Le Samedi Saint est un jour de grand silence, où l’Église demeure dans l’attente, auprès du tombeau du Christ. L’Église vit le silence du deuil. Elle médite sur les événements des derniers jours et prépare son espérance en la Résurrection promise. C’est le silence liturgique, aucune messe ne doit être célébrée.

Le silence cesse avec la tombée de la nuit. La célébration de la nuit du Samedi Saint au dimanche de Pâques est « une veille en l’honneur du Seigneur » durant laquelle les catholiques célèbrent Pâques, passage des ténèbres à la lumière, victoire du Christ sur la mort. C’est pourquoi, dans la nuit, le feu et le cierge de Pâques sont allumés, puis la flamme est transmise aux fidèles.
La célébration de la fête de Pâques est l’occasion pour les chrétiens de renouveler leur profession de foi baptismale. De nombreux adultes – catéchumènes reçoivent le baptême lors de la veillée pascale.
©Illustration par McKayla Lee
Homélie du père Louis Groslambert pour la veillée pascale, le Samedi Saint 2026
Frères et sœurs, cette nuit, nous fêtons Jésus vivant… et, du même coup, nous éprouvons une grande joie parce que le Christ en qui « tout est créé », ne cesse pas d’agir pour que des êtres passent d’une forme de mort à une vraie vie. Frères et sœurs, je sais que bien des gens ne croient pas à la résurrection. Comment accéder à la joie de savoir que la résurrection n’est pas du blabla invérifiable ? Je pense qu’une bonne manière de croire que Jésus est vivant consiste à observer qu’il est actif et que son activité consiste à faire constamment œuvre de résurrection.
Le Christ fait passer de la mort à la vie quand il crée et qu’il dit « je veux que tu existes » : celui dont la vie est fragile et qui s’entend dire « je veux que tu existes », celui-là ressuscite, il retrouve de l’énergie… Eh bien, chaque matin, Dieu vous redit « je veux que tu sois, pas pour quelques dizaines d’années, mais pour toujours » ; si vous pensez qu’à votre réveil, chaque matin, le Christ vous dit « je veux que tu sois », vous allez éprouver comme une petite résurrection, et vous allez vous exclamer comme Marthe et Marie « Tu es la résurrection et la vie » !
Le Christ a fait passer Abraham de la mort à la vie quand il lui a dit « je te comblerai de bénédiction, je te donnerai un fils ». Vous pensez bien qu’un homme qui est sans enfant et qui en reçoit un, passe de la tristesse à la joie, revit, ressuscite. Et vous, chaque jour, Dieu vous dit « je te comblerai de bénédiction » et il vous donne grâce après grâce pour que vous soyez forts devant vos problèmes ; tous les jours, si vous pouvez dire « telle difficulté a été maîtrisée ; ça m’a été donné par le Ressuscité ; telle querelle s’est apaisée : ça m’a été donné par le Ressuscité ; j’ai pu persévérer dans tel effort : ça m’a été donné par le Ressuscité », vous allez vous exclamer comme Marthe et Marie « Tu es la résurrection et la vie » !
Oui le Christ est actif à vos côtés ; il vous offre des « petites résurrections » qui annoncent la grande résurrection. Ces « petites résurrections » montrent que tout homme est déjà travaillé par la résurrection : frères et sœurs, le Ressuscité vit en vous ; il n’est plus extérieur à vous, il n’est plus à côté de vous ; il vous est devenu intérieur. Il vous donne l’énergie de traverser vos difficultés comme les pères ont traversé la mer, et si vous voulez être missionnaire, il vous donne de pouvoir mettre dans le monde le respect, le pardon, la fidélité, le don de soi. Quand le Christ nous devient intérieur, nous ressuscitons, nous renaissons. Pour parler de la résurrection de Jésus, il faut parler de notre transformation.
Les disciples qui parlent de Jésus ressuscité parlent très peu de ce qui est arrivé à Jésus ; ils parlent surtout de la transformation qui leur est arrivée et ils décrivent comme une résurrection le fait qu’ils sont passés du stade de la peur au stade de l’audace, du mutisme au témoignage. Parce que la bonne manière de parler de Pâques consiste à parler des changements que le Seigneur fait en nous, la liturgie de cette nuit nous a fait vivre des changements. Au début, nous étions dans le noir parce que pollués d’infidélité, de rancunes, de tiédeur qui sont des formes de mort. Or quand le feu a été allumé et que la flamme s’est transmise à chacun, nous avons compris que le Christ nous fait passer du noir à la lumière, et ce fut comme une résurrection, une illumination ; vous êtes devenus lumière
Nous étions immobiles comme morts. Dès que nous avons annoncé « Lumière du Christ », nous nous sommes mis à marcher : nous avons compris que le Christ donne la force de continuer quand l’échec se présente, le courage d’aller de l’avant quand l’avenir n’est pas évident ; il met en œuvre en nous sa force de résurrection.
Et puis nous nous sommes assis, comme des écoliers, pour écouter. Le Christ que les méchants ont tué pour le faire taire, s’est mis à parler par Isaïe, Ézéchiel, Baruch, saint Paul, saint Luc. Nous sommes passés de l’idée que Dieu ne parle plus à l’idée qu’il parle toujours par des témoins. Finalement, nous allons faire la louange de Dieu et recevoir le pain de résurrection.
Je termine en racontant comment un païen – un non chrétien – a parlé de notre foi en Jésus ressuscité. Écoutez : Pour empêcher Paul de parler du Ressuscité, on l’avait mis en prison. Or, le gouverneur Festus reçoit la visite de son supérieur, le roi Agrippa qui vient inspecter son territoire. Le gouverneur soumet au roi le cas de Paul : il lui dit : « j’ai dans ma prison un prisonnier qui n’a rien fait de mal ! –Alors pourquoi est-il en prison ? dit le roi. – Parce qu’il dit qu’un certain Jésus est vivant alors que tous disent qu’il est mort ». Voilà la définition des chrétiens : être chrétien, c’est croire à la résurrection et dire que Jésus est vivant ; c’est accepter que le Vivant nous fasse passer de la mort à la vie, de la violence à la paix, de la rancune au pardon, des ténèbres à son admirable lumière. Avec Paul disons : « Tu es la résurrection et la vie, Seigneur Jésus ».