Le Dimanche de Pâques est la fête centrale de la foi chrétienne : les croyants célèbrent la résurrection du Christ, victoire de la vie sur la mort. L’Évangile du jour (Jn 20, 1-9) raconte la découverte du tombeau vide par Marie Madeleine, puis par Pierre et le disciple bien-aimé, signe que Jésus est vivant, comme il l’avait annoncé.

Pâques ouvre un chemin nouveau pour l’humanité : en ressuscitant, le Christ offre à tous la promesse d’une vie renouvelée.
Cette joie pascale, au cœur de l’année liturgique, appelle chaque chrétien à devenir témoin de l’espérance et de la lumière dans le monde.
©Illustration par McKayla Lee
Homélie du père Louis Groslambert pour le dimanche de Pâques – la solennité de la Résurrection du Seigneur
Frères et sœurs, un jour, faisant des visites à l’hôpital, je suis entré dans une chambre avec le sourire ; le malade m’a fait ce reproche : « vous souriez, mais pas moi » ! Ce souvenir me revient alors que l’Église nous réjouit par le mystère de Pâques tandis que les médias rapportent les tragédies. Est-ce que nos « alléluia, alléluia » sont compatibles avec notre souffrance de voir tant de frères humains martyrisés par les bombes ? Comment pouvons-nous chanter que la vie a anéanti la mort alors que l’évidence montre que la mort anéantit la vie ? Comment annoncer Pâques tout en regardant en face les réalités cruelles de tant de gens qui vivent à l’heure du vendredi saint, en Ukraine, au Liban, en Palestine, au Soudan ? Serait-ce que nous rêvons de résurrection pour escamoter l’horreur de la mort ? Est-ce que nous nous consolons de devoir passer tous de la vie à la mort en inventant qu’un homme est passé de la mort à la vie ?
La preuve que Pâques n’est pas une invention des chrétiens visant à détourner le regard loin des tragédies, c’est que Marie Madeleine, Pierre et tous les autres n’y ont cru que très difficilement. Voyez Marie Madeleine : elle ne chante pas « alléluia » ; elle n’explique pas le tombeau vide par la résurrection, mais par une impardonnable violation de sépulture. Voyez Pierre : lui non plus, ne chante pas « alléluia ».
A propos du tombeau vide, réfléchissons ! Si l’on avait trouvé des restes dans le tombeau, si la résurrection n’avait pas tout emporté dans la gloire, c’est que Jésus serait resté en-deçà de l’amour total et n’aurait pas vécu parfaitement selon l’esprit d’amour. Or Jésus a aimé jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême ; son corps était totalement animé par l’Esprit d’amour ; et un tel corps ne peut que « partir » totalement en Dieu, c’est pourquoi son tombeau est vide. Comprenons que ce qui ressuscitera de nous, c’est ce qui en nous aura été brûlé d’amour. C’est donc pour que nous vivions que Jésus dit « aimez-vous ».
Et puis, si le corps de Jésus était dans le tombeau, nous parlerions de lui au passé, comme nous parlons de ceux qui sont inertes dans les tombeaux. Or nous parlons de Jésus au présent, parce que, lui, il est actif aujourd’hui. Pierre dit que le Ressuscité s’est manifesté à lui ; Jean dit qu’il s’est manifesté à Marie Madeleine. Et nous pouvons dire qu’il se manifeste à nous, là où des personnes ne restent pas en-deçà de l’amour, c’est à dire dans les familles et les communautés où l’on se dérange les uns pour les autres, où l’on met un tablier pour servir les autres comme Jésus l’a fait pour laver les pieds. Jésus se manifeste là où des frères proclament la Parole de Dieu, comme Jésus l’a fait ; là où des frères se soutiennent dans la foi et dans l’exercice de la charité ; là où des personnes jugent les situations, non pas en fonction de leurs avantages, mais en fonction du bien commun ; là où l’on pardonne à la même personne 70 fois 7 fois (c’est-à-dire 490 fois) … Jésus ressuscité se manifeste là où l’on ne reste pas en-deçà de l’amour.
C’est incontestable, il y a des tragédies qui font pleurer. Mais nous chantons « alléluia » parce que, dans notre monde de chacun pour soi, le Christ est vivant, actif puisque des gens piétinent le réflexe égoïste et partagent ; c’est miraculeux comme la résurrection. Dans notre monde de rancune, il est vivant et actif puisqu’il neutralise la vengeance si bien que des gens pardonnent ; c’est miraculeux comme la résurrection. Dans notre monde où la préoccupation majeure est d’ordre matériel, le Christ est vivant et actif puisque des gens déclarent prioritaires les choses spirituelles.
Vous-mêmes, si vous priez, si vous pardonnez, si vous payez de votre personne pour les autres, c’est que le Christ vous emporte dans sa résurrection : vous êtes ressuscités avec le Christ. Luther a écrit ceci : « Quand tu lis que Jésus est ressuscité, ajoute aussitôt : ‘Je suis ressuscité avec lui, et mon voisin aussi’. Ne pas apprendre que nous sommes participants de la résurrection, c’est ne rien apprendre du tout ». Fin de citation. Voyez que notre « alléluia » est justifié dans la mesure où vous constatez que le Saint Esprit d’amour travaille votre vie.
Quelle est la bonne manière de chanter « alléluia » de telle manière qu’il n’offense pas ceux qui souffrent mais qu’il soit missionnaire ? C’est de ne pas rester en deçà de l’amour, de servir les autres. Le célèbre Eusèbe qui était évêque à Césarée et qui est mort en 341 a écrit ce que faisaient les chrétiens pendant les persécutions : « Dans une telle conjoncture de maux, ils montraient leur compassion et leur amour. Pendant la journée entière les uns se dévouaient aux soins et à la sépulture des morts ; il y en avait des milliers dont personne ne s’occupait ; les autres distribuaient à tous du pain. La chose était établie et proclamée chez tous les hommes ; on glorifiait le Dieu des chrétiens et on confessait que ceux-ci seuls étaient pieux et religieux ». (Volume IX chap VIII) Voilà une belle manière d’annoncer la victoire de l’amour, la résurrection ! Une manière qui est à la portée de tous.
Celui qui ne sert pas son frère chante faux quand il chante alléluia ; Celui qui sert son frère chante juste quand il chante alléluia.