En proclamant les Béatitudes, Jésus révèle ce dimanche une nouveauté bouleversante : Dieu se tient du côté des pauvres, des humbles et de ceux qui pleurent. En promettant que les persécutés deviendront des rois, que les morts deviendront des vivants, Jésus ne pratique pas la méthode Coué : il révèle que Dieu fait grâce. Lorsque nous disons « je crois en Jésus Christ », nous disons notre joie d’être invités dans le monde de la grâce. En effet, les condamnés graciés nous diraient que la grâce, ça change tout ! Avec Jésus, Dieu nous fait voir qu’il y a du nouveau sous le soleil.
Prédication du père Louis Groslambert pour le quatrième dimanche du temps ordinaire
Frères et sœurs, un des livres de la Bible, le livre de Qohèleth, commence en affirmant qu’il n’y a jamais rien de nouveau sous le soleil : on vit et on meurt… et en affirmant que tout est vain : on travaille et quand on meurt, on n’emporte rien de ce qu’on a gagné. En conséquence, s’il n’y a rien de nouveau, il n’y aura jamais rien de nouveau. Les pauvres seront toujours pauvres, ceux qui pleurent doivent s’attendre à pleurer sans fin.
Or la venue de Jésus constitue une nouveauté absolue. Il est tout à fait nouveau que tout homme ait un Dieu pour compagnon de ses rires et de ses pleurs ; il est tout à fait inédit que le Très Juste fréquente les pécheurs, et surtout que le Vivant s’offre à mourir. J’insiste parce que je constate que bien des chrétiens créent Dieu à leur image, comme si Jésus n’était pas venu nous montrer son visage.
Frères et sœurs, que chacun se demande : « qui est Jésus pour moi ? ». A cette question, je répondrais par exemple qu’il est celui qui pleure de voir que, dans le monde, on donne tant de place aux vanités, à l’amour du néant et à la course au mensonge (comme dit le psaume 4). Il est celui qui n’étiquette pas les gens dans le but d’en combattre certains… celui qui, pour montrer qu’il est roi, vient, monté sur un âne ! Il est ce maître qui lave les pieds de ses serviteurs. Il est celui qui est étranger au monde au point que le monde le crucifie. Il est celui qui montre que Dieu défend ceux que personne ne défend. Vraiment, avec Jésus, il y a du nouveau sous le soleil.
Si, en fréquentant les pécheurs, Jésus révèle que Dieu défend ceux que personne ne défend, il n’est pas étonnant qu’il annonce que les pauvres seront heureux puisqu’ils ont Dieu pour allié ; il n’est pas étonnant qu’il annonce que ceux qui pleurent seront consolés puisqu’ils Dieu pleure avec eux ; si Jésus est parvenu à la résurrection parce qu’il avait faim et soif de justice, il n’est pas étonnant qu’il annonce que ceux qui ont faim et soif de justice seront rassasiés… Bref, en promettant que les persécutés deviendront des rois, que les morts deviendront des vivants, Jésus ne pratique pas la méthode Coué : il révèle que Dieu fait grâce. Lorsque nous disons « je crois en Jésus Christ », nous disons notre joie d’être invités dans le monde de la grâce : et les condamnés graciés nous diraient que la grâce, ça change tout ! Avec Jésus, Dieu nous fait voir qu’il y a du nouveau sous le soleil.
La nouveauté du Christ, c’est l’évangile de la grâce. On accueille la grâce avec bonheur si on consent à toutes les formes de pauvreté. On est heureux, on devient soi-même un homme de grâce si on préfère aimer et servir plutôt que dominer. On est heureux et on devient soi-même à l’image du Christ de la grâce si on remplace le réflexe d’écraser l’autre par la décision de pardonner. On accueille la grâce si on décide de tenir à l’amour, à la justice, à la fidélité.
Nous disons la nouveauté de Jésus au cours d’une messe ; nous y célébrons la nouveauté qu’est l’alliance et nous y affirmons que rien ne peut nous séparer de Dieu notre allié. Dès que nous serons rentrés chez nous, il faudra dire la nouveauté de Jésus dans le quotidien. Vous serez heureux si, à cause de Jésus qui pleure, vous prenez en compte les épreuves des autres. Vous serez heureux si votre pureté et votre droiture manifestent la présence de Jésus là où sévit le mensonge. Vous serez heureux si, à cause de Jésus, vous offrez à ceux qui vous environnent votre solidarité fraternelle.
Comme disait le prophète Sophonie (dans la 1ère lecture) : Puissiez-vous avoir l’audace d’aller à contrecourant de ce qui est habituel ! Et avoir la joie de faire partie du peuple qui « a pour abri le nom du Seigneur, qui ne commet pas d’injustice et n’a pas de langage trompeur… » C’est avec un petit nombre de gens pauvres de cœur, miséricordieux, artisans de paix, assoiffés de justice…que Dieu apportera sa nouveauté dans nos villages. Même si notre Église doit passer au plus bas, comme Jésus, le Père la conduit vers la résurrection. Dieu déploie sa puissance dans les faiblesses.