Solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ
Nous sommes les grains du même silo que Jésus, « le pain venu du ciel » ! Nous sommes destinés à mourir avec le Christ pour ressusciter avec lui… et pour alimenter notre entourage avec notre foi, notre espérance et notre charité. Communier, c’est s’engager à accueillir, à faire nôtre, tout ce que Jésus a fait pour être un bon pain. C’est en effet la consigne que donnait saint Augustin : « devenez ce que vous recevez ».
Prédication du père Louis Groslambert pour la solennité de la Sainte Trinité
Frères et sœurs, vous demandez peut-être à votre boulanger comment il s’y prend pour faire le pain qui vous régale. Puisque Jésus se présente comme « le pain venu du ciel », je me suis demandé comment Jésus s’y est pris pour faire le pain – ou pour devenir le pain dont il dit « si quelqu’un mange le pain venu du ciel, et donc, si quelqu’un me mange, il vivra éternellement ». Puisque nous apprécions son pain, et pour mieux l’apprécier, regardons comment Jésus, en parfait boulanger, s’est préparé à être le pain qui donne la vie éternelle.
Pour se faire notre pain, Jésus a d’abord voulu être le grain de blé qui accepte d’être jeté en terre, d’être enfoui et invisible… le grain de blé qui dans le secret de la terre, donne toute sa substance nutritive pour nourrir un nouvel épi… Effectivement, pendant 30 ans, le Christ est venu dans notre humanité, quasi incognito, enfoui dans le plus modeste village du plus modeste des pays. Contemplons Jésus qui a donné sa substance nutritive, c’est-à-dire qui a fait connaître le Nom du Père, son amour originel, sa miséricorde, ses promesses … de sorte qu’à la suite de telles semailles, a germé un groupe de disciples qui ont eu foi en lui et l’ont suivi. Pour se faire notre pain, Jésus a été le grain qui est mort en terre et a donné 100 pour un. Nous avons un beau motif de rendre grâce lors de chaque messe.
Devenu le grain de blé jeté en terre, Jésus n’a pas pu se faire notre pain sans être mêlé à beaucoup d’autres grains de blé (on ne fait pas du pain avec un seul grain). Contemplons donc le Seigneur qui, dans l’immense silo du Père, a fait alliance avec une multitude d’autres grains en leur disant « je suis avec vous tous les jours ; je demeure en vous, demeurez en moi ». Contemplons aussi ces frères innombrables qui, unis au Christ comme sont unis tous les grains du silo, participent à l’alimentation spirituelle de l’humanité par leur foi, leur espérance et leur charité. Voilà encore un beau motif de rendre grâce lors de chaque messe !
Les grains ne deviennent pain que s’ils connaissent l’heure douloureuse du moulin qui écrase. Mêlé à tous les autres grains inévitablement broyés par des lois souvent injustes et cruelles, Jésus a été lui-même écrasé dans le moulin des pièges, de la cruauté des fouets, des clous, des angoisses, de la solitude. Pour se faire notre pain, Jésus ne s’est pas dérobé aux douleurs ; il n’a obéi qu’à l’impératif de la seule loi qui promeut la vie, selon laquelle ‘il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime’ Comment ne pas rendre grâce ?
Voilà comment Jésus s’est fait le pain de vie : grain de blé anonyme, broyé comme une farine, puis mouillé par l’eau du baptême et travaillé par le levain et le sel de l’Esprit Saint, il lui restait à être pétri Alors, Jésus s’est livré aux mains du Père à qui il avait dit : « entre tes mains, je remets ma vie » … Il était sûr que, comme la chaleur du four transforme la pâte en un bon pain, l’Esprit brûlant, l’Esprit du Père, ferait de lui un bon pain pour tous les âges et tous les pays.
Frères et sœurs, vous êtes les grains du même silo que Jésus ! Vous êtes destinés à mourir avec le Christ pour ressusciter avec lui… et pour alimenter votre entourage avec votre foi, votre espérance et votre charité. Mais déjà vous allez communier, et vous vous engagez à accueillir, à faire vôtre, tout ce que Jésus a fait pour être un bon pain. C’est en effet la consigne que donnait saint Augustin : « devenez ce que vous recevez ». Puisque le Christ s’est enfoui dans l’humanité comme le grain de blé s’enfouit en terre, notre communion n’est vraie que si nous acceptons de nous enfouir humblement dans la vie de tout le monde. Sachant que le Christ a voulu être mêlé à tous les autres grains, notre communion ne sera vraie que si nous acceptons d’être mêlés aux autres même s’ils n’ont pas toutes les qualités que nous aimerions Sachant que le Christ s’est laissé pétrir par le Père, notre communion ne sera vraie que si nous obéissons à la loi selon laquelle « ‘il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie » ? Et, si Jésus a été ardent grâce à la chaleur du Saint Esprit, notre communion ne sera vraie que si nous nous laissons conduire par le Saint Esprit. (Je pense à Saint Augustin qui disait qu’un homme qui ne se laisse pas conduire par le Saint Esprit sera comme un pain pas cuit).
Le Christ est le pain de la vie ; toutes ses qualités doivent devenir nos qualités. Sans doute, pour votre petit déjeuner, à un vieux crouton, vous préférez le pain bien frais. Voici qu’à chaque communion, nous est offert le pain du ciel. Ce pain est indispensable puisque Jésus dit « si vous ne mangez pas, si vous ne vous alimentez pas de tout ce qui fait ma personne, vous n’aurez pas la vie en vous… et vous ne serez pas un bon pain ». Voyant cet enjeu nous disons : « viens Seigneur Jésus » et nous communions en tendant la main, comme des mendiants. Viens Seigneur Jésus, car nous avons faim… faim de justice, faim d’être aimés, faim d’être renouvelés, faim de connaître le Père, faim de toi…