En ce quatorzième dimanche du Temps ordinaire, Jésus nous invite à retrouver le cœur simple et confiant des enfants de Dieu. Il révèle un Père qui se laisse connaître non par les puissants ni les savants, mais par les humbles qui accueillent son amour avec confiance. À tous ceux qui peinent sous le poids de leurs fardeaux, le Christ adresse une promesse pleine d’espérance : « Venez à moi… et vous trouverez le repos. » En nous tournant vers lui, nous découvrons le visage d’un Père plein de tendresse et sommes appelés, à notre tour, à prendre le parti des plus petits et des plus fragiles.
Prédication du père Louis Groslambert pour le quatorzième dimanche du temps ordinaire
Quand Jésus s’exclame : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange », il nous dit ce que nous avons à faire à la messe ; chaque dimanche et même à tout moment, nous avons à dire comme Jésus : « Père, je proclame ta louange ». Être chrétien, c’est être en admiration devant le Père parce que sa tendresse est plus haute que les cieux et sa fidélité plus haute que les nues. Saint Jean s’en émerveille en disant « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique ».
Vous, les papas, qu’avez-vous éprouvé quand votre enfant commençait à dire « papa » ? Je suis sûr que vous avez jubilé ! « je suis papa » ! Vous comprenez que Dieu jubile quand il vous entend dire « Père ». Et quand votre enfant vous faisait une totale confiance, vous pensiez bien qu’il était dans la vérité ; vous comprenez donc que vous n’êtes dans la vérité que si vous vous situez devant Dieu comme un enfant devant son papa. Si vous dites à Dieu « Père », vous adoptez l’attitude de l’enfant qui fait état, non pas de sa science mais de la science de son papa. Plus encore, si vous dites à Dieu « Père », vous renoncez à la prétention de connaître Dieu. Jésus le dit bien : « personne ne connaît le Père sinon le Fils ». C’est comme s’il disait : « vous avez beau être savants, si vous ne regardez pas Jésus le Fils qui est tout le portrait de son Père, vous vous trompez forcément quand vous parlez du Père. Et c’est vrai : aucun scribe savant n’aurait dessiné le messie juché sur un âne de paysan ; il l’aurait dessiné sur un cheval de conquérant ; or c’est parce qu’il connait la douceur et l’humilité du Père que Jésus est venu sur un âne tout modeste ; aucun scribe savant n’aurait décrit le messie en train de laver les pieds de ses serviteurs : or c’est parce qu’il connait toute l’attention que le Père porte à chacun qu’il s’est mis à genoux pour nous laver les pieds.
Jésus montre le Père en usant de ce qu’il y a de plus humble. Tous les amoureux ont soin de s’approcher de leur belle sans aucune allure de dominateur. Jésus, le bien-aimé, vient sur un âne, il pourra être compris des plus humbles. Saint Paul vérifie que les plus humbles comprennent Jésus ; il écrit à la communauté de Corinthe qui est composée des manœuvres du port : « parmi vous, il n’y a pas beaucoup de gens sages ni de puissants ni de haute naissance ; ce qu’il y a de faible, voilà ce que Dieu a choisi » (1 Co 1,26-27)…Oui, ceux qui n’ont pas l’esprit de supériorité, les modestes qui se font humbles serviteurs comme Marie s’est faite humble servante, les doux qui se mettent à la hauteur de ceux qui pleurent, les artisans de paix…, ceux qui ne peuvent rien dire de Dieu sinon qu’il est la main pleine d’amour qui les porte, qui les encourage, qui les relève, ceux là comprennent Dieu et le montrent. Comme dit le Pape Léon, ils sont désarmants. L’Esprit de Dieu habite en eux. …
Pourquoi les faibles peuvent réussir et trouver le repos bien qu’ils peinent sous le poids du fardeau ? Parce que le Christ porte le joug avec eux. Je ne vous apprends pas que le joug est une lourde pièce de bois, très solide, qui permet d’atteler deux bœufs au même chariot ou à la même charrue ; cela veut dire que le joug est porté à deux. A vous qui avez un joug à porter, Jésus dit : « ne crains pas, je le porte moi aussi, je marche à tes côtés, du même pas que toi ; nous sommes liés par une alliance » ! Frères et sœurs, pensez que Jésus prend sa part de la peine que vous prenez pour prier, pour servir, pour être fidèles. Sans lui, cela vous serait trop pénible. Mais avec lui vous y arrivez, car il est avec vous, doux et humble.
Si le Christ porte le joug de ceux qui souffrent, il n’est pas étonnant que le pape François ait demandé aux communautés chrétiennes de porter le joug de ceux qui souffrent et d’être comme un hôpital de campagne où chaque baptisé s’active à soigner ceux qui souffrent. …
« Venez à moi, vous tous qui peinez ». Par différence avec les sages et les savants qui, sûrs de réussir seuls, auraient l’impression de déchoir s’ils se faisaient aider, ne craignons pas d’avouer notre faiblesse : car le Seigneur attend que nous lui donnions la permission de jouer son rôle d’allié. Il attend cette profession de foi toute simple : Jésus, je me repose sur toi. Nous dirons ‘je ne suis pas digne, mais dis seulement une parole et je serai guéri’. Et ce qui montrera que nous sommes guéris, c’est que, sortis de l’église, nous prendrons encore le parti des pauvres, de ceux qui ne savent pas, qui ne peuvent pas… C’est en prenant le parti des petits que Jésus a montré le Père ; c’est en prenant le parti des petits que nous connaîtrons le Père et que nous le montrerons.