« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps » : en regard de l’immense amour que Dieu a pour le monde, les méchancetés des hommes ne sont pas plus impressionnantes qu’une goutte au bord d’un seau. Il nous faut craindre de n’avoir pas le courage de professer et de pratiquer notre foi.
Prédication du père Louis Groslambert pour le douzième dimanche du temps ordinaire
Comme tout le monde, les messagers de l’Évangile ont à craindre les fanatismes, les barbaries des violences et l’orgueil du fric. Mais Jésus les avertit que, du fait de leur mission, ils ont à craindre l’opposition et la persécution. Ils ont à prêcher l’amour, ce dont le monde devrait se réjouir puisqu’il en a tant besoin ; et pourtant, ils se heurteront à ceux-là qui sont conduits par l’esprit du monde. Vous-mêmes, quand vous avez osé plaider pour l’accueil des étrangers, on vous a pris pour des naïfs ; quand vous disiez que vous quitteriez le réveillon de Noël pour aller à la messe de la nuit, des proches vous ont qualifiés d’arriérés ; quand vous avez dit qu’il y a des comportements qui génèrent l’injustice et les larmes, des gens ont dit que votre référence chrétienne brime la liberté, n’est pas moderne, ne respecte pas la liberté d’expression, est inutile… Jésus avait donc donné cet avertissement aux missionnaires de son amour : «Sachez que ceux qui se réfèrent à Dieu sont des corps étrangers, dans le monde ». Sa condamnation au supplice de la croix illustre bien que ceux qui se réfèrent à Dieu sont des corps étrangers exposés au rejet.
On parle maintenant de personnes appelées « lanceurs d’alerte » ; dans la Bible et dans l’Église, on les appelle les prophètes. Leur rôle est utile et indispensable mais aussi dangereux ; car ils ne se font pas que des amis ceux qui alertent l’opinion sur le racisme qui nie la fraternité, sur le chacun pour soi très injuste, sur l’accaparement des richesses par quelques-uns, sur le matérialisme emprisonnant … ; ils sont pointés du doigt ceux qui disent leur désaccord sur des lois qui attentent à la vie… Parmi ses missions, l’Église a à tenir ce rôle prophétique : le pape François l’a fait notamment avec l’encyclique Laudato si à propos de la maison commune ; le pape Léon vient de le faire avec l’encyclique Magnifica humanitas à propos des mauvaises utilisations de l’Intelligence artificielle. Mais les papes ne sont pas seuls : il convient que tous les baptisés prennent leur part de ce rôle de veilleurs… sachant qu’ils seront qualifiés de gêneurs et seront persécutés, comme les prophètes. Mais, s’ils n’alertaient pas, ils ressembleraient à des chiens muets qui ne gardent pas la maison.
Jésus sait ce qu’il en coûte d’être prophète ! Parce qu’il s’est placé comme une brebis au milieu des loups, il fait comprendre à ceux qui tremblent de peur comme des brebis au milieu des loups, qu’ils ont un allié, celui à qui la mort n’a pas résisté parce qu’il a aimé de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force.
Frères et sœurs, « ne craignez pas », parce que Dieu est votre allié ! En regard de l’immense amour que Dieu a pour le monde, les méchancetés des hommes ne sont pas plus impressionnantes qu’une goutte au bord d’un seau ! C’est le prophète Isaïe (40,15) qui le dit. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? », c’est saint Paul qui le dit.
D’après Jésus, il y a une crainte qui n’a pas lieu d’être : « Ne craignez pas ceux qui vous méprisent à cause de votre foi » ; lui-même n’a pas craint ceux qui tortureraient et tueraient son corps. Mais, la crainte que Jésus nous fait partager, est que ses disciples « périssent dans la géhenne », c’est-à-dire qu’ils « succombent à la tentation qui tue l’âme ». Que nous faut-il craindre ? Il faut craindre que notre foi soit muselée par la pression de la société matérialiste, érodée par l’habitude, éteinte par la paresse, stérilisée par le respect humain, neutralisée par la peur de nous compromettre… Il nous faut craindre de n’avoir pas le courage de professer et de pratiquer notre foi.
Le Notre Père, la prière essentielle, comporte cette demande : « ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal ! » Garde-nous de la tentation ! Nous adressons cette prière au Père qui prend soin des moineaux et prendra soin des hommes bien davantage.
Nous nous souvenons que le Père a pris soin de Jésus en le ressuscitant ! Il fera de même pour quiconque est son prophète. Nous en sommes sûrs puisqu’il dit « Mon corps livré pour vous ».