L’évangile de ce 20 septembre 2026 montre Dieu qui agit par gratuité, et non par comptabilité des heures prestées. Un peu comme les mamans, les parents plus généralement qui font cadeau de leur temps, de leur énergie et de leur amour. Et même plus, Jésus (le maître de la vigne) a fait le cadeau absolu, celui de sa vie.
Frères et sœurs, nous pourrions méditer sur notre vocation missionnaire puisque Jésus dit à chacun : « va travailler à ma vigne, apporte ta contribution. Va mettre de l’amour là où il y a de la haine, du pardon là où il y a de la rancune, de la fidélité là où il y a des trahisons ! Deviens le coopérateur de mon amour ».
Mais avant d’énoncer ce que l’homme doit faire, l’évangile dit ce que Dieu fait. C’est pourquoi je pense utile de regarder ce que fait le maître de la vigne.
Les plus âgés d’entre nous se souviennent d’une chanson de Marie Laforêt où elle mettait en scène un fils qui, ayant sorti la poubelle, ayant rangé la table, ayant passé l’aspirateur, etc… disait à sa maman : « parce que j’ai fait cela, tu me dois 20 francs ». A quoi la maman répondait : « je t’ai porté, c’était cadeau ; je t’ai veillé la nuit, c’était cadeau ; je t’ai nourri, c’était cadeau etc… » Toutes les mamans n’agissent que sur le mode du cadeau ; mesdames, vous êtes à l’image de Dieu. Car Dieu, figuré par le maître de la vigne, agit en tous points sur le mode du cadeau.
Cette parabole ne critique pas la manière d’établir les salaires en fonction des heures travaillées ; elle invite à regarder Dieu qui agit par grâce, qui pratique la gratuité, encore plus que les mamans. Le maître le dit au moment de la paie : « je suis bon… pour tous ». Cette gratuité – cette bonté – de Dieu contrarie notre habitude de hiérarchiser les gens : « je suis au dessus des autres parce que j’ai fait plus d’heures qu’eux ; donc il n’est pas juste de traiter aussi bien que moi ceux qui ont travaillé moins que moi ». Le spécimen de cette humanité qui se considère supérieure, c’est le fils ainé, le frère de l’enfant prodigue qui s’insurge contre l’accueil que le père fait au prodigue : « Contrairement à lui, je n’ai fait aucune erreur de conduite, donc je devrais être mieux traité que lui ». Le maître, lui, ne connaît pas la hiérarchie, il ne connaît que le cadeau, la gratuité… comme les mamans. Le spécimen remarquable des ouvriers de la 11ème heure qui reçoit l’entièreté du salaire, c’est le bon larron qui entre dans l’alliance 5 minutes avant sa mort et à qui Dieu donne l’intégralité du salut : « Aujourd’hui, tu seras au paradis »
Et déjà, bien avant la paie, le maître de la vigne a agi par grâce : quand il embauche, sa priorité n’est pas que le travail soit fait ; elle est de donner à tous l’honneur de participer activement à la réalisation du royaume de l’amour. « Allez travailler à ma vigne ». C’est pourquoi, frères et sœurs, considérons ce cadeau : Dieu nous donne d’écrire sur notre carte de visite « Joël complice du Dieu d’amour ; Frédérique ambassadeur de la miséricorde de Dieu ; Camille serviteur de la justice et de la paix de Dieu » ! Avoir la confiance de Dieu pour pratiquer le service du frère, en famille, dans le quartier, … est un cadeau sans prix… dès l’embauche.
On apprend que, plus tard, le maître de la vigne qui a tellement donné à ses ouvriers, leur fait encore le don de sa vie : « Mon corps livré pour vous ! » Cadeau absolu !
Et au moment de la paie, apparait avec une parfaite netteté le visage de Dieu qui fait cadeau Mais quelque chose risque de brouiller ce portrait : la revendication des mérites, la récompense. Alors que nous bénéficions des cadeaux de Dieu à tout moment, pouvons revendiquer et faire valoir des mérites. Personnellement, si, comme l’enfant de Marie Laforet, je disais au Seigneur qui est mort pour moi : « parce que j’ai fait du caté pendant 10 ans, parce que j’ai dépanné mon voisin, parce que j’ai dû me coucher tard à cause des réunions du curé,… tu dois me récompenser », je serais odieux. Comment dire au Christ qui est mort pour moi « tu me dois encore plus ; tu as une dette envers moi » ?
La bonne nouvelle c’est que Dieu conçoit la justice à la manière d’un père.
Le maître paie ses ouvriers indépendamment du temps de travail et il donne à ceux qui ont travaillé peu longtemps autant qu’à ceux qui ont travaillé longtemps. Cela nous heurte. Mais, quel est votre avis ? Quel est le plus avantageux ? recevoir un salaire limité indexé sur son temps de travail et sa peine ? ou recevoir un salaire illimité à la mesure de l’infinie générosité divine. Quel est le plus avantageux : recevoir une mesure calculée ou recevoir une mesure bien remplie, tassée, secouée, débordante ?
Mon avis, c’est que nous sommes gagnants si Dieu nous donne selon sa grâce et non pas selon nos mérites. D’ailleurs, la justice des hommes engendre la double peine : ceux qui ont honte de n’avoir pas eu de travail ont honte de n’avoir pas de salaire : double peine ! La justice selon les hommes légitime l’inégalité et encourage la non fraternité. Alors que la justice de Dieu organise le bien de tous. C’est la bonne nouvelle.
Vous les parents, vous êtes à l’image de Dieu : vous donnez un surcroit d’attention à celui de vos enfants qui a un problème,… et vous considérez – et vos autres enfants considèrent – qu’en faisant cela, vous n’êtes pas injustes envers les autres enfants qui n’ont pas de problème. Ainsi, Dieu donne ce qui est indispensable aux défavorisés de la vie, à ceux qui peinent dans leur vie familiale, à ceux qui passent des années sans santé, sans moral, à ceux qui restent en marge… à ceux qui ne se sont intéressés à la foi que tardivement, à ceux qui ne se sont mis à servir les autres qu’après avoir seulement pensé à eux…
Dernière pensée : le maître de la parabole demande que soient payés d’abord les derniers venus, pour que les premiers soient témoins de son immense bonté envers les défavorisés de la vie ; alors, puissiez-vous dire à Dieu « tu es bon » ; puissiez-vous être les témoins de son immense bonté.