Jésus prend son dernier repas avec les douze Apôtres dans la salle dite du « Cénacle ». Saint Paul et les évangélistes Marc, Luc et Matthieu rapportent les récits de la Cène au cours de laquelle, en prenant le pain et le vin, le Christ rend grâce et offre son Corps et son Sang pour le salut des hommes.

Au cours de ce repas, Jésus va se mettre à genoux devant chacun de ses disciples et leur laver les pieds. Il prend la tenue de serviteur et dit : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez vous aussi comme j’ai fait pour vous. » Au cours de la messe célébrée avec solennité, on répète le geste du lavement des pieds.

Après ce repas de la Cène, l’heure de l’épreuve approchant, le Christ se rend au jardin des Oliviers avec les apôtres pour veiller et prier.

Le Jeudi Saint, l’Église célèbre la messe « en mémoire de la Cène du Seigneur », puis le Saint Sacrement est déposé au « reposoir », l’autel est dépouillé, la croix est enlevée et voilée. Tout ce dépouillement : le Christ est entré dans sa passion, dépouillé de tout. C’est une nuit d’adoration, les fidèles s’unissent à la prière du Christ ce soir-là, en veillant auprès du Saint-Sacrement (le pain et le vin consacrés au cours de la messe) jusque tard dans la nuit.

Télécharger l’homélie de Mgr Jachiet pour le Jeudi Saint :

« Le sang dans la coupe c’est l’Alliance avec Dieu, la vie de Jésus qui est donnée par amour et qui nous protège du mal. Au lieu de le mettre sur les montants de la porte, ce qui est un signe extérieur de protection, Jésus a demandé aux disciples puis à nous de le boire. Quelle audace, quelle transformation ! De ce geste rituel il a fait le sacrement de son amour. »

Jeudi Saint – Faire Église : la Communion parfois fragile et brisée

À la dernière Assemblée Plénière des évêques à Lourdes en novembre 2021, les évêques ont choisi d’écouter la parole de personnes en situation de précarité en France, en réponse à l’Évangile et aux appels du pape François, de se mettre à l’écoute “tant de la clameur de la terre que de la clameur des pauvres”.
Le CERAS était à Lourdes pour recueillir la clameur et l’espérance de ces “pauvres”, par le biais d’interviews filmées. Ces témoignages évoquent des chemins de vie de ces personnes, leur rapport à l’Église, à notre maison commune. Convaincus que l’écoute des personnes en précarité peut évangéliser chacun de nous, quatre vidéos ont été réalisées, une par jour du jeudi Saint au dimanche de Pâques.

Jésus lave les pieds de ses disciples et dit leur donner l’exemple. Mais que signifie imiter le Christ dans ce service des frères?

« Moi », dit Jésus, « je vous ai donné l’exemple ». Quel exemple nous a-t-il donné ? Devons-nous pratiquement laver les pieds de nos frères, chaque fois que nous passons à table ? Certainement pas seulement ça ! La réponse est dans l’Évangile : « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude ». (Mc 10, 44-45) (…)

Jésus nous a donné l’exemple d’une vie dé­pensée pour les autres, une vie devenue « pain rompu pour le monde ». En disant : faites, vous aussi, comme moi j’ai agi, Jésus institue donc la diakonia, c’est-à-dire le service, en l’élevant au titre de loi fondamentale ou, mieux, de style de vie et de modèle pour toutes les relations dans l’Église. Comme s’il disait à propos du lavement des pieds ce qu’il dit en instituant l’Eucharistie : « Faites ceci en mémoire de moi ».

L’esprit de service

Mais revenons à notre sujet. Il nous faut creuser le sens du mot « service », pour qu’il puisse devenir réel dans notre vie et que nous ne nous en tenions pas à de belles paroles. En soi, le service n’est pas une vertu. On ne trouve le mot diakonia, service, dans aucun catalogue des vertus ou des fruits de l’Esprit, d’après le Nouveau Testament. On en vient même à parler d’un service du péché (cf. Rm 6, 16) ou des idoles (cf. 1 Co 6, 9) qui n’a certainement rien d’un bon service. En soi, le service est neutre, il souligne une condi­tion de vie, ou une manière d’entrer en rapport avec autrui dans son travail, une dépendance par rapport aux autres. Il peut même être un acte négatif s’il est fait sous la contrainte (es­clavage), ou pour des motifs intéressés.

Aujourd’hui, tout le monde parle de service ; tous se disent en situation de service : le commerçant est au service de ses clients ; on dit de tous ceux qui exercent une fonction sociale qu’ils rendent service ou qu’ils sont de service. Il est bien évident que le service dont parle l’Évangile est tout autre chose même si, en soi, il n’exclut ni ne disqualifie forcément le service tel qu’on l’entend dans le monde. La diffé­rence est tout entière dans les motivations et l’attitude intérieure qui portent à rendre servi­ce.

Relisons le récit du lavement des pieds pour voir l’esprit dans lequel Jésus l’a accompli et ce qui l’a poussé à agir ainsi : « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. » (Jn 13, 1) Le service n’est pas une vertu, mais il trouve sa source dans les vertus, dans la charité, en premier lieu ; alors il est l’expression la plus noble du commandement nouveau. Le service est une manifestation de l’agapè, de cet amour qui « ne cherche pas son intérêt » (1 Co 13, 5) mais celui d’autrui, amour qui ne se recherche pas mais se donne. C’est une participation et une imitation de l’agir de Dieu qui, parce qu’il est « le Bien, tout le Bien, le Bien suprê­me » ne peut aimer et faire le bien que dans la gratuité, sans aucun intérêt propre.

C’est pour­quoi le service évangélique, à l’opposé du ser­vice du monde, n’est pas l’apanage de l’infé­rieur, du besogneux, de celui qui n’a rien, mais plutôt l’apanage de celui qui a des biens, un poste élevé, du riche. En fait de service, à celui qui a beaucoup reçu, il sera beaucoup demandé (cf. Lc 12, 48). Pour cette raison, Jésus le dit, dans son Église, celui qui gouver­ne doit être comme celui qui sert (Lc 22, 26) et celui qui est le premier doit être le serviteur de tous (Mc 10, 44). Le lavement des pieds est « le sacrement de l’autorité chrétienne », disait mon professeur d’exégèse à Fribourg, le Père Ceslas Spicq.

A côté de la gratuité, le service exprime une autre grande caractéristique de l’agapè divine, l’humilité. Par ces mots : « Vous devez vous laver les pieds les uns aux autres », Jésus veut dire : vous devez vous rendre mutuellement les ser­vices d’une humble charité. Charité et humilité réunies forment le service évangélique. Jésus dit dans l’Évangile : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ». (Mt 11, 29) Mais qu’a fait Jésus pour se dire humble ? Avait-il une faible estime de lui-même ou parlait-il humblement de sa personne ? Au contraire, dans l’épisode même du lavement des pieds, il se dit « Maître et Seigneur » (cf. Jn 13, 13).

Alors qu’a-t-il fait pour se dire « humble » ? Il est descendu pour servir ! Depuis le moment de son incarnation, il n’a fait que descendre, descendre, jusqu’à ce point extrême où on le voit à genoux laver les pieds des Apôtres. Quel frisson a dû parcourir les anges, de voir dans un tel abaissement le Fils de Dieu, sur lequel ils n’osent même pas fixer leur regard (cf. 1 P 1, 12). Le Créateur est à genoux devant la créature ! « Rougissez, cendre superbe : Dieu s’abaisse et vous vous élevez ! » disait saint Bernard[2]. Ainsi comprise – c’est-à-dire comme un abaissement pour servir – l’humilité est vraiment la manière royale de ressembler à Dieu et d’imiter l’Eucharistie dans notre vie.

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