L’Évangile de ce 8 novembre nous montre combien il est difficile de se préparer pour attendre l’époux: Tenir sa lampe allumée, garder de l’huile en réserve et ne pas s’assoupir… Le père Louis Groslambert nous rappelle que les saints sont là pour nous réveiller de notre torpeur depuis deux mille ans.
Homélie du Père Louis Groslambert pour le 32ème dimanche du temps ordinaire
Frères et sœurs, vous devinez pourquoi saint Matthieu a rapporté la parabole des jeunes filles qui attendaient l’époux. Il voulait nous dire qui sont les chrétiens, qui nous sommes. Vous qui chantez « nous attendons ta venue dans la gloire », vous êtes des gens qui ne sont pas à l’aise dans le monde régi par mille impératifs autres que l’amour et qui désirent rencontrer le Christ, des gens qui ont hâte de voir l’amour du Christ embraser toutes choses, de voir tous les hommes obéir enfin à la loi d’amour, de voir toutes nos fragilités revêtues de la puissance de la résurrection, de voir le jour où il n’y aura plus de cris, ni de larmes, le jour où la mort n’existera plus, le jour où le Christ viendra. A l’hôpital, une dame avec qui je priais m’a dit : « comme je voudrais qu’il me prenne par la main et que nous marchions ensemble » ! Frères et sœurs, pour que ce désir ne s’éteigne pas, l’Église nous fait chanter à chaque messe : « Nous attendons ta venue dans la gloire »
Frères et sœurs, parmi tous les humains qui ne savent pas vers qui ils vont, nous, nous savons que nous allons au-devant de l’époux, ou plus justement, nous appartenons à un peuple qui dit, depuis 2000 ans, que l’époux vient à la rencontre de tous. Et notre mission est de dire « Un amour vient vous rejoindre, vous étreindre, voici l’Époux »
Mais, soyons francs, notre désir de rencontrer le Christ n’est pas toujours au top ; nous nous endormons. Il arrive qu’on se dise que cette noce n’est qu’un rêve, que les biens actuels suffisent… qu’on n’a pas besoin de l’Époux. Il arrive que nos prières ne soient plus qu’une morne routine… que nous passions des semaines sans penser à Jésus… ou que nous laissions nos lampes s’éteindre, notre vie n’étant plus que matérielle… réduite à « boulot-dodo-loisir ». Heureusement la présence des saints nous réveille, eux que nous fêtions dimanche dernier.
Les saints s’appliquent à tenir allumée la lampe de l’espérance et de la charité, la lampe du service du frère, la lampe de l’humilité et de la justice… De cette manière, ils font comprendre à leur entourage que l’amour est déjà présent dans le monde et qu’il vient à la rencontre des gens. Ces nombreux artisans de la paix qui, parce qu’ils sont désarmés, désarment les violents nous réveillent en annonçant « Voici l’Époux qui vient chez vous ». Ces nombreux martyrs qui disent à nos communautés qu’elles ne peuvent être disciples du Christ si elles excluent de souffrir pour lui être fidèles nous réveillent de notre tiédeur.
Et puis, les saints ne se contentent pas d’un beau geste passager ; mais ils savent durer dans leur service, et persévérer dans l’espérance. D’après la parabole, cette persévérance est exprimée par la nécessité d’avoir de l’huile en réserve.
Gardons nos lampes allumées
Dans la parabole, il y a deux épisodes qui peuvent heurter : d’abord celui où des jeunes filles refusent de partager leur réserve d’huile. Ne soyons pas heurtés. Ces jeunes filles disent simplement « si vous n’avez pas entretenu votre amour de l’époux, si vous ne vous êtes pas préparées à sa rencontre, nous n’y pouvons rien ! Personne ne peut aimer à la place d’un autre !». Ensuite, il y a la parole de l’époux « je ne vous connais pas ». Ne soyons pas heurtés non plus : l’époux, plein d’amour ne peut pas avoir dit cela sur un ton méprisant ; il l’a dit sur un ton désolé : « hélas, c’est dommage pour vous : vous ne vous êtes pas mis en phase avec moi ; vous n’avez pas vécu selon mon esprit… vous avez été comme ce convive qui a été chassé du repas des noces parce qu’il n’avait pas la tenue de la miséricorde, de la fidélité et du service ».
Dernière remarque : il n’est question que de l’époux et des invitées : on ne dit rien de l’épouse. Vous avez remarqué que, dans le récit des noces de Cana, on ne nous dit pas non plus qui est la mariée. Frères et sœurs, la mariée, c’est notre humanité ! Et dans l’humanité, il y a l’Église qui, dans la nuit des tristesses et des violences, a pour rôle de dire « L’avenir est incertain ; il est parfois angoissant. Mais sachez que devant vous, il y a l’époux qui vient à votre rencontre… qui vous étreindra dans ses bras… qui changera votre eau en vin, votre tristesse en joie… qui guérira toutes vos plaies ! Le Seigneur vient ! Réjouissons-nous ! Gardons nos lampes allumées !
Et, si vous voulez cultiver votre dévotion mariale, pensez que Marie est cette jeune femme merveilleuse qui a gardé allumée sa lampe de l’espérance.