Dans le mystère de la Trinité, nous comprenons que Dieu ne peut pas aimer s’il est seul ; il n’y a pas d’amour sans ouverture à un autre, sans une communion de personnes. En Dieu, pluralité et unité ne s’opposent pas ; au contraire, pluralité et unité vont ensemble et font vivre. Et non seulement Père, Fils et Esprit sont parfaitement ouverts l’un à l’autre, mais sont ouverts à ce qui n’est pas divin par nature, à savoir l’humanité.
Prédication du père Louis Groslambert pour la solennité de la Sainte Trinité
Frères et sœurs, en faisant le signe de la croix, vous nommez le Père, le Fils et le Saint Esprit ; mais est-ce que la révélation de Dieu en trois personnes est pour vous une Bonne Nouvelle, un évangile ? Comment abordez-vous la Trinité ? J’ai posé cette question à une personne qui m’a dit comment elle comprend la Trinité. A son avis, Dieu est unique et on l’appellerait Père pour dire qu’il est créateur, on l’appellerait fils pour dire qu’il s’est incarné et on l’appellerait Esprit pour dire qu’il nous accompagne. J’ai répondu que sa présentation ne me satisfait pas. On ne dit pas qu’un homme est trinité parce qu’il a trois casquettes, celle de professeur pendant la période scolaire, celle de jardinier pendant les vacances, celle d’époux et de père dans l’intimité… Un tel homme n’est qu’une personne et pas trois. Donc ne nous représentons pas les trois personnes de la Trinité comme trois facettes de Dieu. Il s’est révélé en trois personnes
Il faut raconter comment la Bible – qui est fondamentalement une bonne nouvelle – un évangile – a préparé le peuple à recevoir cette révélation. La Bible a d’abord affirmé ce que nous lisions dans la 1ère lecture : « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. » Ce portrait de Dieu montre qu’il est un être de relations. Et cette révélation est devenue très concrète quand Jésus a montré Dieu plein de tendresse pour les gens qui allaient mal, plein de miséricorde pour ceux qui s’étaient égarés… débordant d’amour, préférant mourir plutôt que d’abandonner les pécheurs. Si bien que, le récit du baptême du Christ nomme l’Esprit qui se manifeste sous la forme d’une colombe, le Père et le Fils, puisqu’une voix se fait entendre : « Celui-ci est mon Fils ». !
Jésus a amplifié la révélation de Dieu-amour lorsqu’il a prié en disant « Père » et en affirmant qu’il faisait les œuvres du Père. Et en plus, il a dit « l’Esprit que le Père enverra en mon nom… » Si nous disons que Dieu est Trinité, c’est parce que Jésus le Fils a parlé du Père et de l’Esprit.
Nous comprenons que Dieu ne peut pas aimer s’il est seul ; il n’y a pas d’amour sans ouverture à un autre, sans une communion de personnes. En Dieu, pluralité et unité ne s’opposent pas ; au contraire, pluralité et unité vont ensemble et font vivre. Et non seulement Père, Fils et Esprit sont parfaitement ouverts l’un à l’autre, mais sont ouverts à ce qui n’est pas divin par nature, à savoir l’humanité.
Notre humanité est créée à l’image de Dieu ; le Dieu qui vient à notre rencontre nous donne comme vocation de conjuguer la pluralité et l’unité, de parvenir à la communion des différences bien respectées, à l’image de Dieu qui est un en trois personnes. Comment réaliserions-nous cette vocation, comment aurions-nous la perspective de la réconciliation des hommes et de leur communion si nous ne regardions pas le modèle de la communion, la Trinité
Souvent, pour parler d’une réalité, il est suggestif de parler d’abord de son contraire. Le contraire de la communion, c’est le renfermement de l’homme sur lui-même, son refus de voir plus loin que son avantage individuel, l’envie ou même le projet de combattre l’autre, de le réduire en servitude, de le dominer. En fait le contraire de la communion, c’est l’incapacité de dire un vrai « nous » dans lequel tous les « je » pourraient s’épanouir. Et cette incapacité de conjuguer le « nous » et le « je » est universelle ; c’est un péché originel. Voyez la difficulté de conjuguer les particularités et les objectifs communs dans les équipes municipales, dans l’Union Européenne, dans l’Eglise… Seule la Trinité peut nous guérir de ce péché.
Quand vous aimez, vous éprouvez le bonheur de tenir ensemble le « je » et le « nous » Vous êtes différent de votre conjoint et de vos enfants ; pourtant vous leur dites : « ma raison de vivre c’est toi ; j’ai besoin de toi pour vivre ». Si vous parlez ainsi, vous êtes à l’image de la Trinité car le Père dit au Fils « je ne peux pas me passer de toi » et le Fils répond pareillement « je ne peux pas vivre sans toi ».
Mais, Dieu Père et Fils ne se contente pas de se dire mutuellement dans l’Esprit « je ne peux pas vivre sans toi ». Dans l’Esprit, Dieu Père et Fils dit à chacun des hommes : « je ne peux pas me passer de toi ». Le Saint Esprit vous transmet ce message où Dieu Père, Fils et Esprit vous dit « Je ne peux pas vivre sans toi ». Moi, pauvre mortel, je suis renversé d’entendre le Tout puissant me dire « je ne peux pas me passer de toi ». Ma profession de foi découle de là : je réponds « moi aussi, je ne peux pas me passer de toi… car tu es le seul qui puisse réunir les diversités pour créer la paix ».
Vous aussi, sans doute, vous désirez que le Saint Esprit travaille si bien les hommes que le « je » et le « nous » s’allient au lieu de s’opposer. Si tous les hommes remplaçaient le réflexe « tu me gènes » par le réflexe « je ne peux pas vivre sans toi ; ta vie me tient à cœur », la guerre serait anéantie, la paix serait gagnée ! Nous sommes tendus vers ce but : que tous ne fassent qu’un tout en respectant la particularité de chacun. C’est ce que vivent les trois personnes de la Trinité. Puissions-nous nous convertir au mystère de la Trinité.
Saint Paul nous exhortait à cette conversion (dans la 2ème lecture) « Soyez d’accord, vivez en paix, exprimez votre amour par le baiser de paix ». Notre geste de paix est lourd de sens : il dit notre vocation à l’unité dans la diversité. A notre voisin, en disant « la paix du Christ », nous dirons « je ne peux pas me passer de toi ; ta vie me tient à cœur »… C’est beau, la communion entre les hommes comme entre le Père, le Fils et le Saint Esprit.