Dans l’Évangile de ce dimanche 24 octobre, Jésus nous propose ce que le père Louis Groslmabert appelle « une notice de fonctionnement »: un commandement de nous aimer les uns les autres « de tout son coeur, de toute son âme et de tout son esprit ». Comme ce que Dieu a fait pour nous et que nous rappelons à chaque Eucharistie.
Homélie du père Louis Groslambert pour le 30ème dimanche du temps ordinaire
Quand vous prenez en main un appareil nouveau, pour être sûr de bien l’utiliser, vous commencez par lire la notice d’utilisation. Dieu a créé l’homme en fournissant une notice de fonctionnement qui tient en deux mots « Tu aimeras ». C’est LE commandement. Mais, sachant que nous sommes allergiques aux commandements et que nous n’aimons pas obéir, je propose que nous remplacions le mot « commandement », par « notice de fonctionnement ». Pour que l’homme soit vivant, qu’il vive en paix dans la société proche, et que les nations vivent en paix dans la société des nations, Dieu écrit sur la notice : « tu aimeras Dieu… tu aimeras ton prochain ». En fait, cette notice, c’est notre vocation.
Nous connaissons les dix commandements « tu ne tueras pas, tu ne voleras pas… » Ces interdictions indiquent les limites au-delà desquelles il n’y a plus d’amour. Alors, si je dis « je n’ai pas tué, je n’ai pas volé », je dis seulement que je ne suis pas allé au-delà de la ligne rouge, là où il n’y a plus d’amour. Mais ai-je vraiment aimé ? Pour répondre à cette question, il faut que je regarde si j’ai aimé comme Jésus. Ai-je mis le tablier pour laver les pieds des autres, et les servir humblement ? Ai-je imité Jésus qui a pardonné à ses bourreaux et qui pardonne 70 fois 7 fois ? Ai-je dit sur moi : « mon corps livré, ma vie donnée ? »
La notice prévoit que l’homme est vraiment vivant s’il aime « de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit ». Vous, les époux et les parents, vous en faites le constat : votre amour n’est vrai que parce qu’il anime tout votre cœur, tout votre esprit, toute votre intelligence, toute votre mémoire, tout votre projet. Oui, l’homme n’est vivant que s’il consacre tout son être au service du frère, donc au service de Dieu. De même que vous ne mettez pas le moteur de votre voiture en sous-régime (vous ne roulez pas en 4ème à 20 à l’heure), de même, ne mettons pas en sous régime notre capacité d’aimer ; ne disons pas « je fais cela, mais pas plus ; Dieu n’en demande pas tant ». Frères et sœurs, à l’image de Dieu, nous sommes faits pour aimer de tout notre cœur, de toutes nos forces.
Qu’est-ce qui est prioritaire?
L’homme qui interrogeait Jésus suggérait qu’il aurait à choisir entre servir Dieu et servir les hommes : il disait « qu’est-ce qui est prioritaire ? Quel est le plus grand commandement ? ». Or la notice de bon fonctionnement de l’homme ne préconise pas qu’il ait à choisir. Vous ne pensez pas que vous servirez les hommes d’autant mieux que vous aurez oublié Dieu, ni que vous servirez Dieu d’autant mieux que vous aurez délaissé le service de l’humanité. Notre juge nous dira « ce que tu as fait à l’un de tes frères, c’est à moi que tu l’as fait »
Frères et sœurs, pour être bien vivants et donc pour bien accueillir le commandement d’aimer, admirez comment Dieu vous aime de tout son cœur, de toute sa force, de toute sa bienveillance, de toute sa miséricorde… Admirez comment le Fils vous aime de toute son intelligence et de toute sa force, jusqu’à mourir… admirez quel amour nous accompagne, alors que nous sommes pécheurs, loin d’être aimables. La première lecture rapportait la parole de Dieu : « moi, je suis compatissant ». Vraiment, il nous faut aimer Dieu, le seul qui soit à ce point compatissant !
A force d’admirer Dieu compatissant, nous comprenons que notre foi a des conséquences sociales : la société ne peut vivre en paix que si les gens sont « compatissants », s’ils prennent soin les uns des autres, s’ils se décarcassent les uns pour les autres. Et si donc la foi a des conséquences sociales indispensables, nous ne pouvons pas choisir entre amour de Dieu et service des hommes.
Nous faisons cette méditation dans le cadre de la messe, c’est-à-dire en présence du Fils de Dieu qui nous a aimés jusqu’à mourir pour nous et nous ouvrir la porte de la résurrection. Et nous allons communier au Christ dont l’amour nous humanise, et aux frères envers qui nous aurons toujours une dette, la dette de l’amour mutuel. Et nous allons prophétiser le jour où l’amour du Christ parviendra à humaniser tous les hommes pour qu’ils soient citoyens du Royaume d’amour.