Le Jeudi saint ouvre le cœur du Triduum pascal et fait mémoire de la Cène du Seigneur. En ce jour, les chrétiens célèbrent le don de l’Eucharistie, lorsque Jésus, la veille de sa Passion, partage le pain et le vin avec ses disciples en leur disant : « Faites cela en mémoire de moi ».

L’Évangile du jour (Jn 13, 1-15) nous rapporte également le geste du lavement des pieds : Jésus, maître et Seigneur, se fait serviteur et invite chacun à entrer dans cette logique d’amour humble et concret.
Ainsi, le Jeudi saint rappelle que la vie chrétienne trouve sa source dans l’Eucharistie et s’accomplit dans le service des autres, à la suite du Christ.
©Illustration par McKayla Lee.
Homélie du père Louis Groslambert pour le Jeudi Saint
Frères chrétiens, au premier chapitre de son évangile (verset 14) saint Jean écrit : « nous avons vu sa gloire ». Ils n’ont pas vu l’éclat puissant de son amour dans une théophanie grandiose ou passagère. Ils ont vu tout l’amour que le Juste porte aux pécheurs quand il a pris place dans la file des pécheurs pour être baptisé ! Ils ont vu la miséricorde et la patience du Très Saint quand Jésus a mangé avec ceux qui piétinaient la loi sainte ! Ils ont vu la parole créatrice d’avenir quand Jésus a dit à la pécheresse « va, je ne te condamne pas ». Chaque jeudi saint, l’Église nous fait voir la gloire du Maître quand il s’affuble d’un tablier de service… une gloire d’autant plus éclatante que, loin d’offrir ses services à des impeccables, le Maître traite avec le plus grand respect les disciples qui vont l’abandonner, Pierre qui va le renier, Judas qui va le trahir. D’ailleurs, toute sa vie, Jésus a pris le tablier pour servir Zachée le voleur, la pécheresse, les pharisiens qui lui tendent des pièges… Frères et sœurs, chaque jour, vous voyez la gloire du Christ, puisqu’il est en tablier, à vos pieds, ne voulant que vous servir… Comment ne lui chanterions-nous pas « gloire à toi ! »
Dans notre société, on n’aurait pas idée de parler de gloire à propos des personnes qui portent le tablier. Spontanément, on ne réunit pas « gloire » et « service ». Pourtant, je témoigne que ce qui me conduit à contempler la présence du Christ dans notre monde, c’est la vue des soignants en vêtement blanc qui se consacrent au service des malades, des personnes en combinaison spéciale, qui interviennent en milieu périlleux au service des accidentés, des bénévoles des municipalités, des bénévoles des paroisses, et de tous ceux qui manifestent leur noblesse en faisant passer les autres avant eux. Pratiquement, ces personnes disent sur elles-mêmes la parole de gloire : « mon corps livré pour les autres ». En effet, si le Christ nous a fait voir sa gloire en venant non pas pour être servi mais pour servir, ceux qui servent nous font admirer ce qu’il y a de plus beau et nous nous exclamons : « nous avons vu sa gloire ».
Chaque messe nous met en présence de l’homme de gloire, de Jésus en tablier. Chaque communion nous montre que l’homme de gloire, l’homme en tablier, veut vivre en nous. Nous qui communions au Corps du Serviteur, consentons à devenir nous-mêmes serviteurs, en tablier. Nous rendrons manifeste la présence réelle du Christ dans le monde.
Mais, nous, les chrétiens, nous avons une raison supplémentaire de pratiquer l’humble service en tablier : nous pouvons raisonner ainsi : « Si notre maître a traversé la vie dans l’humilité de la dernière classe, nous ne pouvons pas traverser la vie dans un confort de première classe… Donc comme Jésus, nous ne sommes pas sur terre pour être servis, mais pour servir ».
Notre joie, notre gloire, c’est de dire « Mon corps livré » ! Je sais qu’avec raison des prêtres développent l’idée que le Christ est présent dans le pain consacré, et vous auriez le droit de dire que, ne développant pas le message de la présence réelle du Christ sous la forme du pain consacré, je ne suis pas assez spirituel. Mais depuis l’incarnation, qu’est-ce qui est spirituel ? Un philosophe russe a écrit ceci : « Mon pain, le pain dont j’ai faim est une question matérielle ; le pain dont mon prochain a faim est une question spirituelle ». Le souci des autres si matériel qu’il soit est éminemment spirituel. Nous ne pouvons pas dire « ceci est mon corps » seulement sur le pain eucharistique ; il faut le dire sur nous-mêmes : Servir le frère, avoir le souci du frère, mettre notre vie au service des frères, saint Paul dit, dans la lettre aux Romains, que « c’est le culte véritable » Ceux qui disent sur eux-mêmes « mon corps livré, ma fatigue donnée… », ceux-là font voir la gloire de l’amour, la gloire de Dieu. Et la terre est remplie de cette gloire.
Pour avoir part avec Jésus, il faut accepter qu’il lave nos pieds qui se salissent chaque fois qu’ils nous conduisent là où nous ne donnons pas notre vie… Pour avoir part avec Jésus, il faut accepter qu’il lave nos langues salies d’avoir dit « moi d’abord, tant pis pour les autres ». Pour avoir part avec Jésus, il faut accepter qu’il lave nos yeux sales de n’avoir pas vu que la gloire de notre Christ est d’avoir donné sa vie.
Il dit à chacun : « si je ne te lave pas, si je ne donne pas ma vie pour toi tu n’auras pas de part avec moi, tu ne seras pas en communion avec moi, tu ne verras pas ma gloire ».
Lave-moi, Seigneur ! que j’entrevoie l’immensité de ton amour, ta gloire !