Vingtième dimanche du temps ordinaire

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Publié le 21 juillet 2026

Face à la foi audacieuse de la Cananéenne, Jésus nous invite ce dimanche à reconnaître les chercheurs de Dieu au-delà des frontières visibles de l’Église. Une foi humble, persévérante et tournée vers le salut des autres ouvre le cœur du Christ.

Prédication du père Louis Groslambert pour le vingtième dimanche du temps ordinaire

Jésus, nous l’aimons parce qu’il est toujours plein d’empathie, de compréhension, de miséricorde… Aussi nous sommes heurtés par cette scène où il maltraite une femme parce qu’elle n’est pas de son peuple ; une scène où il nous scandalise quand il traite de chiens les non juifs. De plus, nous ne comprenons pas qu’il prenne le contrepied de la 1ère lecture où Isaïe disait : « les étrangers attachés au Seigneur, je les conduirai à ma montagne sainte (c’est-à-dire à ma rencontre), je les rendrai heureux » ; nous trouvons incohérent qu’il dise ne s’intéresser qu’aux gens d’Israël alors qu’il est venu donner sa vie pour la multitude et ait envoyé les apôtres baptiser toutes les nations.

Nous voyons que notre méditation porte sur les relations de Dieu et des chrétiens avec les non-chrétiens. La foi a des conséquences sur notre manière de regarder les non chrétiens.
Peut-être nous faut-il prendre ce récit comme un stade de la pensée des communautés en pays juif. Conscientes que le peuple juif a été choisi par Dieu, elles ont eu du mal à avaler l’affirmation de Paul que nous lisons à l’épiphanie où nous méditons sur la venue des mages : « les païens sont associés au même héritage que les juifs » Il faut répéter cette affirmation, car certains chrétiens d’aujourd’hui pensent que les chrétiens baptisés ont le monopole du salut et sont les dépositaires exclusifs des dons de Dieu ! Donc la phrase où Jésus dit que sa mission ne concerne que les juifs peut refléter les pensées de certains membres de la communauté de saint Matthieu allergiques au baptême des païens. Mais on peut lire autrement le refus de Jésus d’exaucer la femme non juive : n’est-ce pas que, tant qu’il est là, Jésus se réserve aux juifs et que viendra le temps où ce seront les apôtres qui iront s’adresser à tous. Frères et sœurs, aujourd’hui, il revient aux chrétiens de mettre à la disposition des périphéries non chrétiennes, ce que Jésus a mis à la disposition de son peuple juif. Ainsi, nous avons l’honneur de contribuer à la réalisation de la promesse de Jésus « j’attirerai à moi tous les hommes ».

Qui que nous soyons, juifs ou non-juifs nous, n’accédons à Jésus que par la foi. Regardons la foi de cette païenne. Elle cherche de l’aide hors des croyances de son peuple ; elle avoue que les croyances de son peuple n’apportent pas le salut. Ne croyez-vous pas que bien des gens cherchent Dieu ainsi ? Ne devons-nous pas regarder les non-chrétiens comme des chercheurs de Dieu, des gens qui constatent la vanité de ce qu’ils adorent ? Ils sont sur le chemin de la foi en Jésus.

Et puis, la femme païenne s’adresse à Jésus en se prosternant devant lui (aucun juif n’avait fait cela) et en l’appelant « Seigneur » (aucun juif n’avait fait cela) ; et elle a le cœur plein d’amour puisqu’elle prie pour sa fille et pas pour elle-même. Et quand elle prie, elle ne considère pas que Dieu lui doit quelque chose, qu’elle a droit… elle ne demande que la possibilité de bénéficier des miettes qui tombent de la table, c’est-à-dire des trésors que les juifs contemporains de Jésus négligent. Elle est grande, la foi de cette païenne… Si, comme elle, nous ne priions que pour les autres, avec insistance ! si nous aimions le monde au point de prier pour son salut avec opiniâtreté, et si nous priions sans considérer que l’exaucement nous est dû, Jésus dirait que notre foi est aussi grande que celle de la femme !

Frères et sœurs, avec Jésus, nous n’en sommes plus au temps des miettes ; nous en sommes au temps de la multiplication du pain, de la multiplication de la grâce. Dieu donne tout son trésor. Il donne son fils unique. Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique fils ! Nous ayant donné son Fils, comment Dieu pourrait-il ne pas nous donner tout ? Puisque Dieu donne tout à tous, il donnera à ceux qui n’ont pas encore été touchés par l’amour de Dieu d’en être bouleversés. Déjà, c’est une énorme grâce (une grâce XXL) que, dans notre monde qui construit des murs, le Seigneur fasse de son Église un lieu d’accueil où se côtoient des blancs et des noirs… Notre Église est un signe de Dieu ! Le message de saint Paul est aussi une énorme grâce ; il dit que nous sommes tous pécheurs, que personne n’est meilleur que son voisin… et que Dieu fait miséricorde à tous ! Enfin, c’est une énorme joie de constater qu’il y a parmi les non chrétiens, des personnes qui sont conduites par le saint Esprit, qui font honneur à l’humanité, et qui illustrent la promesse faite par Isaïe : « les étrangers, je les conduirai à ma montagne sainte et je les comblerai de joie ». Pas étonnant que Jésus ait versé son sang pour la multitude !

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