Quatrième dimanche de Carême
Nous ne connaissons pas forcément d’aveugle de naissance comme évoqué dans l’évangile de cette liturgie de notre quatrième dimanche de Carême de l’année A. Mais nous connaissons au moins des personnes l’étant devenu ou au moins, des personnes malvoyantes, et à notre grande surprise, elles semblent voir des choses que nous-mêmes sommes incapables de voir car nous ne regardons qu’avec les yeux et notre vue reste limitée, même pour les personnes ayant une très bonne vue ou une très bonne correction de vue par des lunettes ou des lentilles de contacts.
Nous ne sommes pas là pour parler du manque d’ophtalmologistes ou de faire la promotion des opticiens. Non, ce manque de vue dont nous parle Jésus et celle de notre compréhension du monde dans lequel nous vivons. Le trop plein d’images de toutes sortes véhiculées par nos médias et tous nos moyens de communications ne nous aident pas forcément à y voir plus clair.
La vue vers laquelle nous tend Jésus est celle qui nous conduit à Lui.
Même si l’évangéliste Saint Jean à plusieurs reprises vient à nous dire :
« Dieu personne ne l’a jamais vu. » Croire nous l’apprenons, au cours de notre vie, ne s’inscrit pas nécessairement dans un voir. Bien des éléments constitutifs de notre vie y échappent. De l’amour de parents pour leurs enfants, à la confiance accordée à une amie ou un ami, de la générosité par le don de soi, cela n’est pas présent dans un voir très visible parfois. Mais cela touche le cœur, qui lui aussi n’est pas visible mais qui n’en est pas moins pour autant insensible !
C’est dans un sens bien réel que Jésus nous invite à voir. Celui d’ouvrir notre cœur à sa Présence, de discerner vers qui aller, car la vue nous aide toutes et tous à nous diriger. A nous rendre d’un endroit à une autre. Les personnes avec une faible vue en savent quelques choses, elles qui viennent à se cogner, à trébucher.
Jésus vient Lui-même, comme pour cet aveugle de naissance, nous ouvrir les yeux, à condition que nous acceptons qu’Il le fasse pour et avec nous.
Car Dieu en Jésus-Christ ne fait rien sans son humanité.
A l’image de la question qui m’a été posée ces jours derniers suite aux conflits armées, de l’intervention de Dieu. Pourquoi, Il n’intervient pas, Lui qui a fait des miracles, comme celui d’ouvrir les yeux à des aveugles ?
Dieu nous appelle à ouvrir les yeux de notre conscience, comme pour cet aveugle qui progressivement va comprendre qui est cet homme Jésus et parvenir à lui dire : « Je crois, Seigneur ! »
Non seulement sa cécité physique s’en est allée, mais il vient d’ouvrir les yeux de la foi au Fils de l’homme, en Dieu cheminant avec nous, même dans nos conflits et dans nos violences.
Il vient se faire proche pour nous aider à changer notre regard sur nous-mêmes et sur toute notre humanité. Il nous invite à rester attentive, attentif les uns envers les autres, loin de percevoir l’autre comme un pécheur à rejeter, à mettre loin de notre vue. Ouvrons nos yeux pour suivre Jésus qui nous conduit les uns auprès des autres, pour ensemble vivre en « enfants de lumière » qui a pour fruit : « tout ce qui est bonté, justice et vérité. » comme le dit si bien l’apôtre Paul aux chrétiens d’Éphèse.