« Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille, accueille Celui qui m’a envoyé »
L’évangile de ce dimanche nous parle du Seigneur qui nous accueille tels que nous sommes ; il se fait une joie de nous faire une place dans son cœur. Et nous, nous sommes toujours gagnants quand nous accueillons un frère comme étant le Christ. »
Prédication du père Louis Groslambert pour le treizième dimanche du temps ordinaire
Frères et sœurs, lors des célébrations de mariage, on lit parfois cette phrase du Cantique des cantiques : « Voici mon bien aimé qui vient » ! Les mariés expriment par là la joie que chacun éprouve d’accueillir son conjoint ; ils disent « Je te reçois comme époux, je te reçois comme épouse… » Ils ne disent pas « je te prends comme époux » mais « je t’accueille dans ma vie». Vous-mêmes, si vous êtes mariés, mieux que moi, vous pourriez parler de ce que comporte l’accueil, sa grandeur, ses exigences et sa joie créatrice. Mais, le mariage n’est pas le seul lieu de l’accueil : la Bible a raconté qu’en accueillant un prophète, une étrangère – une païenne – est entrée dans le monde de la grâce, dans le monde de Dieu. Et puis saint Matthieu a annoncé que celui qui accueille un représentant du Christ accueille le Christ et le Père. En ce dimanche, voulez-vous que nous méditions sur le mystère de l’homme fait pour accueillir, de l’homme qui ne s’humanise que s’il accueille ?
Parlons déjà de l’accueil que le Christ nous fait, puisque nous chantons « Dieu nous accueille en sa maison ». Quand Dieu nous accueille, il court à notre rencontre et nous couvre de baisers, comme le père du prodigue ; il se met à genoux devant nous pour nous laver les pieds, comme à la Cène… Il dit à chacun « tu as ta place dans mon cœur… tu ne comptes peut-être pour personne ; eh bien, pour moi, tu es un trésor, même si tu m’as offensé ». Le signe de la croix tracé au début de toute prière atteste que chacun est un trésor pour le Christ, puisque Jésus a risqué la mort pour chacun. Dieu nous accueille, tels que nous sommes, sans condition. Il accueille nos efforts et nos échecs, notre bonne volonté et nos paresses… Puisque Dieu est pour nous, rien ne peut faire qu’il ne nous accueille plus. Rendons grâce !
Maintenant, nous pouvons nous demander si nous accueillons Dieu comme il nous accueille, si nous mettons Jésus en première place, si nous acceptons qu’il nous dérange par ses appels. Ah, si, quand nous voyons le lecteur commencer la proclamation de la parole, nous pouvions dire « voici mon bien aimé qui vient me parler » ! Si, après la lecture, nous pouvions dire « ta parole est si belle et si pure : viens l’écrire dans mon cœur ». Si, étant invités à aller communier, nous pouvions dire « mon bien aimé va venir chez moi ; il va même me donner tout ce qu’il a pour vivre » ! Accueillir le Christ, c’est désirer l’accueillir toujours ; c’est dire « viens, Seigneur Jésus ; viens apporter ta paix, ton espérance, ta fidélité… » Ton amour vaut mieux que la vie, viens !
Ainsi Dieu nous accueille. En tant que bon pédagogue, Dieu fait lui-même ce qu’il nous demande de faire. Frères et sœurs, Dieu nous accueille en acceptant que sa vie soit affectée par nos choix, y compris le choix de tuer Jésus ! nous serions à l’image de Dieu si nous acceptions que sa visite dérange notre vie, et que les autres dérangent notre confort. Voyez comment le bon samaritain a consenti à ce que sa journée soit bousculée par la rencontre du blessé. Voyez comment la vie des parents est transformée par l’accueil d’un enfant en bonne santé ou plus encore par l’accueil d’un enfant malade… Je n’accueillerai quelqu’un à la manière de Dieu que si j’accepte d’être dérangé au point de lui dire « mon corps livré pour toi »… ce que dit Jésus quand il m’accueille. C’est pourquoi st Matthieu dit que la manière la plus sûre de bien aimer son père, sa mère, son fils ou sa fille, consiste d’abord à regarder Jésus. En effet, lui dont nous admirons la patience nous apprend la patience ; lui qui a donné sa vie pour les pécheurs nous apprend à nous déranger même pour ceux qui nous déçoivent…. La personne qui met Jésus au-dessus de tout va aimer sans égoïsme, sans jalousie, sans possessivité, sans lassitude… Et comme dit l’évangile, cette personne va trouver sa vie, sa joie, son bonheur… Exactement ce qu’a vécu la femme qui, selon la 1ère lecture, a reçu un enfant à aimer, parce que, d’abord, elle a accueilli le prophète. Si elle n’avait pas accueilli le prophète elle serait restée stérile, elle n’aurait pas trouvé la vie.
Quand Jésus dit qu’il faut l’aimer plus que son père et sa mère, il me fait comprendre qu’aimer ses proches à la manière humaine, c’est ne pas les aimer assez, faute d’avoir suffisamment admiré et aimé le Christ plein d’amour. Le message d’aujourd’hui est simple : Dieu dit à chacun « vous accueillerez, vous ferez cela, en mémoire de moi », en mémoire de l’amour que vous admirez en moi.
Le Seigneur nous accueille ; il se fait une joie de nous faire une place dans son cœur. Et nous, nous sommes toujours gagnants quand nous accueillons un frère comme étant le Christ. « J’avais faim, j’étais malade, j’étais seul… tu m’as fait une place dans ton cœur : entre dans la joie de ton maître ».
Puisque nous sommes à la messe, puissions-nous accueillir la parole « mon corps livré pour vous », parole par laquelle Jésus exprime qu’il met les hommes au-dessus de tout. Et puissions-nous exprimer notre décision de mettre Dieu et les autres au-dessus de tout, en disant « mon corps livré pour Dieu et pour les autres »