Les jeunes et les saints
Frères et sœurs,
Dans notre diocèse comme partout en France, le mois d’octobre a été marqué par la mobilisation sociale des lycéens qui s’est élargie et amplifiée. Avec ses cortèges de manifestations et de violences ces évènements nous inquiètent et nous interrogent.
L’inquiétude est suscitée par la multiplication des troubles, pillages, dégradations et atteintes aux biens publics survenus le samedi 17 octobre. Notre pays serait-il en proie à une fièvre que les moyens démocratiques – manifestation pacifique, dialogue et représentation politique – ne permettraient plus de traiter dans le respect de l’ordre public ?
Les interrogations portent sur les causes de ces mouvements. Une partie de la jeunesse a-t-elle perdu espoir de pouvoir se bâtir un avenir ? Les lycéens demandent assez légitimement de meilleures conditions pour étudier. Ces revendications sont-elles instrumentalisées par des organisateurs du désordre ? Le sens moral et civique, le respect de l’autre et la reconnaissance de l’autorité sont-ils en voie de disparition dans la société ?
Sans pouvoir apporter les réponses à toutes ces questions, il me semble que nous chrétiens avons un rôle à jouer dans la situation présente. Disciples de Jésus, nous ne pouvons pas nous résoudre ni à la violence ni au repliement sur soi. Le recours à la violence spontanée ou calculée, gratuite ou intéressée, demeure pour nous inacceptable. Ignorer les blessures de la pauvreté ou de l’isolement qui traversent notre corps social serait de l’aveuglement ou de l’égoïsme. Nous savons que le Seigneur nous envoie dans un monde difficile porteurs d’une espérance qui ne vient pas de nous. Si la jeunesse cherche ses repères, c’est qu’elle a besoin de témoins et d’éducateurs pour lui montrer un chemin de croissance humaine et spirituelle. Si la société se fractionne, c’est qu’elle est en attente non de tacticiens des partis politiques mais de rassembleurs au service du seul Bien commun.

Pendant quatre journées inoubliables, le pape a visité la France, rassemblant plus d’un million de participants et suivi par 23 millions de téléspectateurs (chiffre de France Télévisions) soit huit fois plus de gens que ceux qui viennent au moins une fois par mois à la messe ! Sans prendre une posture de vedette, sans user d’artifices oratoires, avec cette simplicité bienveillante et réservée qui le caractérise, le pape Léon XIV a rejoint les intelligences et touché les cœurs, suscité la joie et conduit au recueillement. Comment expliquer cet engouement ? Sans doute a-t-il été perçu comme un maitre de vérité spirituelle, un artisan de paix, un témoin de la valeur et de la dignité de toute vie humaine.
Aux 80 000 jeunes rassemblés au Stade de France il a enseigné le chemin de leur croissance. « La dynamique qui caractérise l’existence chrétienne porte un nom précis, elle s’appelle chemin de sainteté. C’est le chemin que le Seigneur ouvre devant chacun de nous, en nous accompagnant tout au long de la route. »
Pour le pape cet itinéraire se décrit en 3 verbes : éviter, tendre et combattre. « Il ne suffit pas d’éviter le mal : il faut choisir le bien. Le bien donne la vie, il ne l’enlève jamais. Le bien prend soin, il ne prend pas pour lui-même. (…) Eviter le mal et tendre vers le bien implique de combattre. » Comme si l’Esprit Saint lui inspirait de préparer la jeunesse à ce qui allait survenir après son départ, il a continué : « Notre combat n’est pas un combat contre les autres, il n’utilise pas les armes de la violence, du mépris ou de l’oppression. Notre seule arme est celle de l’amour qui se donne. »
Aux catéchumènes et aux néophytes, il a déclaré à la catho de Paris : « Que les grands témoins de cette terre bien-aimée vous soutiennent sur le chemin. (…) Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, St Martin de Tours, avec tant d’autre saints et saintes issus de cette terre de France, nous rappellent que la mission se construit aujourd’hui, en préservant avant tout la présence du Seigneur dans la vie quotidienne. »
En mentionnant au moins 15 saints et saintes de France dans ses discours, le pape a voulu nous rappeler que notre peuple est porté par l’exemple et la protection de grandes figures de sainteté. Oui, les temps sont à s’inquiéter et à s’interroger mais pas à désespérer. En cette grande fête de la Toussaint, alors que nous fêtons les saints du ciel, combattons pour grandir dans l’amour qui se donne et souvenons-nous de qui nous sommes par notre Baptême. Le pape l’a rappelé aux jeunes : « Vous êtes les saints de France ! ».
+Denis Jachiet