Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire

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Publié le 26 août 2026

« Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même » (Mt 16, 21-27)

Dans l’Évangile de ce dimanche 30 août 2026, Jésus nous invite à prendre notre croix pour le suivre. Comprenons que « prendre notre croix », ce n’est pas courir après la souffrance, mais c’est consentir à se déranger quand il s’agit d’aider d’autres à vivre. quand Jésus nous dit de prendre notre croix, il n’est pas l’horrible sadique ; il est le maître qui enseigne que notre amour ne sera vrai et ne conduira à la joie que s’il est sans limite.

Prédication du père Louis Groslambert pour le vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire

Frères et sœurs, souvenez-vous qu’au 1er dimanche de carême, nous lisons le récit des tentations de Jésus : venant d’être baptisé, et juste avant de partir en mission, Jésus a été tenté d’avoir du pain sans travailler, tenté de réussir sa mission en faisant un saut spectaculaire qui en mettrait plein la vue… tenté d’échapper à la pauvre condition humaine. Eh bien, Jésus fut affronté à cette même tentation à tout moment et notamment en trois circonstances : le jour où la foule voulait le faire roi, ce jour où se faisant le porte-parole du Tentateur, saint Pierre dit « tu es venu pour réussir, pour vaincre toute opposition ; ce n’est pas possible que ta mission comporte les souffrances et la mort », et le jour où les spectateurs du calvaire lui disaient « si tu es le fils de Dieu descend de la croix ». Chaque fois, le tentateur suggérait à Jésus de mettre des limites à son amour. Il est évident qu’il m’arrive de tenir le langage de Satan ; quand j’envisage que l’amour ait des limites, quand je rêve d’être saint sans me donner moi-même, quand je reste tiède en disant « Dieu n’en demande pas tant ».

Il nous arrive de dire : « Pardonner aux ennemis ? Dieu n’en demande pas tant ; me déranger pour d’autres et donner de mon temps ? Dieu n’en demande pas tant ». En limitant les exigences de l’amour, nous sommes les porte-parole du Tentateur. La preuve que l’on devient inhumain si on dit que l’amour a des limites, c’est vous qui la donnez, vous, les amoureux, les époux, les parents. En effet, vous ne dites pas à votre conjoint ou à votre enfant « je t’aime tant que ça ne me dérange pas trop ; sache que je mettrai fin à mon amour si ça devient trop exigeant » ; si vous parliez ainsi, ils diraient avec raison que vos beaux mots d’amour sont du blabla, du mensonge, du vocabulaire de Satan. Je garde en mémoire un vieux monsieur qui s’usait la santé pour son épouse atteinte d’Alzheimer au plus haut point : je lui disais « c’est une charge énorme ! » Il répondait « si je ne m’usais pas la santé pour mon épouse, je ne serais pas digne d’être un homme ».

C’est exactement ce que Jésus exprimait lorsqu’il annonçait qu’il allait donner sa vie, et que, par fidélité à son amour des hommes, il aboutirait logiquement à la croix… Ainsi, frères et sœurs, le Christ dit à chacun de vous : « quel qu’en soit le prix, je t’aimerai ; je continuerai de t’aimer même si, souscrivant à des propos racistes, tu m’enfonces la couronne d’épines sur la tête ; même si, refusant de pardonner, tu me frappes du fouet ; même si, acceptant telle infidélité, tu m’enfonces des clous dans le corps… même si ça m’oblige à souffrir en croix … quoi que tu fasses, jamais je ne renoncerai à t’aimer ». On voit bien qu’en nous disant qu’il doit souffrir, Jésus n’est pas un horrible masochiste ; il est l’amoureux fidèle qui ne cède pas à la tentation de limiter son amour.   

Pourquoi la croix se tient au centre ? Pas parce que nous sommes amateurs de cruautés, sadiques et masochistes ! mais parce qu’au centre, il y a ce Jésus qui aime quoi qu’il lui en coûte. Vous qui êtes mariés à l’église, qui avez échangé vos promesses devant une croix, vous avez professé que la seule bonne manière d’aimer, c’est celle de Jésus, celle qui consiste à donner sa vie pour ceux qu’on aime… Et alors, quand Jésus nous dit de prendre notre croix, il n’est pas l’horrible sadique ; il est le maître qui enseigne que notre amour ne sera vrai et ne conduira à la joie que s’il est sans limite. Et si l’Église dit la nécessité de se convertir, ce n’est pas par plaisir de contrarier, c’est par impatience de voir les hommes acquérir la vraie joie d’aimer.

Regardons un instant les 2 disciples d’Emmaüs ; ils avaient été sciés par la mort du maître ; ils disaient : « puisqu’il est mort, nous avons eu tort de lui donner notre confiance »… Ils ont découvert que le don de lui-même faisait de Jésus le vrai vivant.

Bientôt la rentrée scolaire et la reprise des activités. La tentation va se présenter de « garder sa vie pour soi » ; en effet, nous restons allergiques à tout ce qui contrarie notre tranquillité. Mais comprenons que « prendre notre croix », ce n’est pas courir après la souffrance, mais c’est consentir à se déranger quand il s’agit d’aider d’autres à vivre. Qui laissera déranger son emploi du temps pour faire du catéchisme ou accompagner des adultes qui demandent le baptême ? Qui sera volontaire pour aider des personnes en deuil et prendre place dans les équipes de funérailles ? Qui consacrera du temps à la visite des malades ?… Qui voudra bien ne pas mettre de limite à son amour ? Que chacun regarde le Christ qui n’a pas mis de limite à son amour ; que chacun se pose cette question : « pourrais-je me dire disciple de Jésus et, en même temps, mettre des limites à mon amour ? »

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