La messe chrismale, célébrée ce 1er avril 2026, a rassemblé autour de l’évêque les prêtres, les diacres et de nombreux fidèles du diocèse. Cette célébration annuelle est marquée par la bénédiction des saintes huiles – huile des catéchumènes, huile des malades et Saint chrême – utilisées tout au long de l’année pour les sacrements, manifestant que toute la vie chrétienne s’enracine dans le Christ, « l’Oint » de Dieu.
La célébration a aussi été marquée par le renouvellement des promesses de l’ordination par les prêtres et les diacres, signe de leur engagement au service du peuple de Dieu. Dans son homélie, Mgr Denis Jachiet a rappelé l’importance du témoignage et de la fraternité entre ministres, appelant à « des vies connues, des vies lisibles, des vies crédibles », au service d’une Église toujours plus missionnaire.
Homélie de Mgr Denis Jachiet & photos
Lorsque Jésus s’est levé dans la synagogue de Nazareth pour faire la lecture, il a proclamé ces paroles d’Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres » (Luc 4, 18). Par ces mots Jésus déclare à la fois son être et sa mission, qui il est et ce qu’il fait. Il est le Messie, l’Oint de Dieu. L’Esprit repose sur lui. Il annonce aux petits la Bonne Nouvelle du salut.
Chers frères prêtres, ces 3 caractères, l’onction, l’Esprit Saint et l’annonce, le Christ nous les donne en partage. Tous nous avons reçu au jour de notre ordination l’onction du Saint Chrême, que ce soit sur nos mains en tant que prêtres ou sur notre tête en tant qu’évêque. Ce geste est le signe de l’« Esprit du Seigneur » qui vient sur nous pour accomplir par nous une œuvre particulière au nom du Christ. Comme le dit Vatican II, nous nous avons été « consacrés pour prêcher l’Évangile » (Lumen gentium n°28) pour être ministres des sacrements et témoins de Jésus dans le monde.








Le Christ se livre par nous dans ses sacrements.
Lors de son dernier repas, Jésus a laissé à ses Apôtres un héritage unique et précieux : le mémorial d’action de grâce de sa mort et de sa résurrection en son Corps et son Sang. Jésus n’a pas fait de cet héritage un bien à mettre en sécurité, un cérémonial à garder secret, un rite à réserver à ceux qui en seraient dignes et le préserver des autres. Non, il a donné à ses Apôtres de devenir les propagateurs, les perpétuateurs de ses dons. « Faites cela en mémoire de moi. », « Baptisez-les ». A la suite des Apôtres, les évêques sont devenus gardiens et dispensateurs des sacrements du Royaume. Les prêtres, qui sont leurs collaborateurs, ont la belle responsabilité non d’accomplir des rites extérieurs mais, dans la foi, de rendre présent et agissant le Seigneur Jésus pour ceux qui ont besoin de lui. Lorsqu’un prêtre ou un diacre baptise, c’est le Christ qui plonge la personne dans sa propre vie. Lorsqu’un prêtre ou un diacre célèbre le sacrement du mariage, c’est le Christ qui unit un homme et une femme en son Alliance.
Quand un prêtre célèbre l’Eucharistie, donne le sacrement des malades ou celui de la réconciliation, il agit en la personne du Christ Tête qui se donne, par son Corps et son Sang, par l’huile qui fortifie le corps et l’âme, par sa parole qui accorde le pardon.
Mes frères, ne nous habituons pas à ces gestes et à ces mots par lesquels Jésus traverse notre humanité pour vivifier son peuple et rejoindre ceux qui espèrent en lui. S’il nous arrive de célébrer correctement des sacrements mais sans y mettre assez de foi, demandons à Jésus qu’il nous renouvelle dans la grâce de notre ordination. Demandons-lui qu’il nous ranime dans la foi pour habiter avec notre humanité la grâce que nous célébrons et participer à sa fécondité dans la vie des hommes et des femmes qui la reçoivent.








Prêtres et diacres, choisis et constitués témoins avec ce qu’ils sont
Au jour de son Ascension, Jésus a donné à ses Apôtres le rôle de témoins, témoins de sa vie, de son enseignement, de sa mort et, plus que tout, de sa résurrection. Ils sont envoyés comme témoins avec ce qu’ils sont : leur liberté, leur caractère, leurs peurs. Ils sont témoins de la foi par leurs mots et tout autant par leur comportement.
Qu’est-ce qu’être témoin de la foi aujourd’hui ? Comme toujours, ce sont des paroles et des actes. C’est un tout d’annoncer la foi au Christ et de se comporter en disciple. Le témoignage est commun à tous les baptisés, celui de frères et sœurs partageant la même foi.
Dans le concert du témoignage de l’Église, les prêtres et les diacres ont une partition spécifique à jouer. Ce sont eux qu’on regarde en premier, ceux qu’on écoute lorsqu’on se rend à la messe et qu’on voudra interroger à la sortie. Ils sont en quelque sorte la vitrine locale de l’Église. Ils doivent donner envie d’entrer dans le magasin.
Le pape Léon s’est adressé à des prêtres en les invitant à graver dans leurs cœurs et leur esprit qu’ils sont appelés à une transparence de vie. « Des vies connues, des vies lisibles, des vies crédibles ! Vivons au cœur du Peuple de Dieu pour pouvoir, un jour, nous tenir devant lui avec un témoignage crédible. Ensemble, alors, nous reconstruirons la crédibilité d’une Église blessée, envoyée à une humanité blessée, au sein d’une création blessée. » Et il ajoute, ainsi « vous serez crédibles même si vous n’êtes pas encore des saints, et vous toucherez le cœur des personnes qui sont plus loin, gagnerez leur confiance et leur ferez rencontrer Jésus ». (Message de Léon XIV aux prêtres de la Province de Paris le 5/06/25).







Appelés à la fraternité pour évangéliser
Permettez un souvenir personnel. Alors que j’étais étudiant et animateur d’aumônerie, je fréquentais les 3 prêtres de ma paroisse. Le premier, l’aumônier des lycéens, avec sa chemisette à carreaux et ses sandales nu-pieds, été comme hiver, escaladait tous les sommets de la terre et organisait des camps. Le second, col romain impeccable, familier des théologiens et des abbayes, était le père spirituel qu’on recherchait. Le troisième en col roulé, doux et attentionné envers chacun, surtout les plus fragiles, était le curé, mais ça ne se voyait pas. Deux choses m’ont marqué pour toujours chez ces trois prêtres. Ils étaient on ne peut plus différents les uns des autres, dans tous les domaines. Ils se blaguaient, se respectaient, travaillaient de concert et chacun d’eux nous disait du bien de l’apostolat des deux autres.
Posons-nous cette question : peut-on évangéliser autrement qu’en étant frères ? Dans sa lettre apostolique de décembre sur le ministère de prêtre, le pape Léon XIV insiste sur la fraternité entre les prêtres. « La fraternité presbytérale doit donc être considérée comme un élément constitutif de l’identité des ministres. (…) Comment pourrions-nous, ministres, être des bâtisseurs de communautés vivantes, si une fraternité effective et sincère ne régnait pas d’abord entre nous ? » (Une fidélité qui engendre l’avenir n°16).
Le pape développe ensuite la place indispensable des prêtres dans une église synodale. « Il est nécessaire que les prêtres et les laïcs – tous ensemble – opèrent une véritable conversion missionnaire qui oriente les communautés chrétiennes, sous la conduite de leurs pasteurs, au service de la mission que les fidèles accomplissent dans la société, dans la vie familiale et professionnelle, comme l’a observé le Synode » (n°26).
Il souligne enfin la portée vocationnelle d’une pastorale imprégnée de l’Évangile. « Le manque de vocations sacerdotales (…) exige de chacun une vérification de la fécondité des pratiques pastorales de l’Église. (…) Le Seigneur ne cesse jamais d’appeler. (…) Rappelons-le : il n’y a pas d’avenir sans le souci de toutes les vocations ! » (n°28). Portons cela dans notre prière et notre pastorale des jeunes.








En ce jour de grâce où nous allons bénir les saintes huiles et renouveler les promesses de nos ordinations, faisons mémoire de l’appel que nous avons reçu de Dieu et des merveilles qu’il accomplit dans les cœurs en nous donnant le bonheur de nous y associer.
« Ainsi, la vocation sacerdotale, dit le pape, se déploie entre les joies et les peines d’un service humble des frères, que le monde ignore souvent mais dont il a profondément soif. Rencontrer des témoins croyants et crédibles de l’Amour de Dieu, fidèle et miséricordieux, constitue une voie primordiale d’évangélisation. » (n°23).