnerons pas les autres.

            Faisons la louange de Jésus

– Jésus, tu as dit à la pécheresse : «je ne te condamne pas ». Et tu nous le dis encore, et tu ne cesses pas de nous faire confiance (comme parents, comme éducateurs, comme membres d’associations…) ♫ Béni sois-tu Seigneur !

– Jésus, tu as fait en sorte que la pécheresse ne soit plus prisonnière de son passé malheureux. Et tu ne nous enfermes pas dans notre passé de pécheurs : tu ne cesses pas de nous donner tes nombreux signes d’amour (des gens qui nous aiment, des gens qui ont des comportements lumineux…) ♫ Béni sois-tu Seigneur !

– Vraiment, Seigneur, tu es tendresse et pitié ! Tu éloignes de nous nos péchés aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident. ♫ Béni sois-tu, Seigneur !

            Puisque Dieu a une si grande miséricorde, prions le ,

– Pour que nous reconnaissions que Dieu qui a donné son Fils est prêt à nous pardonner, prions le Seigneur : SEIGNEUR, EXAUCE NOUS

Pour que nous tournions le dos à nos égarements passés et pour que nous soyons tendus vers la vie nouvelle de Pâques, prions le Seigneur : SEIGNEUR, EXAUCE NOUS !

– Le Seigneur se fait une joie de nous dire « va, ne pèche plus ». Pour que, ayant entendu cette parole, nous soyons arrachés à nos penchants mauvais, prions le Seigneur : SEIGNEUR, EXAUCE NOUS !

B/ Le prêtre conclut :

Père, tu montres ta puissance lorsque tu patientes et prends pitié.

Tu es glorifié quand l’homme est vivant ;

Tu révèles ton dessein quand tu ouvres un passage devant les pécheurs prisonniers de l’esprit mauvais.

Délivre-nous de l’esclavage du péché

Fais que s’exerce en nous la puissance de la résurrection. Par Jésus le Christ notre Seigneur


4ème dimanche de carême
27 mars 2022

Intro à la parole.
Le Christ a institué un repas. Vous savez que quand un malade retrouve l’appétit, il est sauvé. La 1ère lecture dira que, quand le peuple est sauvé d’Egypte, il mange; l’évangile dira que lorsque le prodigue sort de sa folle errance, un repas est organisé. Et puis, pour faire mémoire de la résurrection, on fait le repas pascal. On comprend que si l’eucharistie est un repas, l’adoration du SS n’est qu’une annexe mise en place à l’époque où on ne communiait quasi jamais (même pas une fois par an) et où on ne participait que par les yeux (d’où le geste de l’élévation : ce geste permettait au moins aux gens de voir l’hostie) et il n’a plus lieu d’être puisque le prêtre ne tourne plus le dos aux fidèles.) Ecoutons comment l’arrivée en terre promise est marquée par un rite de repas.

Après l’évangile

            Cette parabole raconte une conversion : elle convient pour nous inviter à nous convertir : le fils est parti de la maison (et le péché, c’est justement de quitter le Père) ; et quand il a constaté que sa séparation d’avec le Père aboutissait à son malheur, le fils est revenu. Alors parce le fils revient, le Père fait un repas de fête. Le frère aîné trouve inconvenante cette fête : il dit que le père récompense l’inconduite de son fils ! Non, il fête son retour. Le père ne félicite pas le fils d’avoir péché ; non il le félicite d’être revenu et de s’être transformé. La joie du père c’est qu’en ce carême, nous revenions à lui et nous changions notre cœur.

            Le plus jeune des fils avait donc outragé son père, en disant ‘je veux vivre sans toi, je veux partir ». Mais son frère aîné n’est pas plus filial, lui qui revendique une prime de reconnaissance pour le travail qu’il a fait chez son père, comme si le père était un patron. N’étant pas filial, ce fils n’est pas fraternel ; il refuse de participer au repas, de manger avec son père et son frère. Le péché nous coupe et des frères et du Père. Voyez que le retour à Dieu pendant le carême suppose qu’on se rapproche des frères. Je ne sais pas comment vous interprétez le geste de paix ; une interprétation est celle-ci : Vous ne pouvez pas vous approcher du Christ si vous ne vous êtes pas d’abord approchés des frères ; donnez-vous la paix ! Vous ne pouvez pas avoir un regard juste sur le Christ si vous avez un regard négatif sur vos frères : donnez-vous la paix ; vous ne pouvez pas espérer que le Seigneur vous regarde avec miséricorde si vous ne regardez pas votre voisin avec miséricorde… avec des yeux de paix
            Dernière pensée : à son fils qui refuse de manger avec son frère et son père, le père dit ceci : « tout ce qui est à moi est à toi ; ma tendresse, c’est pour toi ; mon pardon, c’est pour toi, ma victoire sur la mort, c’est pour toi ».

Disons merci au Seigneur qui donne tout, même au pécheur.

Père, nous nous sommes éloignés de toi, écartés de la fraternité, détournés de notre vocation. Mais tu attends patiemment que nous revenions à toi. ♫ Béni sois-tu Seigneur.

– Père, nous ne nous sommes pas conduits comme des enfants ; nous ne sommes pas dignes d’être appelés tes fils. Mais, loin de nous punir, tu souffres de nous voir égarés Ton amour est plus fort que ta colère. ♫ Béni sois-tu, Seigneur !

– Père, rien ne peut nous séparer de ton amour ; rien ne peut faire que tu cesses de non, aimer. ♫ Béni sois-tu Seigneur !

            Au Père riche en miséricorde, disons notre désir de nous convertir

– Pour qu a l’inverse du fils prodigue qui quitte son père, nous ne nous laissions pas séduire par l’incroyance qui incite à vivre comme si tu n’existais pas, prions le Seigneur.
♫ SEIGNEUR EXAUCE NOUS

– Pour que, sous la poussée de ton Saint Esprit, et comme l’a fait le fils prodigue, nous prenions la décision de nous détourner de nos péchés et de revenir vers le Père riche en miséricorde, prions le Seigneur. ♫ SEIGNEUR EXAUCE NOUS

– Pour que, préférant la folie de la croix à ta prétendue sagesse du monde, nous revenions nous jeter dans les bras du Père, prions le Seigneur. ♫  SEIGNEUR EXAUCE NOUS

– Pour que nous nous souvenions qu’il n’y a pas de prodigue sans pardon qui l’attend, pour que nous sachions qu’avec Dieu, aucune situation n’est irrémédiable, prions le Seigneur,
♫  SEIGNEUR EXAUCE NOUS.


Le prêtre conclut

Père, nous voulons aller vers toi ; mais tu es plus pressé que nous de fêter notre retour vers toi.

Puisque tu nous as appelés à devenir tes fils d’adoption, et que tu nous dis que « tout ce qui est à toi est à nous », donne-nous de passer de la déchéance du péché à la noblesse du salut.

Fais descendre ton Esprit Saint sur tes enfants : ne les laisse pas entrer en tentation, délivre les de tout mal, et fais leur comprendre qu’ils n’auront nulle part plus de joie qu’en étant chez toi. Toi qui prends patience et ne cherches que l’intérêt des hommes pour aujourd’hui et pour les siècles des siècles. Amen

3ème dimanche de carême
20 mars 2022

Avant la 1ère lecture  
Le texte va dire comment Moïse découvre qui est Dieu et ce qu’il fait quand les gens souffrent. Mais écoutons qui est Dieu ; parce que notre carême vise à nous réorienter vers Dieu.

Après l’évangile
Dans la 1ère lecture, le Seigneur disait « j’ai vu la misère de mon peuple ». Il dit pareillement qu’il voit notre misère, nos infidélités, nos compromissions, nos tiédeurs… Il disait qu’il allait délivrer son peuple ; eh bien il dit pareillement qu’il va nous délivrer. Voyez qu’il n’y a pas de honte à nous reconnaître pécheurs devant Dieu, car il ne nous prend pas pour des délinquants à punir mais pour des malades à soigner. En ce carême, jetons-nous dans les bras du Père.

            Nous venons d’entendre : « Si vous ne vous convertissez-pas, vous mourrez ». Dieu ne nous lance pas un ultimatum, comme s’il disait : « ma patience a des limites ! » ; il nous fait une recommandation comme celle que l’adulte fait à l’enfant : « ne touche pas le fer à repasser, tu vas te brûler » ou « ne roule pas trop vite, ta vas avoir un accident ». Si tu ne te convertis pas, ta vas passer à côté de la joie de Pâques, à côté de ta propre résurrection… tu vas être stérile comme le figuier sans fruit. J’ai employé l’expression « Passer à côté » parce que le mot hébreu que nous traduisons par péché comporte l’idée de « mettre à côté de la cible », « rater la cible ». Effectivement notre cible, c’est la joie. Or ce n’est pas avec l’orgueil que nous atteignons la fraternité ; ni avec la possession de choses matérielles ou les divertissements que nous atteignons la vraie joie ; ni avec notre volonté d’avoir toujours raison que nous atteignons la communion ; ni avec notre avidité des choses que nous goûterons la saveur de la sobriété… Le carême est offert pour que, avec la prière, la privation, le partage, nous atteignions la cible qu’est la joie de Pâques.

            Dieu aimerait tellement que notre vie soit belle ! De même qu’il disait à Moïse « je suis celui qui veut que vous sortiez de l’esclavage, de même il nous dit « je suis celui qui veut vous sortir de cette prison qu’est votre condition de pécheurs ».

Faisons ensemble la louange :

Père, tu vois la misère de ton peuple : tu nous regardes avec miséricorde.
       ♫ Béni sois-tu Seigneur !
– Père, ton fils est le bon berger qui va chercher les brebis égarées dans la rancune et les       idoles : tu continues de nous aimer même si nous ne sommes pas toujours aimables.    

♫ Béni sois-tu Seigneur !
– Père, ton fils a donné sa vie pour montrer que ton amour est sans limite. Là où le péché     abonde, ta grâce surabonde.

♫  Béni sois-tu Seigneur !

Maintenant prions pour nous, les baptisés.

– Nous entendons le Christ nous dire « si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous » ; pour que nous décidions de reconnaître nos péchés, prions le Seigneur.
SEIGNEUR, EXAUCE NOUS

– Pour que nous soyons libérés de l’esprit qui rend stériles ceux qui sont pris par l’indifférence envers leurs frères éprouvés, prions le Seigneur.
SEIGNEUR, EXAUCE NOUS

– Le Christ voit la misère de son peuple et il est venu pour le rendre libre. Pour qu’en recevant un tel libérateur, nous nous appliquions à aider les autres à vivre, prions le Seigneur
SEIGNEUR, EXAUCE NOUS

– Pour qu’en écoutant la parole du Christ, nous tournions le dos à nos péchés qui rendent nos vies stériles et que nous nous tournions résolument vers celui qui a porté le beau fruit de Pâques, prions le Seigneur
SEIGNEUR, EXAUCE NOUS

Le prêtre conclut :

Dieu qui as envoyé ton Fils pour qu’il soit notre sauveur, nous nous confions à toi. Donne-nous de nous laisser convertir par la parole du Christ Jésus. Ne permets pas que nous obéissions à l’esprit qui empêche de porter les fruits de justice que tu attends. Mais fais que, remplis de l’Esprit Saint, nous produisions les beaux fruits de l’amour, la joie, de la paix, de la patience, de la bonté, de la bienveillance, de la foi, de la douceur, de la maîtrise de soi… à la manière de Jésus qui est vivant pour les siècles des siècles.

2ème dimanche de carême
13 mars 2022

Avant la 1ère lecture  
Le maître-mot de la vie chrétienne, c’est l’alliance.
Il y a 3000 ans, Abraham s’est aperçu que Dieu était son allié.
Il y a 2500 ans, Isaïe aux gens : « même si par impossible, une mère oubliait son enfant, Dieu ne vous oubliera pas ».
Il y a 2000 ans, saint Paul le dit aussi : « Dieu est pour nous ». Surtout, Jésus a montré qu’il réalise l’alliance nouvelle et éternelle en agissant avec miséricorde, en soignant les blessés, en réconfortant les accablés, en pardonnant aux pécheurs ; Frères et sœurs, vous avez un allié de poids : le Seigneur Dieu du ciel et de la terre
            Le contrat d’alliance entre Dieu et Abraham s’est fait selon les procédures en vigueur à l’époque d’Abraham (1800 ans avant JC) : les deux contractants tuaient une bête, la coupaient en deux, et passaient entre les deux moitiés en disant : « que je sois moi-même coupé en deux si je suis infidèle au contrat ». C’est à ce même rituel que Dieu se soumet. Vous noterez que Dieu ne demande pas à Abraham de faire le même serment.

Avant la 2ème lecture
Nous fêtons l’alliance de Dieu avec nous. Qu’en retirons-nous ? Saint Paul le dit d’une manière qui va être en rapport avec l’évangile de la Transfiguration de Jésus. Vous allez entendre qui va être transfiguré.

Après l’évangile  
A mon avis, Jésus manifestait la gloire du Dieu d’amour quand il pratiquait la tendresse et la compassion ; donc, en permanence, Jésus aurait dû éclater de gloire comme le jour de la transfiguration. Mais, les hommes n’auraient pas été libres de croire en lui, ils auraient été forcés de croire si Jésus avait été constamment éblouissant de gloire. Prenons un instant pour nous émerveiller de la délicatesse de Jésus ; pour nous laisser libres, il a caché sa gloire de Fils de Dieu sous les traits d’un charpentier de village.

            Mais voilà que, quand il aura les traits d’un homme méprisé, torturé, ensanglanté, anéanti, sa gloire sera encore davantage cachée aux yeux des hommes pour qui le critère premier est le succès. Parce qu’il sait qu’on va interpréter sa mort comme le contraire de la gloire – l’absence de la gloire – , Jésus qui a annoncé sa passion se montre plein de gloire ; ainsi il fait comprendre que la personne qui donne sa vie pour les autres porte la plus grande gloire, et que, pour un homme, le critère de la réussite, c’est l’aptitude à faire passer les autres avant soi, même si ça coûte énormément de patience, de fatigue, d’insécurité, voire de souffrance Ce qui fait que le Christ est beau et resplendissant, c’est sa décision d’aimer quoi qu’il en coûte. Donc ce n’est pas quand il fait des miracles que Jésus montre la gloire de Dieu, mais quand il donne sa vie. Si nous voulons voir la gloire de Dieu, maintenant, au point d’en être bouleversés, nous la verrons auprès de personnes qui paient d’elles-mêmes pour d’autres personnes.

            De sorte qu’en vous voyant, je peux voir la gloire de Dieu ! Je sais que certains parmi vous souffrent par amour, renoncent à ceci par amour, se privent de cela par amour, voudraient prendre sur eux la souffrance d’un proche pour que celui-là en soit déchargé. Si vous consentez à tout cela par amour, votre fatigue a du sens, car toute la gloire de Dieu est en vous, comme elle était en Jésus qui consentait à donner sa vie pour les pécheurs.

            Voyez donc à quel point la gloire des chefs d’état dans leurs palais est stupide, voyez qu’un chef d’état ne peut se glorifier d’un succès militaire ; et voyez qu’est d’une beauté éblouissante l’amour inconditionnel de l’époux qui se dévoue pour son épouse, l’amour inconditionnel de parents pour leur enfant handicapé, l’amour jamais lassé d’un bénévole pour les personnes auxquelles son association vient en aide. La seule gloire à rechercher, c’est de décider d’aimer.

            On trouve mille défauts à l’humanité, mais tant qu’on peut voir des personnes qui basent leur vie sur la décision d’aimer, on pourra dire la parole que Pierre disait devant Jésus qui a décidé d’aimer : on pourra dire : « il est heureux que nous soyons ici » !.

            Je termine cet éloge du Christ éblouissant sur la montagne avant sa passion, et cet éloge des personnes éblouissantes dans l’humble service, en rappelant la parole de saint Paul : : « nous sommes citoyens des cieux ; nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux ». Si nous n’avions pas lu st Paul, nous n’aurions pas trouvé par nous-mêmes cette affirmation ; nous n’aurions pas eu l’idée que nos vies pourraient être lumineuses comme Jésus. Or Paul le dit : nous serons transfigurés. Donc, quand l’Eglise chante « nous attendons ta venue dans la gloire », nous disons du même coup « nous attendons d’être transfigurés dans la gloire, semblables à Jésus », bien que pour le moment, nous soyons assez défigurés par le péché. Et notre manière d’attendre, c’est d’accueillir le Christ dans la communion : il vient se donner, demeurer en nous, nous transformer en êtres dont le pardon, la générosité, la bienveillance peuvent éclairer le monde.
Voilà notre effort de Carême : contemplons le Christ lumineux de miséricorde et, en nous voyant, les gens verront quelque chose du Christ.

1er dimanche de carême
6 mars 2022

Notre carême nous oriente vers Pâques ; il faut que nous le vivions comme un temps de joie : car au bout du tunnel de nos histoires pas toujours reluisantes, nous voyons la lumière de Pâques, la lumineuse victoire de l’amour de Dieu sur toutes les bassesses des hommes. Comme l’Eglise le dit avant la communion : nous sommes invités aux noces, à la grande alliance : donc réjouissons-nous.

            De puis, comme écrit Paul, la parole d’amour est déjà près de chacun, dans notre bouche et dans notre cœur. Sachant que toute parole d’amour a le pouvoir de nous faire agir pour la personne qu’on aime, pensons que la Parole de Dieu a le pouvoir de mettre l’amour dans notre cœur pendant ce carême : donc, réjouissons-nous ! 

            Le Christ avait la parole d’amour dans sa bouche et dans son cœur ; il est lui-même la Parole de Dieu. De ce fait, tout ce qu’il fait procède de l’amour : il n’agit pas pour lui mais pour les hommes, il cherche valoriser le Père plutôt que de se faire applaudir, et il renonce à la séduction des choses matérielles. Vous avez reconnu les trois tentations.

        Jésus maîtrise la tentation de changer les pierres en pain : son corps a faim ; mais il a dans le cœur la Parole du Père qui est le vrai pain. Nous allons communier à ce vrai pain. Alors, tandis que la publicité martèle que l’homme vit de pain et de possessions, savourons la joie de recevoir la Parole selon laquelle le Seigneur fait tout pour que nous ayons la vie. Notre conversion de carême est de cultiver la confiance au Père qui donne la vie.
Disons : « Seigneur, j’attends ma vie de toi, et pas des choses de la terre »

            Jésus maîtrise aussi la tentation d’utiliser la puissance du Père pour faire une prouesse qui éblouirait la population et la forcerait à croire en lui ! Il est vrai que Jésus a beaucoup souffert que les gens ne croient pas en lui et, profitant de cette souffrance, Satan lui suggère de faire un prodige ! Imaginez la publicité que serait un saut de 40 mètres ! Mais Jésus a dans le cœur que le Père est le Père, et que la relation d’amour – la relation filiale – serait gravement dénaturée s’il utilisait le Père et le réduisait au rôle de faire-valoir. Alors, savourons avec joie que soit tout près de nous et nous soit rappelée la Parole selon laquelle Dieu n’est pas au service de nos projets. Notre conversion de carême est de lutter contre tout ce qui blesse la relation filiale, notamment le désir que Dieu serve nos projets.
Disons : Père, que ta volonté soit faite et non la mienne »

            Jésus maîtrise aussi la tentation de dominer, la tentation d’avoir raison, la tentation de faire la leçon aux autres. Jésus a été comme nous, exposé à la suggestion de Satan « si tu veux dominer, prosterne-toi devant moi ». C’est de l’arnaque, car si Jésus se prosternait devant Satan, il avouerait que c’est Satan qui est Dieu ; il remplacerait le Père par une idole. Mais Jésus a dans le cœur la parole selon laquelle le Père est le seul devant qui on se prosterne. Quant à nous, nous avons expérimenté que chaque fois que nous nous prosternons devant le non-amour, nous faisons des dégâts ; alors, savourons avec joie que soit dans notre cœur et nous soit rappelé le commandement de n’adorer que Dieu. Notre conversion de carême, c’est de ne pas adorer nos biens mais de partager.
Disons : Père, toi seul es saint ! Toi seul, es digne de louange.

8ème dimanche du temps ordinaire
27 février 2022

On connaît le conseil de l’évangile : ne jugez pas et vous ne serez pas jugés.

            On sait que le serpent, Satan, a tenté l’homme et la femme en disant : vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal », définissant vous-mêmes ce qui est bien et ce qui est mal. Si chacun définit ce qui est bien et ce qui est mal, on s’expose à des dangers : un aveugle va dire qu’il est bien d’aller à droite alors que c’est dangereux ; un homme qui se conduit mal va avoir la prétention d’indiquer à un autre comment il devrait améliorer sa vie. Bref, Satan a réussi à inoculer dans les hommes ce virus qui répète « vous les hommes, vous définirez vous-mêmes le bien et le mal ». Résultat : il n’y a pas de bien objectif ; il n’y a que ce que chacun estime être le bien. Bientôt les élections : est-ce que le bien de tous est défini par ceux qui cherchent leur avantage ?

            Pour guider une cordée en montagne, il faut que le guide soit plus au fait que ses clients. Pour guider correctement, il faut être meilleur que ceux qu’on guide… Celui qui a à guider les hommes doit se référer à celui qui est plus grand que les hommes. Car, comme personne n’est au-dessus des autres, personne ne peut se mettre en surplomb ; chacun est sage de ne pas juger les autres. Rappelons-nous l’idiotie de qui voudrait retirer la paille du voisin alors qu’il a une poutre dans l’œil. On récuse toute personne qui dit « faites comme je vous dis, mais ne faites pas comme je fais »

            Frères et sœurs, vous voyez l’avantage de dire « Notre Père qui es au cieux », au dessus de nos caprices, de nos partis-pris ! Celui qui est au-dessus, il nous faut le prier pour ceux qui ont à diriger leurs enfants, leurs collaborateurs, … pour qu’ils soient suffisamment voyants, clairvoyants… qu’ils ne soient pas aveuglés par leur idée personnelle.

            C’est à dire que si nous voulons être des arbres qui portent de bons fruits, il faut nous convertir….abandonner notre manie de critiquer qui détériore le climat fraternel, abandonner notre habitude de chercher la petite bête qui nous transforme en inquisiteurs.

            Un dernier mot : comment être bienveillant mais pas idiot ? Comment être bienveillant sans accepter n’importe quoi ? Regardons encore Dieu : il voit tout ce qui ne va pas, et loin de nous condamner, il nous prie : écoutons sa demande : « ne serait-il pas avantageux que tu changes » ?

            Frères et sœurs, le carême va commencer ce mercredi. Rappelons-nous que Dieu ne regarde pas ce que nous avons été… Il s’intéresse à ce que nous allons devenir… comme un potier ne s’arrête pas au vase non fini mais entrevoit le vase fini. Puissions-nous dire à Dieu : convertis-moi !

7ème dimanche du temps ordinaire
20 février 2022

Avant la 1ère lecture  
Si l’on prenait le temps de raconter les exploits du jeune David, on comprendrait que sa réputation faisait pâlir de jalousie le roi en place Saül, au point que Saül voulait tuer David. David a donc un ennemi redoutable. Ecoutons comment David agit à l’égard de son ennemi.

Avant la 2ème lecture
On va proclamer un paragraphe de saint Paul. Pour entendre et comprendre, sachez que Paul donne à Jésus Christ le nom de « dernier Adam » et il lui compare le 1er Adam. Alors que le 1er Adam est purement humain et vient de la terre, le 2ème Adam, le Christ est spirituel et vient du ciel. Et nous qui sommes aussi de la terre, nous serons à l’image de celui qui vient du ciel.

Après l’évangile
Il est fréquent que les informations parlent d’enfants enlevés : peut-on pardonner aux ravisseurs et plus encore, les aimer ? D’enfants violés : peut-on pardonner aux violeurs et plus encore, prier pour eux ? De terroristes : peut-on pardonner à des lâches qui agressent des gens qui ne les ont pas agressés ? Spontanément, nous disons qu’il y a des actes impardonnables et que, si on pardonnait, on encouragerait à recommencer.

            A votre avis, est-ce que Jésus a les pieds sur terre quand il dit « aimez ceux qui vous critiquent, qui vous agacent par leur manière de parler, de voter, de prier, de s’habiller’, … ? Probablement beaucoup diraient que Jésus est inconscient quand il dit « aimez ceux qui vous persécutent, qui disent du mal de vous, qui vous calomnient… aimez vos ennemis.. Tendez la joue gauche.

            Mais voyons-nous que le monde va bien quand on répond à une violence par une autre violence ? Trouvez-vous que la société actuelle est saine alors que la violence et les injures sont le mode d’expression normal ? On entend de la violence et on répond à la violence par la violence. Dans ce contexte d’agression généralisée, au lieu de dire que Jésus est un naïf qui parle en dépit du bon sens, ne serait-il pas sage de convenir que sa douceur et son pardon peuvent sortir la société de sa violence ?

            Que Jésus soit reconnu sage avec son amour des ennemis, ou qu’il ne le soit pas, en tous cas, il faut reconnaître qu’il fait lui-même ce qu’il demande aux autres de faire : Sur la croix, il prie pour ses bourreaux. Ainsi Jésus exprime la non-violence de Dieu envers les pécheurs. Si Jésus dit « aimez vos ennemis » c’est parce que Dieu fait cela pour ses ennemis que nous sommes, nous, les pécheurs ; Dieu est vainqueur du mal par le bien.

            Aimer ceux qui vous blessent. Un prêtre écrivain, Gérard Bessière raconte ceci : une vieille dame d’habitude bien mise arrive au presbytère, les cheveux en désordre ; elle explique brièvement que des jeunes l’ont bousculée dans le métro pour lui prendre son sac. Puis elle sort de son sac une enveloppe en disant : « vous donnerez cela à une œuvre qui s’occupe des délinquants ; il faut bien les aider ces jeunes ». Pas un mot de colère ou de haine… le réflexe de l’évangile. La dame est victorieuse du mal par le bien.

            Aimez ceux qui vous usent. Je me souviens qu’attablé à la cafétéria, j’ai admiré la patience d’une dame qui donnait à manger à la petite cuillère à une fillette de 3 ou 4 ans constamment agitée sur son fauteuil d’handicapée ; j’ai pensé : la patience de cette dame est sans mesure ; c’est un amour démesuré que cette dame offre à son enfant. J’ai vu en elle la manifestation de Dieu qui offre un amour démesuré. Mais en fait un amour mesuré, qui se fixerait des limites, serait-ce encore un amour ?

            L’évangile dit de ne pas répondre à la violence par la violence. Au début du 20ème siècle Ghandi a prouvé que de cette manière, il est possible de désarmer les violents.

            Ici, à la messe, contemplons le Christ qui verse son sang pour nous les humains qui, souvent, ne sommes pas aimables….

6ème dimanche du temps ordinaire
13 février 2022

Avant la 1ère lecture   
Dieu va nous parler. De Dieu nous nous attendons à une parole de bénédiction. Or le texte que nous entendrons commence par « maudit soit tel et tel homme». Ne comprenez pas que Dieu maudit ; au contraire, il se désole et il pleure comme des parents pleurent quand un enfant fait fausse route : « quel dommage que tel homme soit ainsi, quel malheur pour lui » Entre celui qui rate sa vie… et celui qui la réussit, la différence est celle-ci  l’un donne sa confiance aux réalités de la terre…et l’autre donne sa confiance à Dieu.

Avant la 2ème lecture
Nous parlions de « réussir notre vie ». Réussit sa vie celui qui cultive quelque chose qui est plus fort que la mort, celui qui parvient à la résurrection… Si quelqu’un a réussi sa vie, c’est Jésus, parce qu’il n’a porté que de l’amour… ainsi il est ressuscité. Bien des catholiques qui chantent « nous proclamons ta résurrection », ne croient pas qu’ils vont ressusciter. Saint Paul répond.

Après l’évangile
Jésus est venu pour que les hommes voient le Vivant, celui qui réussit sa vie. Oh, on va rétorquer immédiatement : « Comment peut-on dire que Jésus réussit sa vie alors qu’il meurt dans les tortures ? » En posant cette question, on souligne que la foi n’est pas qu’une affaire de bon sens commun ; saint Paul dit même qu’aux yeux des tenants du bon sens, la foi au Christ crucifié est une folie. Il nous faut essayer de rendre compte de la sagesse qui se trouve dans ces paroles « heureux vous qui pleurez ? » et « vous faites fausse route, vous qui riez ».

            Comprenons d’abord que l’Evangile conduit forcément ailleurs que sur des chemins faciles et rabâchés du bon sens humain. Si saint Luc n’avait eu qu’à rabâcher les affirmations du bon sens humain, ce n’était pas la peine qu’il écrive son évangile ; le bon sens commun, nous le connaissons. Saint Luc a écrit son évangile parce qu’il avait à dire que ce qui fait que Jésus est le Vivant, ce n’est pas le bon sens, mais sa confiance dans le Père. Parce qu’il fait confiance au Père, Jésus est comme un arbre planté près d’un cours d’eau dont jamais le feuillage ne se flétrit, sur qui la mort n’a pas de pouvoir. A l’inverse, ce qui fait que nous ne réussissons pas notre vie, que nous ne sommes pas de vrais vivants, que nous sommes semblables à un buisson d’épine dans le désert, et donc que la mort a du pouvoir sur nous, c’est qu’au lieu de mettre notre confiance en Dieu, nous mettons notre confiance en nous-mêmes, en nos richesses, en notre position sociale ; c’est que nous cherchons à être les gâtés de la vie de manière à nous appuyer non pas sur la confiance en Dieu mais sur nos biens.

            Quand Jésus déclare « heureux » des pauvres, des gens qui ont faim, qui pleurent, qui sont persécutés, il déclare heureux ceux qui suivent son propre itinéraire. Il dit « moi, le monde me méprise au point de me torturer de la façon la plus inhumaine, mais Père qui est plus puissant que le monde va me ressusciter ; donc vous pour qui le monde n’a pas de considération, vous serez comme moi pris par la bonté du Père qui est préférable aux honneurs du monde ; et bientôt le monde vous enviera. Vous qui ne placez pas votre bonheur dans l’accumulation de propriétés, mais dans l’accumulation des gestes d’amour, vous êtes les vrais vivants. Vous qui ne placez pas votre bonheur dans l’ivresse des rigolades mais dans la paix des pardons, vous réussissez votre vie ».

            Saint Luc met en regard « maintenant » et « le futur ». Par là, il dit que, loin d’être une évidence du bon sens, la foi conduit à miser sur un achèvement de nous-mêmes autre que celui que le monde promet. Avouons-le : ce qui rend plus respirable l’air du monde, ce n’est pas que l’on rie et qu’on ait des sous… c’est les gestes fraternels. Ce qui fait envisager un lendemain meilleur ce n’est pas que les gens disent du bien de nous, c’est que l’on aide les frères à vivre.

            Chaque messe rappelle que le Christ n’a eu qu’une manière de vivre, la manière du serviteur, du pauvre qui pleure et qu’on insulte. Chaque messe nous dit qu’est présent celui qui a plus de vérité humaine que n’importe qui, celui dont la vie est réussie, celui qui est le vrai chemin de la vie. Jésus est l’homme réussi.

5ème dimanche du temps ordinaire
6 février 2022

Dimanche dernier l’Eglise a fait lire l’appel que Dieu a adressé à Jérémie. Aujourd’hui l’Eglise a fait lire l’appel que Dieu a adressé à Isaïe qui était en train de prier dans le temple, et l’appel que Dieu a adressé à Pierre, Jacques et Jean qui étaient en train de pêcher leurs poissons. Quand Isaïe a été appelé, il a répondu « me voici, je serai ton messager » ; quand les pêcheurs du lac ont été appelés, ils ont tout laissé et ils ont suivi Jésus. Tous ont mis en pratique le conseil de Marie : « faites tout ce qu’il vous dira »

            Frères et sœurs, nous aussi, faisons ce que dit le Seigneur ; de même que Pierre et les autres n’ont pas été déçus de lancer leurs filets parce que Jésus le demandait, de même nous ne serons pas déçus de pratiquer le pardon, l’offrande de nous mêmes, l’attention fraternelle.

            Voyez sur quoi se base la foi de Pierre. Lui, le professionnel de la pêche, lui qui sait quand et où il faut pêcher, il avait travaillé toute la nuit et n’avait rien pris. Comme Jésus lui avait suggéré de repartir pêcher, il l’a fait. Il n’a pas rétorqué « je connais mon métier… je sais bien que ça ne marche pas » il a obéi et il a ramené beaucoup de poissons. Et voilà le raisonnement de Pierre : si Jésus qui n’est pas du métier est plus fort que moi dans ce domaine où je suis imbattable, alors il ne peut être qu’habité de la force de Dieu. »

           
On le voit, il y a dans notre acte de foi, la reconnaissance de la supériorité de Dieu, la reconnaissance qu’il est infiniment plus sage que nous, infiniment plus fidèle que nous, infiniment plus généreux que nous. Comme Isaïe, comme Pierre, nous ne pouvons que reconnaître notre petitesse et lui dire « viens à mon aide ».

            Alors si Dieu nous appelle, c’est pour nous donner une mission : Dieu dit à Isaïe « qui enverrai-je ? » et Jésus dit aux pêcheurs « je vous ferai pêcheurs d’hommes ». Ce qui est central dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est que la mission consiste à repartir sur les chantiers où nous avons échoué. Pierre était revenu bredouille de sa pêche ; Jésus lui dit « retourne pêcher ». Je note cela parce que, de nombreuses fois, nous disons « on a déjà essayé ceci, ça n’a pas été fructueux, donc on ne va pas réessayer »… Nous jugeons le bien fondé de nos travaux sur le critère de l’efficacité. Or Jésus renvoie Pierre et les compagnons pour qu’ils se remettent à l’œuvre là où ils avaient échoué. Autrement dit, la persévérance fait partie de la foi en Jésus. Des millions de fois, Dieu a essayé de me convertir ; il n’a pas eu beaucoup de succès… mais il continue encore d’essayer de me convertir.

            Pour finir, je voudrais développer un peu la parole « pêcheurs d’hommes ». Il est clair que la pêche aux poissons n’est qu’une image de la pêche que constitue l’activité missionnaire. Souvent, la pêche est si infructueuse que le missionnaire déçu pourrait dire « je vais faire autre chose ». Charles de Foucault, tout saint qu’il était, n’a pas fait une conversion tout au long de sa vie d’ermite au Sahara ; mais cela ne l’a pas découragé. Et nous avons fait des heures de catéchisme au terme desquelles nous ne voyons pas beaucoup de jeunes prendre le chemin de l’église… mais nous continuons le catéchisme… Notre profession de foi, c’est celle de Pierre : Pierre dit en substance « Seigneur, puisque tu me demandes de jeter les filets, je les jette ; mais la réussite dépend de toi et pas de moi ». Le Seigneur qui a rempli surabondamment les filets de Pierre peut prendre dans les filets de la charité beaucoup de gens ; il peut saisir beaucoup de gens par la beauté de la générosité; il peut bouleverser beaucoup de gens par la justesse du pardon ; il peut combler beaucoup de cœurs par la sagesse qui fait dire « mon corps livré pour les autres ». Ce qui est incontestable, c’est que 12 apôtres sont partis de Jérusalem et qu’un siècle plus tard, l’évangile s’était répandu dans le bassin méditerranéen et jusqu’à Lyon où il y avait un évêché en 150… et peu après à Mandeure.

            Rendons grâce à Dieu : c’est lui le maître de la pêche, le maître de l’activité missionnaire. Et laissons-nous prendre dans ses filets : il est doux d’être pris dans le filet de la tendre fidélité, dans les filets du pardon, dans les filets de la réconciliation. 

4ème dimanche du temps ordinaire
30 janvier 2022

Dimanche dernier, nous lisions que Jésus est allé à l’assemblée hebdomadaire ; et qu’il a fait la lecture d’un extrait du prophète Isaïe, comme faisait n’importe quel lecteur. Mais au terme de la lecture, il fait ce qu’aucun autre lecteur n’avait fait : il a dit « Le personnage que le prophète a annoncé, qui fait voir les aveugles, qui libère les prisonniers, qui transmet toutes les grâces, il est là, aujourd’hui, en ma personne ; en effet, je vais porter la Bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la libération, aux aveugles la lumière ». Frères et sœurs, notre foi consiste à dire que le ressuscité est là, qu’aujourd’hui, il donne son amour aux pauvres, sa lumière aux aveugles, sa liberté aux prisonniers. Il fait ce qui est bon pour l’homme.

            Mais hélas, les gens du village deviennent furieux : ils voudraient avoir un traitement de faveur, des miracles à la pelle… sans avoir à se convertir. Ainsi saint Luc décrit un Jésus condamné à mort dès le début de son ministère : parce que Jésus refuse de les dispenser de conversion, « tous devinrent furieux ils poussèrent Jésus hors de la ville pour le précipiter du haut d’un rocher ». Il n’est pas exclu que nous fassions comme les gens de Nazareth : parce que nous n’aimons pas que Jésus nous demande de nous convertir, nous pourrions le chasser de chez nous… nous ne sommes pas à l’abri de cette folie !

            Pourquoi les hommes pécheurs rejettent-ils celui qui annonce l’heureux pardon de Dieu ? Pourquoi les hommes blessés sont-ils allergiques aux mots du Christ qui vient les soigner ? Pourquoi Jésus qui ne faisait que le bien a-t-il abouti à la croix ? Pourquoi ce que les croyants appellent bonne Nouvelle est considéré par certains comme une mauvaise nouvelle ? Pourquoi l’Eglise est-elle marginalisée chez nous, persécutée ailleurs ?

            Les prophètes ne sont pas accueillis, parce qu’il sont en décalage avec l’opinion publique. L’Eglise ne sera jamais bien accueillie, car elle sera toujours en décalage. Dès que l’Eglise réprouve le repli sur soi, qu’elle dit son désaccord avec des lois qui ne respectent pas la dignité humaine de la conception à la mort naturelle, qu’elle plaide pour que les handicapés, les vieillards, les étrangers aient leur place,… elle est critiquée, combattue. Elle ne fait pourtant que réaliser ce que dit St Paul : l’amour ne cherche pas son intérêt mais celui des autres.

            Les propos des prophètes vont à contre sens même des idées de bien des chrétiens. Spontanément des chrétiens pensent que l’amour de Dieu n’est pas offert aux païens, que Dieu aime seulement les gens qui méritent son amour (des gens aimables), que les ouvriers de la 11ème heure ne doivent pas être payés autant que les autres, que si la brebis perdue, c’est bien fait pour elle … Or Jésus dit strictement le contraire. Jésus dérange ; et la foi commence quand on se laisse déranger par Jésus Christ.

            Eh bien, c’est parce que l’évangile est en décalage par rapport au monde qu’il est  intéressant, comme la bonne nouvelle. Il est Bonne nouvelle puisqu’il anime des gens qui prennent le contre-pied de l’égoïsme, de l’injustice, de la prison matérialiste ; l’évangile est bonne nouvelle puisqu’il suscite des gens qui ne cherchent pas leur intérêt alors que le réflexe est de chercher son avantage ; l’évangile est bonne nouvelle puisqu’il donne envie d’aider les autres à vivre alors que le réflexe est de ne s’occuper que de soi ; il est bonne nouvelle puisqu’il dit la vanité de tout ce qui n’est pas l’amour des frères…

            Les prophètes feront toujours un très mauvais score aux élections. L’Eglise ne peut pas rêver qu’elle devienne majoritaire : en effet, elle doit suivre l’itinéraire de Jésus qui passe par la case « persécution ». Mais Dieu lui fait cette promesse : je serai avec toi ; ne tremble pas devant eux ; ils te combattront mais ils ne pourront rien contre toi ».
            Nous reconnaissons là l’alliance de Dieu. Réjouissons-nous de cette alliance ; célébrons là.
           

3ème dimanche ordinaire
23 janvier 2022

Une parole d’amour, ça change tout. Un « mon petit chéri, je te fais confiance », c’est essentiel à la croissance d’un enfant. Un amical « tu peux compter sur moi, je sais que je peux compter sur toi », c’est essentiel à la vie d’un adulte. Une parole de pardon crée une réconciliation et ouvre un avenir. Or à toutes les pages de notre ancien et nouveau testament, nous recevons de Dieu une telle parole d’amour et de confiance.
Dieu dit à Abraham « toi et moi nous serons alliés » ; à Moïse « je compte sur toi pour libérer » ; à Marie « avec toi, par l’Esprit saint, je ferai des merveilles » ; aux chrétiens de nos diocèses, le Christ dit « je vous fais confiance pour être la lumière du monde ». Cette parole de Dieu nous permet de continuer même si l’épidémie menace, même si, dans l’Eglise, nous sommes moins nombreux et même si nous abordons les rives de notre vieillesse. Grâce à la Parole, le parcours de foi des chrétiens est un vrai « pèlerinage de la confiance » et de la joie.
            Nous avons cette joie d’entendre la Parole du Dieu d’amour. Apprécions cette chance. Elle a fait passer Paul de persécuteur à apôtre. Elle a transformé François d’Assise de noceur insouciant à saint, de même Charles de Foucault … Comme l’Eglise le disait dimanche dernier, la Parole d’amour change l’eau en vin, la tristesse en joie, la solitude en communion.

            ♫ Tes paroles, Seigneur, sont esprit, et elles sont vie.

            Parce que la parole du Seigneur est créatrice de vie, d’espérance et de joie, l’Eglise prévoit qu’on la proclame à chaque baptême, à chaque eucharistie, à chaque sacrement : car à chaque sacrement, nous savourons la parole d’amour que Dieu adresse.

            Quand Jésus donne le coup d’envoi de son ministère, il annonce qu’il est le messager de la parole d’amour envers les pauvres, les aveugles, les prisonniers. Et même, qu’il incarne la parole d’amour. Il dit pratiquement : « Aujourd’hui, parce que je suis là, les pauvres méprisés vont entendre qu’ils sont aimés, les aveugles pourront voir, les prisonniers seront libérés, les bienfaits de Dieu vont ruisseler sur les hommes ». Frères et sœurs, aujourd’hui, si vous ouvrez vraiment l’oreille à la Parole du Christ, votre cœur n’entendra plus le chant séducteur du « chacun pour soi », car cette ritournelle est un mensonge d’aveugles qui ne voient pas que personne n’échappe pas au réchauffement climatique et à tous les virus sans les autres. Si vous ouvrez l’oreille au Christ parole d’amour, votre cœur sera libéré du refrain que chantent les prisonniers du confort égoïste qui affirment sans scrupule « que ceux qui n’ont pas de toit se débrouillent ». Au contraire, si vous ouvrez l’oreille au Christ, vous entendrez « mon corps livré pour vous », pour vous qui n’êtes pas toujours aimables, pour vous qui n’êtes pas au top de la vertu ! Mon corps livré pour vous. Alors, vous aurez envie d’être pour ceux que vous rencontrez une oasis de miséricorde, de bienveillance, de pardon, de fraternité… Vous aurez la joie d’être une parole d’amour… une présence de Jésus.

            ♫ Tes paroles, Seigneur, sont esprit, et elles sont vie.

            La situation du monde est telle que nous pourrions être tétanisés par tout ce qui fait peur. Or lors de la célébration de la Parole que présidait Néhémie, le peuple présent à disait « la joie du Seigneur est notre rempart ». Je souhaite que nous disions pareillement « la joie du Seigneur est notre rempart » Dieu se fait une joie de nous dire sa parole de confiance : la joie du Seigneur est notre rempart. Dieu se fait une joie de libérer ceux qui sont prisonniers de leurs idées a priori : la joie du Seigneur est notre rempart. Dieu se fait une joie de guérir ceux qui sont aveuglés par leurs propriétés ou leurs principes. Si Dieu trouve sa joie à guérir les gens, la joie du Seigneur est notre rempart. Dieu se fait une joie de nous faire communier à Jésus ressuscité et de nous donner d’être promis à la résurrection : la joie du Seigneur est notre rempart. Il nous faut lui rendre grâce.

2ème dimanche du temps ordinaire
16 janvier 2022

Que les courageux militants de la lutte contre l’alcoolisme ne croient pas que Jésus a changé l’eau en vin pour cautionner ou encourager la consommation abondante de vin ! Jésus est venu, je cite ses propres paroles, « pour que ma joie soit en vous et que vous soyez comblés de joie » En écrivant que Jésus donne le vin en abondance, st Jean dit qu’il donne en abondance, pas l’alcool, mais la vraie joie.

            Mais le Christ ne fait rien sans les hommes. C’est pourquoi Marie nous avertit : si vous voulez que le maître miséricordieux vous transforme, « faites ce qu’il vous dira ». La preuve que la vie est changée quand on fait ce que Jésus dit, c’est que tout est changé quand interviennent des grands comme Mère Teresa, l’abbé Pierre, le P Pedro… et des discrets comme vous.
Si nous pouvions faire toujours ce que dit Jésus, nous inonderions le monde de joie  ! C’est notre manque de fidélité qui empêche le Christ de mettre sa joie dans le monde. On le voit ; ce n’est pas aux autres de se convertir ; c’est à nous de changer notre eau en vin, notre tiédeur en ferveur, notre indifférence en fraternité … en faisant ce que dit le Christ !


            Une mention est intéressante : Jésus fait du nouveau à partir de l’ancien, il fait du divin à partir de l’humain, il fait du vin à partir de l’eau dont les juifs s’aspergeaient. Et ici, à la messe, il fait sa présence à partir de notre pain et de notre vin. C’est qu’il fait grand cas de la vie humaine, comme un époux fait grand cas de son épouse. Dieu fait grand cas de vos joies, de vos efforts, de votre générosité, de votre attention fraternelle… Il est pour l’humanité comme un époux pour son épouse.
Frères et sœurs, l’idée que Dieu serait comme un commissaire enquêteur appliqué à identifier nos péchés doit impérativement être remplacée par l’idée qu’il nous aime comme un époux. Et qu’il fait tout pour que notre joie soit parfaite

Le baptême de Jésus
08 janvier 2022

C’est la fête du baptême du Seigneur. Sans doute un événement qui me dépasse. J’en souligne quelques bribes:

1. Pourquoi Jésus a-t-il reçu le baptême qui lave les péchés alors qu’il est sans péché ? Il voulait sans doute montrer qu’il n’est pas à l’écart, qu’il est le médecin qui se fait proche des malades, qu’il n’a pas peur d’être contaminé par le péché … Si le Père avait dit « tu es mon fils bien aimé » à un Jésus qui se serait tenu à bonne distance des pécheurs, nous n’aurions pas compris qu’il offre sa grâce à tout homme, y compris aux pécheurs. « Tu es mon fils bien aimé » a été dit à quelqu’un qui est inséré parmi les pécheurs. Nous, frères et sœurs, qui sommes pécheurs, entendons : l’un de nous a entendu « tu es mon fils bien aimé » ; nous pouvons tous entendre cette parole. En un mot, le baptême de Jésus ne visait pas à l’inviter à se convertir, il visait à montrer qu’il est vraiment homme.


2. Une autre parole est à retenir : Lui vous baptisera dans l’Esprit saint. On sait que baptiser signifie baigner. De ce fait, on peut traduire : lui vous plongera dans l’Esprit d’amour ; il fera que l’Esprit d’amour soit votre milieu ambiant.
            Vous voyez que cette perspective renverse beaucoup de choses : notre milieu ambiant est souvent caractérisé par l’esprit d’idolâtrie, l’esprit d’orgueil, l’esprit de chacun pour soi… Ce qui fait que la population mondiale est en ébullition permanente, c’est qu’il n’y a pas de justice, mais des écarts grandissant entre riches et pauvres… Dieu pour qui les choses spirituelles se réalisent dans les affaires matérielles, dit « consolez mon peuple » ; soyez concrets, ne vous contentez pas de penser que vous êtes en relation avec Dieu seulement par les prières ! On est en relation avec Dieu quand on console pratiquement, quand – comme dit le Magnificat – on élève les humbles et qu’on comble de biens les affamés. Mais personne ne pourrait consoler ceux qui souffrent s’il n’était pas baigné par l’Esprit saint, l’esprit de miséricorde, de fraternité…
            Ceci me fait penser à la formule que des parents emploient quand ils expliquent pourquoi ils demandent le baptême de leur enfant. Ils disent « nous voulons lui transmettre des valeurs ». Evidemment c’est respectable. Mais bien des non chrétiens ont les mêmes valeurs. Donc les valeurs de justice, de paix… ne sont pas caractéristiques des chrétiens. Ce qui est caractéristique c’est le bain dans l’Esprit saint qui fait renaître. Celui qui entend « tu es mon fils bien aimé » se sent appelé à avoir une belle vie, une vie digne de ce Père qui dit « tu es mon fils bien aimé ».

3. Je dis cela dans le cadre de la messe. Si quelqu’un a été baigné dans l’Esprit saint, c’est Jésus. A quoi cela l’a-t-il conduit ? Le baptême dans l’Esprit saint a conduit Jésus à parler aux foules ; de ce fait, parce que nous sommes baignés dans l’Esprit saint, le diacre nous dit : « allez porter l’Evangile du Seigneur ; allez glorifiez le Seigneur par votre vie ». Le baptême dans l’Esprit saint a conduit Jésus à faire l’offrande de sa vie ; parce que nous sommes baignés dans l’Esprit d’amour, le comportement que nous devons avoir est de nous faire serviteurs, en disant sur nous « ceci est mon corps donné aux autres ». Le baptême dans l’Esprit saint a conduit Jésus … qu’il nous conduise, nous aussi !

Epiphanie
02 janvier 2022

Avant la 1ère lecture     
Quand les enfants des déportés sont rentrés de Babylone, ils ont vu leur pays tout dévasté par des voisins qui avaient pillé les richesses pendant 70 ans. Spontanément ils ont pris leurs voisins pour d’affreux prédateurs. Mais Dieu considérait ces voisins comme des gens qui se convertiraient. Ecoutons comment Isaïe révélait ce qui ne sautait pas aux yeux : c’est en effet la fonction du prophète.


Après la 1ère lecture     
A la population qui sombre dans la tristesse, le prophète dit que le Seigneur met en elle toute sa lumière ; il dit que les voisins ne viendront plus pour piller mais pour quémander humblement la sagesse ; il dit que les peuples païens viendront pour enrichir le pays en apportant des trésors, des parfums ; il dit que les peuples « annonceront les exploits du Seigneur » ; en fait le prophète annonce une vraie résurrection pour le pays.
            En France, ce qui saute aux yeux, c’est que souvent, les non-chrétiens considèrent que notre foi est sans intérêt, que nos schémas sont dépassés, que nous ne sommes pas modernes. Nous basant sur la parole d’Isaïe, nous devons dire qu’un jour viendra où ces gens là apprécieront la sagesse de notre foi. Ils se joindront aux chrétiens. Et même, dès maintenant, nous voyons des non-chrétiens qui apportent leur part à la construction du royaume de Dieu.
            Prenons un instant de silence pour dire :
            Seigneur, tu sauras ouvrir le cœur de ceux qui ne croient pas en toi


Après la 2ème lecture
Nous, le petit reste, nous sommes inquiets en constatant que la foi ne se transmet que très peu ; les parents et grands parents sont peinés parce que les petits enfants ne sont pas baptisés et ne vont pas au caté. Or st Paul vient de dire qu’il ne faut pas croire que tout est perdu, puisque « les nations païennes sont associées au même héritage » que les croyants. Cette parole me semble bien libératrice. Dieu s’applique à préparer les non croyants – parmi eux vos enfants -, à recevoir la beauté de l’évangile ; il le dit, et il a l’habitude de faire ce qu’il dit. Notre inquiétude peut cesser. Disons
            Père, à tous tes enfants, tu donnes Jésus en héritage
            Père, par ton Esprit, tu visites tous tes enfants

Après l’évangile
            Au moins cinquante ans se sont passés entre la résurrection et la mise par écrit de l’évangile, jusque là transmis par oral. Pendant ce temps, dans leur activité missionnaire, Pierre et Paul ont constaté que Dieu attire les Païens (c’est raconté dans les Actes des apôtres) ; comme disait le prophète « tous se rassemblent, ils viennent vers toi ». En racontant que des païens sont attirés vers le Christ, saint Matthieu dit simplement que les prophéties s’accomplissent, notamment celle de la 1ère lecture.
            Croyons, nous aussi, que tous les hommes sont attirés vers le Christ, que, dès maintenant, le Christ attire les gens des autres religions. La vérité est attirante, la justice est attirante, la fraternité est attirante…Le Christ est attirant.
            Autre idée : nous lisons le récit des mages dans le cadre de l’eucharistie ; n’êtes-vous pas frappés qu’en venant à la messe, nous reproduisons la démarche des mages.
            D’abord, comme il avait attiré les mages, le Christ nous a attirés, malgré tous les travers païens qu’il y a en nous. Et nous sommes venus parce qu’à nos yeux, le Christ est l’étoile dans la nuit du monde, la vraie lumière dans la société qui est plongée dans les ténèbres du fait des violences, de la voracité à posséder, de l’individualisme et de mille autres esprits mauvais. Frères et sœurs, la personne du Christ nous attire par sa justice, sa bonté jamais lassée, sa décision à mourir pour les coupables… Alors nous sommes venus à la messe pour chercher le Christ… comme les mages l’ont cherché à Jérusalem.
            Et puisque nous cherchons le Christ, nous avons eu recours aux Ecritures comme les mages. Les Ecritures ont dit que le Christ se trouve à Bethléem, à l’endroit le plus modeste. Du coup, nous trouvons le Christ dans le modeste pain partagé, et dans le banal don de soi quotidien. Et puis, comme les mages, nous avons envie de lui offrir tout, c’est à dire ce que lui-même nous a donné : nous offrons notre santé, notre confiance, et le fruit du travail des hommes, y compris des païens. Et puis, nous repartirons ; mais par un autre chemin ; car, ayant trouvé le Christ, l’étoile, nous ne suivrons plus le chemin du découragement, mais celui de l’espérance ; nous ne suivrons plus le chemin du matérialisme mais celui du partage ; notre vie sera nouvelle.
            En un mot, à la messe, malgré nos restes de paganisme, nous rencontrons le Christ qui fait ressusciter. L’histoire des mages, c’est notre histoire. Notre histoire est heureuse ! 

Fête de la Sainte Famille
26 décembre 2021

Hier, nous fêtions la naissance de Jésus ; aujourd’hui nous lisons un épisode où Jésus a déjà 12 ans, et dimanche prochain, nous le retrouverons dans la crèche recevant la visite des Mages. On voit clairement que la préoccupation de l’Eglise n’est pas de suivre la chronologie en rappelant quelques faits touchants relatifs à Jésus nourrisson ou à Jésus adolescent de 12 ans, mais de découvrir la personnalité de Jésus. La préoccupation de st Matthieu et de saint Luc – qui rapportent des récits de l’enfance de Jésus – c’est de dire que celui qui serait déclaré Seigneur et Sauveur par la résurrection, était déjà Seigneur et Sauveur dès sa naissance et son adolescence. C’est ainsi que les bergers reconnaissent en Jésus le sauveur, tout comme Thomas qui dira au ressuscité « mon Sauveur et mon Dieu ».


            Dans l’épisode de Jésus en pèlerinage il y a beaucoup de rappels de Pâques. A 12 ans, Jésus monte à Jérusalem comme il y montera pour la passion. A 12 ans Jésus est perdu et retrouvé le 3ème jour, comme il sera absent et perdu dans la mort et retrouvé le 3ème jour à Pâques. A 12 ans, quand on le retrouve, il dit que sa place est chez son Père, comme à 33 ans, il dit « Père je viens à toi ». Bref, cet épisode montre qu’à 12 ans Jésus est déjà celui qui parle avec autorité comme le dit tout l’évangile, puisqu’il est retrouvé assis au milieu des savants, comme un rabbi au milieu de ses élèves ; l’épisode montre que son absence à 12 ans annonce sa disparition dans le tombeau et que ses retrouvailles le 3ème jour annoncent ses apparitions le 3ème jour, à Pâques, quand il déclare qu’il est « chez son Père ». Bref, les évangélistes décrivent Jésus enfant avec tout ce qui appartient au mystère de Pâques.


            Mais pourquoi avoir choisi ce texte rempli de mentions de Pâques pour être lu à la fête de la sainte Famille ? Quel enseignement pour nos familles ? Ceci : que dans les familles, il y a, mort et résurrection. Dans nos familles, il y a, certes, des moments où apparaissent l’incompréhension, les heurts … mais il y a aussi la présence de celui qui ressuscite et qui fait ressusciter. Ainsi la sainte famille, affrontée à la disparition de Jésus, a fait confiance et a retrouvé Jésus vivant ; de même les familles chrétiennes ont cette particularité qu’elles vivent selon la foi de Pâques, avec la confiance que le Seigneur est vivant et qu’il continue de cimenter les membres de la famille par son amour.


            Cette attitude spirituelle est dite dans la 1ère lecture ; Anne, la mère de Samuel, qui était stérile, professe que, si elle a mis au monde son fils, c’est un don de Dieu. (prenons 10 sec pour que les parents remercient Dieu de leur avoir donné leurs enfants et de leur avoir donné d’être parents) (silence) Et puis Anne professe sa foi en disant « mon fils, je le donne au Seigneur », une manière de dire « plutôt que de lui imposer des projets, je veux qu’il puisse dire qu’il est normal qu’il soit chez Dieu, son père » (selon la réponse de Jésus à Marie). (Prenons 10 secondes pour que les parents disent : Seigneur, donne-moi de respecter la vocation de mes enfants)


            Pour conclure, redisons les paroles magnifiques de saint Jean :

« il est grand l’amour dont le Père nous a comblés »
« nous sommes enfants de Dieu »

«  nous serons semblables au Fils de Dieu »
« Celui qui est fidèle demeure en Dieu »

«  Celui qui est fidèle, Dieu demeure en lui »

Nuit de Noël
24 décembre 2021

Frères et sœurs, nous avons préparé la crèche. Marie tient dans ses bras le petit corps de son enfant Jésus. Elle n’a d’yeux que pour lui, mais en même temps, elle pense à l’immense blessure de l’humanité : alors, à son petit, elle parle des gémissements des enfants maltraités, des angoisses des vieillards abandonnés, de la solitude des gens séparés par la guerre… et elle dit à son enfant Jésus : « Ceci est ton corps », tu es fait de cette humanité là.

            Evidemment, vous ne vivez pas Noël sans faire, comme Marie, un lien avec ce que vivent les gens aujourd’hui. Vous pensez bien que, puisque Jésus a pris notre chair humaine, tous les frères qui sèment de la paix et pansent les blessures, c’est le corps de Jésus qui sème la paix ; tous les frères qui sont blessés, c’est le corps de Jésus qui est blessé. Noël, c’est Dieu qui se rend présent dans des circonstances de pauvreté et d’insécurité comme beaucoup en connaissent.
            Mais, qu’est-ce qui caractérise le corps de Jésus ? C’est que, dans sa fragilité, il est plein de la force de Dieu. Rappelez-vous que, parmi les dons du Saint Esprit, il y a le don de la force. Pas la force du chêne qui – à tort – se croit indéracinable  ; mais la force du roseau qui ne rompt pas malgré les assauts du vent. Vous savez bien que Jésus enfant – dépendant et désarmé – a reçu la force d’échapper au cruel roi Hérode ; et vous savez que Jésus adulte insulté et mis à mort a reçu la force de ne pas répondre à l’insulte par l’insulte mais par le pardon et la résurrection. Bref, en toi, Jésus, la puissance de l’amour se déploie dans la faiblesse. L’humanité pleine de faiblesse, mais ensemencée d’amour, Jésus, c’est ton corps.

            C’est que l’humanité est ensemencée d’amour. Marie et Joseph accueillent l’enfant comme un cadeau de Dieu ; ils accueillent les bergers comme s’ils étaient eux aussi des cadeaux de Dieu. Plus tard ils accueilleront les mages, comme des cadeaux de Dieu. Aujourd’hui, beaucoup accueillent des frères ; ils enseignent que les frères sont des cadeaux de Dieu, et, ce faisant, ils font que l’humanité qui accueille par amour, c’est le corps du Christ. Beaucoup se dérangent pour les autres, investissent dans les restaurants du cœur ou dans mille autres associations : Ils montrent que l’humanité qui se dérange par amour est le corps du Christ.
            Nous avons chanté : Aujourd’hui vous est né un Sauveur qui est le Christ. Ce n’est pas de l’histoire ancienne qui se passait dans une crèche lointaine ; aujourd’hui la force de l’amour est déposée dans la crèche qu’est le cœur de tous, la crèche qu’est votre coeur. Frères et sœurs, Je vous répète les paroles de l’ange : chez vous, dans vos faiblesses, Dieu a déposé la force de son amour, la force du roseau qui est plus solide que le chêne.
            Parents et grands-parents, vous avez dans le cœur la force d’avoir envers les enfants une patience, une bienveillance et une délicatesse merveilleuses ; dans votre faiblesse, vous avez cette force, ce cadeau de Dieu ; vous êtes le corps du Christ.
            Vous les plus jeunes, vous avez le désir de faire tomber les barrières, de partir en coopération, de bâtir un monde plus fraternel, il vous semble que rien ne peut vous arrêter : Dieu vous fait le cadeau de sa force comme il l’a fait à Jésus : vous êtes le corps du Christ.
            Chez vous les retraités, Dieu a déposé la sagesse de savoir que le Seigneur qui a été à vos côtés pour franchir toutes les crises sera encore avec vous à l’avenir. Porteurs d’espérance, vous êtes le corps du Christ.
            A chaque messe, nous répétons les paroles de Jésus « ceci est mon corps ».
Mais ce soir, nous soulignons : « notre humanité faible mais forte, Jésus, c’est ton corps ! »

4ème dimanche de l’AVENT
19 décembre 2021

Le rôle du petit

Le prophète Michée dit en substance : « Toi, Bethléem, tu es le plus petit mais tu portes le plus grand ». Dieu parle par les petits, les modestes. Si la naissance du Christ est entourée de pauvreté et de petitesse, ce n’est pas par un mauvais concours de circonstances mais parce que Dieu choisit toujours ce qui est faible. Quand Dieu a besoin d’un père des croyants, il choisit le couple d’Abraham dont la faiblesse est d’être stérile. Quand Dieu a besoin d’un porte-parole, il choisit Jérémie dont la faiblesse est d’être bègue. Quand il a besoin d’un chef des apôtres, il choisit un homme dont la faiblesse est d’avoir renié. Quand il a besoin d’une mère pour le Christ roi, il choisit une demoiselle qui n’a pas d’ascendance royale (une roturière). Quand Jésus naît, il s’installe non pas dans un palais de la capitale mais une étable. Et quand il est temps d’adorer l’enfant, il invite des bergers dont la faiblesse est d’être impurs. Bref, Dieu a une idée fixe : associer les plus humbles à la révélation de sa gloire et faire porter sa puissance par les plus faibles. Si vous connaissez vos limites, écoutez : Dieu vous dit « tu es faible, tu as des défaillances, mais je vais me servir de toi pour faire avancer mon royaume ». Prenons un instant pour prier ainsi : « Tu veux qu’avec mes défaillances, je serve ton Royaume » (silence)

L’offrande de soi       

Ce qui caractérise le Christ, c’est son attitude filiale qui lui fait dire « me voici, je viens faire ta volonté ». Or la volonté du Père, c’est de mettre de la vie là où il y a de la mort, de dire à l’homme coupable qu’il est gracié, de changer l’homme impitoyable en homme miséricordieux, de faire renaître l’homme qui mène une vie sans but pour qu’il soit porteur d’amour.


Marie est aussi caractérisée par sa confiance filiale qui lui fait dire « je suis la servante du Seigneur », ce qui veut dire « me voici, je viens faire ta volonté ». Nous qui avons rencontré le Christ, prenons un instant pour prier ainsi : « Dans ma famille, dans mon quartier, dans mon cercle de travail, je viens faire ta volonté » (silence)

La messe

La visitation de Marie à Élisabeth, – en fait la visitation de Jésus à Jean Baptiste – nous la racontons dans le cadre de la messe où le Christ vient encore nous visiter pour réaliser « l’accomplissement » de sa promesse, comme dit Élisabeth. L’accomplissement auquel la messe nous invite à croire, se réalise quand les fidèles deviennent ce qu’ils reçoivent : le corps du Christ, quand le fruit du travail des hommes est consacré, quand la paix est donnée, quand la Parole est proclamée et obéie… bref quand le Seigneur répand son Esprit sur toute chair. De son côté, à la messe, Dieu fait tout pour que cela s’accomplisse.


Mais sommes-nous prêts à « croire à l’accomplissement des paroles » ? Il est utile de dire avec le Christ qui réalise cet accomplissement : « Tu m’as fait un corps ; alors j’ai dit « voici, je suis venu pour faire ta volonté » (2ème lecture). Croire à l’accomplissement va de pair avec « je viens faire ta volonté ». En fait, notre préparation à Noël n’est évidemment pas une affaire de saumon ou de dinde, mais une affaire d’engagement de foi. Renouvelons notre acte de foi. (silence)

3ème dimanche de l’Avent
12 décembre 2021

Frères, c’est une grâce de pouvoir exposer nos problèmes à une personne de confiance et lui dire « que dois-je faire ? » A l’époque, la personne de confiance à qui l’on demandait « que devons-nous faire », c’était Dieu qui parlait par une personne remplie de son esprit : Jean Baptiste ; maintenant, la personne de confiance, c’est encore Dieu qui parle par un baptisé, un sage. Alors prenons conscience de ce qui se passe quand nous nous disons « Que dois-je faire ? ». Nous nous posons cette question parce que nous hésitons, parce que nous entendons en même temps la voix de l’homme pécheur et la voix de Dieu. Par exemple, si surgit un problème avec un voisin, la conscience hésite : ‘vais-je obéir au réflexe humain de la rancune ou vais-je obéir à Dieu qui invite à tenter une réconciliation ? S’il faut payer une facture, la conscience hésite : ‘vais-je payer dans 3 mois ce qui serait mon avantage, ou vais-je payer tout de suite puisque Dieu invite à chercher l’avantage des autres ?’ La conscience hésite entre le chacun pour soi et la solidarité, entre l’obéissance à la voix égoïste, et l’obéissance à la voix de Dieu.

            Remarquez que si notre conscience entend non seulement les réflexes du monde mais aussi la voix de Dieu, c’est que Dieu est déjà venu chez nous. Aussi, je vous dis ce que disait le prophète Sophonie « le Seigneur est en vous ».
            Alors la question est toujours là : Que devons-nous faire dans la situation sociale actuelle ? que devons-nous faire pour que la justice supprime les causes de la violence, pour initier un apaisement des violences ? que devons-nous faire pour que les jeunes aient envie de l’Eglise ? Que devons-nous faire pour que Christ vienne dans le monde ? Comment préparez le chemin du Seigneur ?

            L’évangile d’aujourd’hui dit clairement que pour changer le climat de la société, il n’y a pas lieu de changer de métier ou de domicile ; mais il y a lieu, dans tout ce que nous faisons, d’agir selon l’esprit de Dieu. Ainsi, quand les soldats vont voir Jean Baptiste, Jean ne dit pas « quittez l’armée où vous risquez d’être violents » ; Non ! il enseigne que dans le cadre de leur situation militaire, les soldats peuvent vivre non pas en oppresseurs mais en protecteurs des gens, c’est à dire en amis de Dieu. Pas de violence : ce conseil est toujours valable.
Et quand les percepteurs de taxes vont voir Jean Baptiste, il ne leur dit pas de quitter ce métier où la corruption est la tentation permanente ; non ! il leur dit d’exercer leur métier selon l’esprit de la justice, l’esprit de Dieu.

            Aujourd’hui, que devons-nous faire dans la crise de notre société ? A quoi invite l’Esprit de Dieu ? Il invite à faire des liens, à faire des ponts, à combler les ravins qui séparent les gens. Il est sûr que l’Esprit qui demeure et chez les uns et chez les autres incite à reconstruire une société fraternelle, et donc à nous parler sans a priori méprisant pour ceux qui ne pensent pas comme nous. L’Esprit qui a fait dire à Jésus « mon corps livré pour les autres » incite à ne pas penser seulement aux désirs de notre communauté ou de notre catégorie professionnelle. Dans le désert aride qu’est notre société où il y a beaucoup d’agression, de rancune, d’infidélité, de pauvreté, de solitude, ce que nous devons faire, c’est mettre de la miséricorde sur les souffrances des hommes, c’est être des oasis de miséricorde. Jean Baptiste le disait : « que celui qui a deux vêtements partage avec celui qui n’en a pas, que celui qui a de quoi manger partage avec celui qui a faim. » Bref, ce que devons-nous faire, c’est être des êtres de relation.

            Justement, par sa prédication du Dieu tendre, miséricordieux, plein de grâce et de fidélité, Jésus a fait découvrir que la préoccupation de Dieu, c’est la relation d’amour. Avec vous, Dieu a une relation d’amour. Quand saint Paul écrit « soyez toujours dans la joie », il n’ignore pas que vous vivez parfois des situations peu réjouissantes ; mais il affirme que même si la situation est dure, chacun est baigné par l’amour du Christ et chacun peut entendre dans son cœur la voix du Christ, qui apporte toujours la paix.


2ème dimanche de l’Avent

5 décembre 2021

C’est historique

« Il était une fois », disent les contes, c’est à dire que les personnages du conte sont fictifs… Au contraire, l’Évangile commence non pas par « il était une fois », mais par des dates : quand Tibère était empereur, que Ponce Pilate étant gouverneur… Jésus n’est pas un personnage de conte. A un moment précis de l’histoire, il y a eu cet homme qui ne laissait personne indifférent puisqu’il avait des amis et des ennemis, qui parlait avec sagesse, qui ne vivait que pour aimer et qui faisait le bien là où il passait… Il a touché Jean Baptiste, et Pierre et les autres ; plus tard, l’histoire des saints atteste qu’il a en touché beaucoup d’autres au point qu’ils disent : « Christ est venu dans ma vie ; c’est le Christ qui vit en moi ».  

Jésus, le chemin de la joie

Quand le Christ entre dans la vie de quelqu’un, que change-t-il ? C’est « du dedans » qu’il change les choses. Il retourne les cœurs. Lui qui n’a pas rendu l’insulte pour l’insulte casse le réflexe de la vengeance ; lui qui a montré que les méprisés ont la même dignité que les autres modifie les jugements ; lui qui a dit « mon corps livré pour vous » imprime l’idée que les autres sont plus précieux que soi. Vraiment il déblaie des montagnes d’orgueil, il redresse les pensées tortueuses, il fait passer un bulldozer dans nos paysages intérieurs.
Celui qui suit Jésus manifeste que Jésus est le chemin pour l’homme d’aujourd’hui. Il suffit qu’une personne suive Jésus pour qu’il y ait un nouveau chemin dans le désert. De telles personnes, des saints, qui s’insurgent contre la débauche commerciale de Noël, des gens qui demandent que l’économie soit au service des hommes… bref, des gens qui préparent le chemin du Seigneur, il y en a beaucoup. C’est pourquoi Baruch a raison de dire : « Ôte ta robe de tristesse ! » Le Christ vient chez les hommes et il a beaucoup de collaborateurs.

LA CONVERSION par le bulldozer

La venue du Christ dans nos vies entraîne des conséquences morales et sociales : notamment une lutte permanente contre l’égoïsme, l’injustice, le matérialisme, l’esclavage du plaisir et de l’argent, la prétention à dominer, la paresse… Tous ces ennemis de l’homme sont à déplacer ; mais ils sont énormes comme des montagnes ! Et il faut bien dire qu’ils nous barrent la route souvent avec notre consentement. En effet, quand le Seigneur vient nous inviter à prier, nous rétorquons : « j’ai des choses plus urgentes à faire » ; quand il invite à partager, nous disons qu’il est imprudent de se démunir, étant donnée la crise ; quand il invite à accueillir, nous objectons que l’on a de bonnes raisons de se méfier… Bref, le chemin de la fraternité est bouché par l’égoïsme de tous, la route de l’espérance des pauvres est obstruée par l’immobilisme des nantis, le sentier de la prière est embouteillé par les soucis du présent… C’est pourquoi l’Église parle à l’impératif comme Jean Baptiste : Préparez le chemin du Seigneur ; faites passer un bulldozer qui dégage tous ces égoïsmes afin que l’amour circule dans notre société. Que chacun, dans un temps de silence, définisse ce que le bulldozer devrait déplacer. (silence)


Frères et sœurs, quelle joie d’entendre l’évangile dire « tout ravin sera comblé, tout homme verra le salut de Dieu ». Quelle joie de savoir que Dieu ne parlera pas toujours dans le désert mais finira par user nos résistances. Otons donc nos robes de tristesse ! Dieu nous commande d’espérer, parce que le Ressuscité est dans le monde et il se fraie un chemin malgré les obstacles que sont nos péchés.

1er dimanche de l’Avent
28 novembre 2021

Le Christ présent aux hommes souffrants

Normalement, selon notre bon sens, le livre appelé Évangile (c’est à dire Bonne Nouvelle) ne devrait pas annoncer des calamités. Or l’évangile prédit que « les nations seront affolées, que les hommes mourront de peur… ». Pourquoi le monde doit-il passer par des turbulences terrifiantes pour accéder à la joie du face à face avec le Christ ? Et pourquoi « se redresser et relever la tête » alors que le monde est affolé par des tempêtes d’ordre politique, écologique, économique, et les tempêtes qu’engendrent les maladies ? 

Même si nous n’avons pas de réponse à ces pourquoi, nous nous souvenons que Jésus est passé par le dépouillement du vendredi saint. Nous nous souvenons que lorsque les hommes passent par le dépouillement d’un vendredi saint interminable, ils sont accompagnés par le Seigneur qui est passé par le dépouillement et qui est toujours là, lui qui a promis « je suis avec vous tous les jours », y compris les jours où le climat est angoissant. L’Eglise dit que au milieu des tourments, on peut entendre le Christ frapper à la porte de notre cœur, on peut rencontrer le Christ, on peut marcher en sa présence. C’est pourquoi l’évangile conclut : « relevez la tête »
♫         Heureux celui que le maître en arrivant, trouvera debout éveillé et vigilant…


Un monde nouveau

L’évangile annonce l’écroulement de tout. Cela effraie parce que, même si nous sommes mécontents du présent, nous n’aimons pas l’inconnu (d’où les conservatismes qui empêchent toute évolution, et les idéologies qui exploitent la peur devant l’avenir). Mais à notre avis, serait-il sage l’homme qui se plaindrait du renversement des structures d’injustice ? Serait-il sage l’homme qui voudrait que se maintiennent à jamais les mécanismes de mépris et de violence ? Nous avons tout à gagner si prend fin ce qui fait pleurer les hommes. Frères et sœurs, le Christ ne vient pas replâtrer des fissures, mettre quelques baumes sur les blessures et dire quelques paroles de consolation. Non, pour sauver, il fait toutes choses nouvelles, comme l’aurore qui ne se contente pas d’apporter quelque correctif à la nuit, mais qui renouvelle tout. En parlant du bouleversement du monde, Jésus ne cherche pas à faire peur ; il rappelle que pour accéder à des relations de paix, de justice, il faut accepter que ce qui génère les mépris et les violences soit renversé.

♫         Heureux celui que le maître en arrivant, trouvera debout éveillé et vigilant…

Un germe
Dieu dit par le prophète « Je ferai naître un germe ! » pour renouveler le monde. Ce germe est évidemment le Jésus qui a pris chair il y a 2000 ans. Mais constamment, Dieu ensemence le monde par le Christ ressuscité. Si vous le voulez bien, ce monde injuste, Dieu l’ensemence par vous de germes de justice ; si vous le voulez bien, ce monde prétentieux, Dieu l’ensemence par vous de germes de miséricorde ; si vous le voulez bien, ce monde inconstant, Dieu l’ensemence par vous de germes de fidélité ; si vous y contribuez, ce monde aveuglé par les difficultés du présent, Dieu l’ensemence de germes d’espérance…


Le salut du monde est une affaire de germination lente. Cette réflexion sur la croissance actuelle du germe de Dieu empêche de regarder seulement la venue du Christ à Bethléem, il y a plus de 2000 ans. Le Christ vient dans notre monde actuel pour « former l’amour dont nous aimerons éternellement » (oraison après la communion).


Une action de grâce
Durant l’Avent – comme toute l’année – les chrétiens rendent grâce. Ils savent que le Père donne tout, qu’il est riche en miséricorde, qu’il met dans le cœur de chacun son germe de justice, qu’il enseigne aux humbles son chemin. Puisque le Fils de l’homme est en train de venir, et pour ne pas nous laisser surprendre, rendons grâce !



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